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La France a expédié des centaines de tonnes d’or hors de Paris à partir de 1939 : leur destination finale n’était sur aucun plan de départ

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Le 18 juin 1940, cinq navires quittent le port de Brest sous l’escorte de deux contre-torpilleurs, chargés de plusieurs centaines de tonnes de lingots d’or. Leur feuille de route officielle indique Casablanca. Ils finiront à Dakar, puis une partie de leur cargaison sera enfouie à 70 kilomètres à l’intérieur des terres, au Mali actuel. Rien de tout cela n’était prévu lorsque la Banque de France a commencé, dès l’automne 1939, à vider ses coffres parisiens.

À retenir

  • Pourquoi la France a-t-elle dû vider ses coffres en quelques mois à peine ?
  • Comment 2 500 tonnes d’or ont-elles pu voyager sans que personne ne le sache vraiment ?
  • Dakar n’était pas prévu : qu’est-ce qui a forcé ce changement de route dramatique ?

Sommaire

  1. Un trésor de 2 500 tonnes à mettre hors de portée
  2. Juin 1940 : la plus grande flotte d’or jamais rassemblée
  3. Des destinations qui n’étaient sur aucun plan initial
  4. Le retour, cinq ans plus tard

Un trésor de 2 500 tonnes à mettre hors de portée

À la déclaration de guerre, la France détient l’un des stocks d’or les plus imposants au monde. En septembre 1939, la France détenait dans ses caves 2 500 tonnes d’or, soit 20 % des réserves mondiales des banques, et le deuxième stock d’or du monde après celui des États-Unis. Un magot jugé trop vulnérable à Paris, à quelques centaines de kilomètres seulement de la frontière allemande.

Le ministre des Finances de l’époque prend les devants. Lucien Lamoureux décide en septembre 1939 d’éloigner cet or du pays et identifie trois ports d’évacuation : Toulon, le Verdon et Brest. Les premiers convois s’organisent aussitôt. Entre septembre 1939 et avril 1940, la Marine nationale convoie en quatre fois 400 tonnes vers les États-Unis via Halifax, au Canada, mobilisant onze navires. En mars 1940, un nouveau départ massif a lieu : 150 tonnes d’or à destination de Halifax, soit 3 000 caisses représentant environ 7 milliards de francs-or, sont transportées au départ de Toulon par la « Force X », composée de quatre cuirassés et croiseurs. Chaque lingot standard pèse alors, comme aujourd’hui, environ 12,5 kilos : une masse compacte, facile à empiler dans les cales, mais redoutable à manutentionner par milliers de caisses.

Juin 1940 : la plus grande flotte d’or jamais rassemblée

Le vrai basculement survient avec l’effondrement du front. Au cours du mois de juin 1940, 1 700 tonnes d’or ont pu quitter les ports français en direction du continent africain et de la Martinique, ce qui fut selon les historiens la plus grande « flotte d’or » ayant jamais vogué sur les mers. L’ampleur de la tâche se mesure aussi en nombre de caisses : à Brest, le fort de Portzic renferme à lui seul 750 tonnes d’or, soit 16 200 caisses et sacoches de lingots, qu’il faut acheminer jusqu’au port dans un délai très court.

L’opération ne se déroule pas sans accroc. Le 28 mai, au Verdon, des douaniers tentent de bloquer un embarquement faute de papiers en règle : ils seront neutralisés par des marins, et 200 tonnes seront finalement embarquées à bord du paquebot « Ville d’Oran » pour Casablanca. Le croiseur Émile Bertin, surnommé le « Lévrier des mers », joue un rôle central dans cette course contre la montre : il reçoit l’ordre d’évacuer une partie de l’or de la Banque de France et effectue deux traversées de Brest à Halifax, les 21 mai et 10 juin 1940. Le 18 juin à 18h45, cinq derniers navires quittent Brest, escortés par les contre-torpilleurs Épervier et Milan, en même temps que le reste de la flotte encore présente dans le port.

Des destinations qui n’étaient sur aucun plan initial

C’est là que l’histoire prend un tour inattendu. Le convoi parti de Brest, censé rallier Casablanca, y arrive bien le 21 juin, rejoint deux jours plus tard par celui de Lorient. Mais l’annonce de l’armistice, le 22 juin, change toute la donne diplomatique. Le 24 juin 1940, les six navires transportant l’or, escortés par l’Épervier et le Milan, appareillent vers Dakar, rejoints le 27 juin par le cuirassé Richelieu, et le convoi arrive à Dakar le 28 juin 1940 avec 1 120 tonnes d’or. Casablanca, destination inscrite sur les ordres de mission, n’aura été qu’une escale.

À Dakar non plus, l’or ne reste pas sagement dans les coffres locaux. Après l’attaque britannique de Mers el-Kébir début juillet, la cargaison est jugée trop exposée en zone portuaire : elle est déplacée vers l’intérieur des terres, à Kayes, une petite ville de l’actuel Mali, à des centaines de kilomètres de la côte. Pendant ce temps, l’Émile Bertin, arrivé à Halifax avec sa cargaison, reçoit un ordre radicalement différent de celui envisagé au départ : gagner la Martinique plutôt que de débarquer au Canada. Il arrive le 24 juin à Fort-de-France, où l’or de la Martinique sera gardé pendant le reste du conflit par l’armée de Terre au fort Desaix. Au final, la répartition de juillet 1940 n’a plus rien à voir avec les plans de l’automne précédent : l’or se retrouve réparti entre New York (1 145 tonnes), Fort-de-France (250 tonnes) et Dakar (1 100 tonnes, incluant l’or belge et polonais confié à la France). L’ensemble de l’opération s’achève le 7 juillet 1940, quatre mois après les premiers grands départs de mars et à peine trois semaines après l’armistice.

Le retour, cinq ans plus tard

L’or ne rentre pas en métropole à la Libération, contrairement à une idée reçue. Il faut attendre la fin effective des hostilités et l’organisation logistique du rapatriement. Le navire Île d’Oléron appareille de Saint-Nazaire le 12 septembre 1945, fait escale à Casablanca puis arrive à Dakar le 22 septembre, où il embarque environ 6 000 caisses d’or, soit près de 400 tonnes. Après une nouvelle escale à Casablanca puis à Alger, le navire accoste à Marseille les 10 et 11 octobre 1945 : plus de cinq ans après avoir quitté Brest ou Le Verdon, une partie du trésor retrouve enfin le sol français.

Cet or n’aura servi à rien pendant la guerre elle-même, mais son retour tombe à point nommé pour la France exsangue de l’après-guerre. L’or rapatrié servira à la reconstruction de la France, permettant de faire la soudure pendant plus de deux ans, jusqu’en 1948, date de la mise en place du plan Marshall. Reste une question que peu d’archives ont pleinement éclairée : combien de temps, exactement, l’or resté à Kayes a-t-il mis à repartir vers les côtes sénégalaises avant sa traversée finale vers Marseille ? Sur ce point précis, les registres consultables restent étonnamment silencieux.

Sources : dona-rodrigue.kazeo.com | boursorama.com

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