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La Belgique a un village qui comptait plus de 1 000 habitants près d’Anvers : ce qui l’a vidé n’est ni la centrale nucléaire voisine ni un accident

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Doel, village de Flandre-Orientale posé sur la rive gauche de l’Escaut, a compté plus de 1 000 habitants dans les années 1970, selon le Brussels Times. Ce qui l’a vidé tient à un projet : l’extension du port d’Anvers, qui devait passer sur l’emplacement des maisons. Ni la centrale nucléaire voisine ni un accident n’ont chassé les familles.

Le bassin censé justifier tout cela n’a jamais été creusé.

À retenir

  • Le village a perdu au moins quatre habitants sur cinq entre les années 1970 et 2009.
  • Le Saeftinghedok, prévu sur l’emprise du village, n’a jamais été creusé.
  • En 2022, un accord a permis de conserver le village et de rénover plusieurs maisons.

Sommaire

  1. Quarante ans de menaces avant la première démolition
  2. Les juges contre les pelleteuses
  3. 2022 : un accord qui garde le village
  4. Une poignée d’habitants et un dock fantôme

Quarante ans de menaces avant la première démolition

Tout commence en 1968, avec une interdiction de bâtir dans le village. En 1995, les plans du Deurganckdok fuient : un grand dock à conteneurs que le port d’Anvers veut construire juste à côté de Doel. Trois ans plus tard, en 1998, le gouvernement flamand annonce sa construction et reclasse le territoire de Doel de zone d’habitat en zone industrielle. Le Saeftinghedok, un second bassin prévu directement sur l’emprise du village, suit le même mouvement.

Le lecteur français connaît un mécanisme voisin : l’emplacement réservé à un futur équipement, dans un plan local d’urbanisme, gèle les projets sur la parcelle concernée. À Doel, le gel a touché un village entier et il a duré des décennies. Un habitant qui ne peut plus bâtir, ni être certain de pouvoir rester, finit par partir.

En 2002, le Conseil d’État suspend le reclassement. Trop tard pour le chantier voisin.

En 2005, le Deurganckdok est inauguré. Selon la VRT, c’est le plus grand bassin à marée du monde, et il se trouve tout près du centre du village. Le Saeftinghedok, lui, reste sur le papier.

La centrale nucléaire de Doel, située entre le port et le village, est l’explication qui vient spontanément à l’esprit. Elle alimente le soupçon d’une zone devenue invivable. La chronologie établie par la VRT n’y fait pourtant aucune place, et aucun accident n’y figure. Pour la chaîne flamande, ce sont l’incertitude et le manque de clarté sur l’avenir du village qui ont chassé les habitants.

Les juges contre les pelleteuses

En 2008, les démolitions commencent. L’année suivante, la cour d’appel de Gand juge que Doel est bien une zone d’habitat, où la démolition est interdite.

Les démolitions s’arrêtent, avec moins de 200 habitants sur place.

Le calcul est brutal. Entre plus de 1 000 habitants dans les années 1970 et moins de 200 en 2009, le village a perdu au moins quatre habitants sur cinq. Il les a perdus sans que le Saeftinghedok, censé prendre sa place, ait été creusé. Les chiffres de population varient d’une source à l’autre (certains parlent de 1 300 habitants au début des années 1970, d’autres de bien davantage), mais tous racontent le même effondrement.

Le dossier ne s’arrête pas là. En 2016, selon le Brussels Times et l’AFP (information à prendre avec prudence), la Cour de cassation belge écarte le plan d’extension, après un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne sur les marais de Doel. Un arrêt consacré à des marais aurait ainsi pesé aussi lourd dans l’issue que des décennies de résistance locale.

2022 : un accord qui garde le village

En 2022, un accord historique maintient le village. Les quartiers d’Ouden Doel, de Rapenburg, de Saftingen et d’Oud Arenberg sont préservés. Sur le terrain, les travaux suivent : en 2023, le Hooghuis est rénové pour environ 1,5 M€, de même qu’une quinzaine de maisons. La VRT parle alors d’un village qui revit.

En juin 2024, le rachat s’ouvre aux anciens habitants. Le comité Doel 2020 évoque environ 60 maisons concernées, soit quatre fois plus que les logements rénovés l’année précédente. La moitié du produit de ces ventes doit être réinvestie dans le logement à Doel même.

Le mécanisme a le mérite d’être concret : l’argent d’un rachat sert à remettre d’autres maisons sur le marché, au lieu de rester dans une caisse portuaire. Reste à savoir si d’anciens habitants installés ailleurs depuis plus de vingt ans veulent revenir vivre à côté d’un port et d’une centrale. Rien ne le garantit.

Une poignée d’habitants et un dock fantôme

Les habitants actuels forment une poignée, et les sources ne s’accordent pas sur le chiffre exact. Le Saeftinghedok, plus de cinquante ans après le début des menaces, n’a toujours pas été creusé. Le village n’a donc pas été sacrifié à un chantier, mais à l’annonce d’un chantier.

Un village vidé pour un bassin qui n’existe pas.

Le nombre de maisons rachetées n’est pas connu. Entre la quinzaine de logements rénovés en 2023 et les 60 maisons ouvertes au rachat en 2024, c’est pourtant ce chiffre qui dira si Doel retrouve des habitants.

Sources : abandonedspaces.com | brusselstimes.com

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