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Ils étaient 1 500 à vivre au bord d’un lac salé d’Argentine : en 1985, l’eau est montée à 10 m au-dessus du village, et il est resté sous l’eau près de 25 ans

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Ils avaient fait d’un lac salé leur gagne-pain : à Villa Epecuén, dans la province de Buenos Aires, jusqu’à 1 500 habitants vivaient des vacanciers venus chercher les eaux réputées thérapeutiques du lac. En novembre 1985, la digue a cédé. L’eau est montée jusqu’à 10 m, la hauteur d’un immeuble de trois étages, et le village est resté immergé près de 25 ans.

Il a fallu attendre 2009 pour voir réapparaître les premières ruines.

À retenir

  • Villa Epecuén comptait jusqu’à 1 500 habitants, vivant du tourisme thermal autour d’un lac salé.
  • En novembre 1985, la digue a cédé et l’eau a atteint 10 m au-dessus du village.
  • Le village est resté immergé près de 25 ans, puis des ruines recouvertes de sel sont réapparues en 2009.

Sommaire

  1. Une station balnéaire bâtie sur un lac plus salé que la mer
  2. Novembre 1985 : la digue ne tient plus
  3. Près de 25 ans sous l’eau, puis un paysage de sel
  4. Pablo Novak, le gardien des ruines

Une station balnéaire bâtie sur un lac plus salé que la mer

Villa Epecuén s’étendait sur la rive du lac du même nom, à une dizaine de kilomètres de Carhué, dans le partido d’Adolfo Alsina. Les citadins de Buenos Aires y venaient se baigner dans une eau dont la presse argentine rappelle qu’elle contient plus de 100 g de sel par litre, un score que seule la mer Morte surpasse. À son apogée, le village pouvait loger au moins 5 000 visiteurs, selon La Nación, pour une population permanente de 1 500 personnes d’après The Atlantic, chiffre repris par Wikipédia. C’est la taille d’un bourg français de taille moyenne, avec des hôtels, des pensions et des commerces en plus.

Le lac, pourtant, n’a jamais été un voisin tranquille. Vers 1978, la direction de l’hydraulique avait érigé un terraplén en forme de fer à cheval, d’une hauteur proche de 5 m, qui avait permis de travailler plusieurs saisons.

Les années 1980 ont changé la donne. Des pluies abondantes ont gonflé les lagunes, les ruisseaux et les canaux de la région, dont une partie des eaux a fini dans le bassin d’Epecuén. Le niveau du lac montait, la digue servait de dernier rempart.

Novembre 1985 : la digue ne tient plus

Un épisode météo rare déclenche alors une seiche, cette oscillation de l’eau qui fait balancer un lac comme le liquide d’un bassin que l’on secoue. L’onde rompt d’abord une digue voisine, puis celle qui protège le village. Les articles de presse argentins ajoutent que des travaux inachevés ont fragilisé l’ouvrage.

Pas de mur d’eau : la montée fut progressive.

Les habitants ont eu le temps de partir, en emportant ce qu’ils pouvaient. Selon La Nación, la plupart ont rejoint Carhué, d’abord par la route, puis par le train quand les chemins ont été noyés, jusqu’à ce que les voies elles-mêmes disparaissent sous l’eau. Les hôteliers avaient déjà acheté leurs stocks et engagé leur personnel pour la saison d’été, qui débutait quelques semaines plus tard. Aucune victime n’a été déplorée, mais les habitants ont tout perdu.

Pablo Novak, témoin de la scène, a raconté à La Nación qu’il n’oublierait jamais le bruit de l’eau entrant dans le village. Selon les sources, le village a été entièrement recouvert en 16 à 20 jours, puis l’eau a continué de monter jusqu’à son pic de 10 m, soit bien au-delà du toit des maisons.

Près de 25 ans sous l’eau, puis un paysage de sel

De 1985 à 2009, le décompte donne 24 ans, d’où le « près de 25 ans » que reprennent la plupart des sources. Puis le climat s’est inversé : les eaux du lac ont commencé à baisser, et la ville a émergé morceau par morceau. Ce qui est apparu n’avait plus rien d’une station balnéaire.

Le sel avait tout recouvert d’une croûte blanc-gris. Des façades en ruine se découpaient sur le ciel, des troncs d’arbres morts, blanchis comme des os, se dressaient çà et là, des carcasses de véhicules rouillaient sur place. Les observateurs notent que l’eau salée a ravagé le béton, l’acier et le bois, et le village n’a jamais été reconstruit.

Une voiture rouillée gît dans la plaine blanche.

Le lieu attire aujourd’hui des visiteurs que la presse argentine décrit comme nombreux tout au long de l’année. Les promeneurs y viennent pour les photos, mais aussi parce que le contraste est saisissant : une ville de loisirs devenue décor de fin du monde, à quelques heures de route de la capitale. Ne cherchez pas de chiffres de fréquentation précis : aucune source officielle consultée pour cet article n’en donne.

Pablo Novak, le gardien des ruines

Né en 1930, Pablo Novak est devenu le visage d’Epecuén. Wikipédia le décrit comme revenu chez lui en 2009, quand les eaux se sont retirées. La presse argentine raconte une version un peu différente : il aurait quitté le village avec sa femme et ses dix enfants, avant de revenir seul s’installer en 1990 dans une maisonnette épargnée de justesse par l’eau. Il y a longtemps vécu sans électricité.

Novak aimait raconter l’histoire du lieu aux visiteurs et affirmait que bon nombre des bâtiments encore debout étaient faits de « briques Novak ». En 2013, le documentaire Pablo’s Villa a retracé son histoire. Selon le média Elonce, 22 millions de personnes ont écouté un entretien avec lui réalisé par un youtubeur mexicain, et la municipalité l’a nommé ambassadeur culturel et touristique du district en 2020.

Il est mort le 22 janvier 2024, à 93 ans. Le maire d’Adolfo Alsina, Javier Andrés, a confirmé la nouvelle, et Villa Epecuén a été officiellement déclaré village inhabité.

Reste une nuance de taille pour qui veut citer les chiffres. Les articles publiés à la mort de Novak évoquent 7 m d’eau et 1 200 habitants, là où Wikipédia, appuyé sur The Atlantic, retient 10 m et 1 500 personnes, et les sources se partagent aussi sur le jour exact de la rupture de la digue, le 6 ou le 10 novembre.

Sources : bevirax.com | elonce.com

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