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À près de 4.500 mètres d'altitude, le plateau tibétain, surnommé le «château d'eau de l'Asie», est la source des plus grands fleuves du continent. Il approvisionne en eau près de deux milliards de personnes vivant en Inde et en Chine. Le site a désormais une nouvelle mission: devenir le plus grand producteur d'énergie hydroélectrique de la région, comme le rapporte le magazine en ligne Live Science. Le projet phare du gouvernement chinois, baptisé Motuo, sera situé au sud de la Chine, sur le fleuve Brahmapoutre, et devrait devenir le plus grand barrage du monde.
Les motivations chinoises sont multiples: lutter contre la pénurie d'eau dans ces régions industrialisées et densément peuplées, soutenir l'essor de la demande énergétique et s'affranchir davantage des énergies fossiles. Pékin a ainsi choisi de miser sur l'hydroélectricité. Le barrage de Motuo s'inscrit également dans une stratégie géopolitique plus large, celle de renforcer le contrôle chinois sur les sources d'eau dont dépendent les pays voisins.
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La Chine est déjà le leader mondial en matière de construction de barrages, avec 98.000 barrages et réservoirs construits sur son territoire, ainsi que de nombreux projets réalisés le long de ses «nouvelles routes de la soie». La construction de Motuo sera toutefois exceptionnelle. «Il n'y a jamais rien eu de cette envergure», explique Brian Eyler, directeur d'un think tank spécialisé dans les programmes énergétiques d'Asie du Sud-Est. Selon les estimations, la chute d'eau atteindra 2.000 mètres sur une distance de 50 kilomètres, générant une quantité d'énergie sans précédent.
Lancée en 2025, la construction devrait s'achever en moins de dix ans. Avec une production annuelle estimée à 300 térawattheures, le barrage produira davantage d'électricité que l'ensemble de la production hydroélectrique des États-Unis en 2024. Le projet est parfois qualifié de «tueur de charbon». Grâce à lui, de nombreuses centrales thermiques pourraient être démantelées.
Des risques majeurs pour les populations
Se lancer dans un chantier d'une telle ampleur, à proximité de zones densément peuplées, comporte son lot de dangers dans cette région très sismique. Il y a un peu plus d'un an, le tremblement de terre Dingri, d'une magnitude de 7,1, avait endommagé cinq installations de la région. La construction de tunnels et les redirections artificielles de cours d'eau pourraient déclencher des activités sismiques supplémentaires.
À cela s'ajoute le risque de libération d'eau des lacs glaciaires. Sous l'effet du réchauffement climatique, ces derniers peuvent libérer brutalement de grandes quantités d'eau et inonder les populations situées en aval. Ce scénario a déjà fait 46 victimes en Inde, en 2023.
Les experts pointent également un autre risque environnemental majeur. «L'impact écologique le plus important sera lié au transport des sédiments, détaille Brian Eyler. Les sédiments sont essentiels à la production agricole. C'est un engrais naturel très peu coûteux (…) Les barrages entraîneront une forte réduction de la quantité de sédiments acheminés vers l’aval.»
Le projet soulève aussi des inquiétudes géopolitiques. Les responsables politiques indiens craignent que la Chine n'acquière un contrôle total sur le fleuve Brahmapoutre, qui afflue également en Inde. L'Empire du Milieu pourrait théoriquement s'en servir comme d'une arme, en coupant l'accès à l'eau ou, inversément, en relâchant soudainement de grandes quantités.
Cela pourrait durement impacter les communautés, même si ce risque reste limité dans la mesure où le barrage n'est pas conçu pour stocker d'importantes réserves d'eau. Quant à savoir qui bénéficiera de cette immense production d'énergie, ce ne sera probablement pas les Tibétains. Les spécialistes penchent plutôt pour des avantages essentiellement répartis vers les régions industrielles de l'est de la Chine.




























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