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La France a un hangar de 150 m tout en béton achevé en 1919 : la guerre pour laquelle il avait été commandé était finie depuis des mois

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Un hangar de 150 mètres de long, tout en béton armé, achevé pour une guerre qui venait de se terminer. C’est la réalité du hangar à dirigeables d’Écausseville, dans la Manche : ce colosse de béton fut achevé en 1919 et sa porte en 1920, alors que l’armistice avait été signé le 11 novembre 1918. Un décalage de plusieurs mois qui résume à lui seul l’absurdité logistique de la Grande Guerre, mais qui a paradoxalement sauvé ce bâtiment de l’oubli : il est aujourd’hui le dernier survivant de son espèce en France.

À retenir

  • Un hangar géant commandé en urgence pendant la guerre, achevé bien après l’armistice
  • Une prouesse technique : le troisième grand ouvrage en béton armé de France au début du XXe siècle
  • Seul survivant de douze hangars militaires, reconverti en attraction touristique centenaire

Sommaire

  1. Une course contre la montre perdue d’avance
  2. Le béton armé, une prouesse née de la pénurie
  3. De hangar militaire inutile à trésor patrimonial classé

Une course contre la montre perdue d’avance

Tout commence en 1916. Durant la Première Guerre mondiale, la Marine nationale décide d’employer des dirigeables pour repérer les sous-marins allemands et construit à la hâte douze centres dont celui d’Écausseville. Le site choisi n’a rien d’un hasard : un terrain du hameau de la Bazirerie, protégé des vents d’ouest dominants, permet un décollage avec les vents ascendants. L’idée est simple, l’urgence maximale : traquer les U-Boot allemands qui étranglent le ravitaillement français depuis l’Atlantique.

Deux hangars sont alors commandés le même jour, le 6 décembre 1916. Le premier, en bois, va vite : la construction par la société Sainte-Beuve et Garnier d’un hangar en bois s’étale entre janvier et août 1917, et il accueille rapidement un dirigeable de type Sea Scout. Huit mois de travaux, et l’affaire est pliée.

Le second hangar, lui, prend une tout autre tournure. Le 31 octobre 1917, l’Armée décide de lui adjoindre un second hangar, cette fois en béton, destiné à abriter un aérostat de type ZD3. Un choix technique audacieux pour l’époque, mais qui va coûter cher en délais : l’édifice est construit par les Etablissements Fourré et Rhodes entre 1917 et 1919, en vingt-et-un mois, contre huit nécessaires pour l’érection d’un hangar similaire en bois sur le même site. Vingt et un mois contre huit. L’écart n’est pas anodin : il traduit la difficulté à mener un chantier de béton armé en pleine pénurie de guerre.

Le béton armé, une prouesse née de la pénurie

Pourquoi tant de retard ? Parce que la France manque de tout, y compris de fer. Un écart dû à l’utilisation de techniques innovantes et de matériaux nouveaux : mortiers dosés, homogènes, granulats extraits de carrières spécifiques, fers d’armatures difficiles à trouver pendant la guerre. Le hangar n’est d’ailleurs pas un ouvrage anodin dans l’histoire du génie civil français : le hangar n’est que le troisième ouvrage d’importance réalisé en béton armé au début du XXe siècle, et il a longtemps servi de référence pédagogique pour les futurs ingénieurs, essai transformé car l’ouvrage a servi, pendant des années, de modèle de calcul dans le manuel de G. Espitallier « Cours de Béton armé » destiné à l’Ecole Spéciale des Travaux Publics.

Derrière les plans, un nom : celui de l’ingénieur Henry Lossier, qui conçoit une structure en voûte reprenant le procédé Hennebique. Techniquement, l’ouvrage impressionne encore aujourd’hui : selon la fiche officielle du ministère de la Culture, il mesure 150 mètres, large de 24 mètres et haut de 28 mètres environ. À l’intérieur, l’espace est vertigineux : l’intérieur du hangar dégage un espace libre de 24,50 m de large pour une hauteur de 40 m. Une cathédrale de béton, littéralement, plantée au milieu des champs normands.

Mais le temps a joué contre le projet. Quand la porte coulissante, une réalisation signée Eiffel, est enfin installée en 1920, la guerre pour laquelle tout cela avait été pensé est terminée depuis près d’un an et demi. Le hangar n’a jamais vu passer le moindre sous-marin allemand traqué depuis ses cieux. Ironie du sort : en fin de compte il n’a jamais servi pour des dirigeables, mais sa robuste construction et sa situation isolée au milieu de la campagne normande ont assuré sa survie jusqu’à sa reconnaissance patrimoniale.

De hangar militaire inutile à trésor patrimonial classé

Des douze centres construits à la hâte par la Marine nationale pendant la guerre, un seul a traversé le siècle intact. Ce vestige centenaire est le seul survivant sur les 12 hangars construits pendant la Première Guerre mondiale. Les autres, en bois pour la plupart, ont disparu dans les décennies suivantes, victimes des intempéries, des démolitions ou des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Écausseville, lui, a encaissé les coups : rescapé des bombardements de la Normandie en 1944, il a été classé parmi les Monuments historiques en 2003.

Entre-temps, le bâtiment a connu une existence à rebondissements assez inattendue pour un hangar à dirigeables raté. De 1946 à 1994, il servit d’entrepôt pour la Marine nationale, avec une brève période (1967-1969) dédiée à des tests pour la bombe atomique française. Un vestige de la Grande Guerre reconverti, en pleine Guerre froide, au service de la dissuasion nucléaire française : difficile d’imaginer trajectoire plus inattendue pour un bâtiment né d’un échec logistique.

La suite tient davantage de la sauvegarde patrimoniale que de l’usage militaire. L’Association franco-américaine des aérodromes normands de la 9e US Air Force se porte acquéreur du lieu en 1999 pour 200 000 francs, avant que la Communauté de communes de la région de Montebourg rachète le hangar en 2008. Le site, aujourd’hui géré par l’Association des amis du hangar, s’est réinventé en lieu de tourisme insolite : on peut désormais y pratiquer l’aéroplume, une sorte de ballon dirigeable à ailes battantes, sous cette voûte de béton pensée pour une guerre qui ne l’a jamais vu combattre. Même les traces laissées par les occupants successifs ont acquis une valeur historique : le bâtiment possède un nombre très important de graffitis de 1930 à 1969, dont beaucoup allemands et américains, eux aussi classés aux monuments historiques. Un siècle après son achèvement raté, le hangar d’Écausseville n’a toujours pas rempli sa mission d’origine, mais il en a trouvé une bien plus durable : rester debout.

Sources : smart-appart.fr | cilac.com

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