À environ 1 000 kilomètres des côtes mexicaines, un anneau de corail français reste désert depuis plus d’un siècle. Clipperton appartient bien à la France, mais aucun habitant permanent n’y a posé ses valises depuis 1917. Ce qui a vidé cet atoll du Pacifique n’est venu ni des vagues ni d’un assaut militaire, mais d’une révolution restée à terre et d’un homme resté seul face à des femmes et des enfants.
Le scorbut a fait le reste.
À retenir
- L’atoll de Clipperton, possession française du Pacifique, n’a pas eu d’habitants permanents depuis 1917.
- Le scorbut a décimé la garnison mexicaine oubliée lors d’une révolution et des cessations d’approvisionnement.
- Le gardien du phare Victoriano Álvarez a imposé un régime brutal avant d’être assassiné par les femmes survivantes.
Sommaire
Une garnison mexicaine oubliée par la révolution
En 1906, la Pacific Island Company obtient les droits d’exploitation du guano sur l’atoll. Un phare est édifié sur le point culminant de l’île, le Rocher, visible à 30 milles nautiques. Un an plus tard, le Mexique y installe une garnison militaire commandée par le capitaine Ramón Arnaud, accompagné de femmes et d’enfants, composée en 1914 d’une centaine de personnes. Elle est approvisionnée tous les deux mois par un bateau venu d’Acapulco, seule liaison de cet îlot avec le reste du monde.
La Première Guerre mondiale éclate alors que le président mexicain est renversé par une révolution. Le bateau de ravitaillement ne vient plus, et le gouvernement oublie la garnison de soldats installée sur place avec femmes et enfants.
Le gardien du phare qui se proclame roi de l’atoll
Privée de vivres frais, la colonie est peu à peu emportée par le scorbut. Lorsque l’USS Lexington accoste l’île fin 1915, la plupart des habitants sont morts, principalement du scorbut. Les survivants veulent évacuer l’île, mais le gouverneur mexicain s’y oppose.
Victoriano Álvarez, le gardien du phare, s’est proclamé roi.
Le sauvetage inattendu d’un navire américain
Resté le seul homme valide face à un groupe de femmes et d’enfants exsangues, Álvarez impose une autorité brutale sur ce qui reste de la colonie. Son règne brutal (on l’accuse notamment de viol et de meurtre) se termine par son assassinat par la veuve du capitaine Arnaud. Tous les hommes adultes sont morts, à l’exception du tyrannique gardien du phare, Victoriano Álvarez, qui fut tué par les femmes le jour même de l’arrivée de l’USS Yorktown. Ce croiseur de l’US Navy recueille alors les dernières survivantes et les enfants avant de mettre le cap sur la Californie.
Le fils du capitaine Arnaud, témoin du meurtre à l’âge de sept ans, reviendra soixante ans plus tard sur l’îlot de son enfance, invité par le commandant Cousteau. Un épisode tragique qui inspirera durablement romanciers et historiens.
Un arbitrage qui tranche vingt-deux ans plus tard
Dès le 2 mars 1909, la France et le Mexique signent à Mexico une convention confiant leur différend sur la souveraineté de l’atoll à l’arbitrage du roi d’Italie Victor Emmanuel III. Il faudra pourtant plus de vingt-deux ans d’âpres négociations et de tergiversations diplomatiques entre les deux pays pour connaître le verdict. Le 28 janvier 1931, la sentence tombe enfin à Rome : « la souveraineté sur l’île de Clipperton appartient à la France à dater du 17 novembre 1858 ».
L’atoll reste français, désert, depuis cette date.
En 1959, lorsque le Mexique reconnaît la souveraineté française sur l’atoll, la France propose la nationalité française aux survivants du drame et à leurs descendants. Depuis, aucun habitant permanent n’est revenu s’installer sur ce confetti de corail, aujourd’hui seulement visité par des expéditions scientifiques et quelques équipages de passage.
Sources : jusmundi.com | laprensafrancesa.com.mx


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