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Des citoyens et organismes jugent le projet d'usine d'explosifs nécessaire pour freiner le déclin démographique de la baie des Chaleurs, tandis que d’autres s’inquiètent de possibles impacts environnementaux.
Cet été, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a identifié une parcelle de 1500 acres, comme site potentiel pour une usine d'explosifs. Les installations seraient construites à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Bathurst.
Le promoteur du projet, l’entreprise privée canadienne Nalagx, souhaite lancer les travaux d’ici la fin de l'année 2027 et voir l’usine pleinement opérationnelle d’ici 2030. Le site produirait notamment du TNT destiné aux secteurs militaire et minier.
D’après Nalagx, la première phase du projet d’usine permettrait de créer environ 250 emplois. À mesure que l’entreprise agrandira son site, elle estime qu'elle pourrait embaucher près de 1000 personnes.
L'espoir de relancer la région
Entre 1986 et 2021, le Restigouche a perdu près du quart de sa population, ce qui en fait le comté du Nouveau-Brunswick qui a connu le dépeuplement le plus marqué. Le secteur manufacturier s’est effondré et plusieurs entreprises ont fermé leurs portes, engendrant une perte considérable du nombre d’emplois.
Ce serait génial de relancer les industries dans le nord du Nouveau-Brunswick. Depuis que la fonderie de Belledune a fermé en 2019, il n’y a plus beaucoup de travail pour nous par ici, lance Scott Lapointe, un résident de Belledune.

Scott Lapointe est un résident de Belledune, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Owen Carrier, un autre résident de Belledune, est du même avis.
Il ne se passe pas grand-chose dans le coin. On a besoin de ce genre d’initiative par ici. Les gens ont du mal à trouver du travail, fait-il valoir.

Owen Carrier est un résident de Belledune, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
À Lorne, une trentaine de kilomètres plus loin, d’autres citoyens constatent les impacts du déclin démographique et économique.
Mon mari doit se rendre au Nunavut, chaque deux semaines, pour le travail. S’il y avait de bons emplois dans la région, il pourrait rester à la maison. La situation économique par ici est catastrophique, croit Treena Lapointe.

Treena Lapointe est une résidente de Lorne, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Stanley Lavigne habite à proximité, à Lorne. Il estime que l’usine d’explosifs va contribuer à freiner le déclin démographique.
Seulement trois ou quatre enfants montent dans l'autobus scolaire ici. L’usine ramènerait des jeunes dans la région. Les jeunes veulent de l’ouvrage, avoir leur famille et bâtir des maisons. Une usine dans ta cour, ce n’est pas si bon que ça. Mais il y a eu la fonderie pendant 40 ans et ça n'a tué personne, lance-t-il.

Stanley Lavigne est un résident de Lorne, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Même son de cloche du côté de Michel Leblanc, un résident de Petit-Rocher.
S'il n'y a pas de danger pour le monde, puis ça donne de l'ouvrage, je suis pour ça. Je ne suis pas inquiet [pour l'environnement], soutient-il.

Gaétan Pelletier, président de la section Baie des Chaleurs du Club des plus belles baies du monde.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Gaétan Pelletier, président de la section baie des Chaleurs du Club des plus belles baies du monde, voit lui aussi d’un bon œil la venue potentielle d'une usine d’explosifs.
[L'usine d'explosifs], c'est un développement économique. Tant et aussi longtemps que le développement économique respecte l'environnement, et les lois sur l'environnement et l'eau, pour nous, c'est une opportunité qu'il faut prendre, fait-il valoir.
Les épiceries vont en bénéficier, toutes les entreprises locales vont en bénéficier. Puis il y a quelques entreprises qui vont s'ouvrir autour de ça. Ça va devenir un noyau économique important, prévoit M. Pelletier.
La baie des Chaleurs a énormément besoin [d’un projet comme l’usine d’explosifs]. Notre population est vieillissante. Sans la venue de nouvelles entreprises, on est en décroissance économique et démographique continue.
Plusieurs citoyens rencontrés par Radio-Canada ont indiqué qu’ils ont besoin de plus d’informations avant de se prononcer. C’est le cas d'Hubert Labillois, de la Première Nation d'Ugpi'ganjig (Eel River Bar).
Je crois que le projet d’usine d’explosifs est une bonne idée, mais nous avons besoin de plus d'information pour comprendre en quoi consiste le concept, déclare-t-il.

Hubert Labillois a 84 ans. Il est membre de la communauté mi’kmaw d’Ugpi’ganjig, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Préoccupations pour l’environnement
Ça peut faire des emplois pour la communauté. Mais en même temps, ça peut détruire l’environnement. C’est plus dangereux pour les animaux, lance Shanel Guitard, une résidente de Petit-Rocher.
Linda Boudreau, une de Petit-Rocher, s'inquiète notamment d'une éventuelle contamination de la nappe phréatique.

Linda Boudreau, de Petit-Rocher, se dit préoccupée par les risques pour la sécurité et l'environnement.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
On parle d’un projet qui va pomper de l’eau en continu. On parle de l'eau des puits que les résidents utilisent. C’est l'eau qui se rend probablement aussi dans le réservoir de Belle-Baie, pour desservir Petit-Rocher. Il y a un risque de déversement des eaux usées de l’usine, explique-t-elle.
D’autres s’inquiètent de la présence de matières explosives.
J’ai déjà eu l’occasion de manipuler des explosifs. La moindre mauvaise mesure peut déclencher une explosion. Il faut que le projet soit bien pensé pour [limiter] les impacts sur l’environnement, estime un nouveau résident de Bathurst, Joanne Nouemsi.
Contribuer à la guerre
Johanne Parent, qui habite à Bathurst, se demande si le développement économique doit passer par des contributions aux armements.
On va jeter ces armements-là sur [des populations] qui n’ont rien demandé. Ce sont probablement des gens qui n’ont rien à avoir avec nous. Ce n’est pas vrai que les guerres sont propres, qu'elles visent toujours le militaire qui a causé du tort, soutient-elle.
Ça me fait mal au cœur que le développement économique doive passer par l’armement. Mais on ne peut pas être contre un projet de cette envergure. Les gens vont malheureusement être pour ça.

Johanne Parent est résidente de Bathurst, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Demandes de consultations en Gaspésie
Jean-Marc Beaulieu est cofondateur d’un organisme de défense de la baie des Chaleurs face aux projets industriels, Éco baie des Chaleurs. Il est basé en Gaspésie.
Puisque l’usine serait construite à quelques dizaines de kilomètres de Carleton-sur-Mer, M. Beaulieu entrevoit des risques environnementaux majeurs dans la région.

Jean-Marc Beaulieu habite à Miguasha, en Gaspésie. L'organisme à but non lucratif qu'il a cofondé s'est donné pour mandat d'assurer la protection de la baie des Chaleurs. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Plus il a d’industriels, plus il y a de pollution. Plus il y a de bateaux qui passent dans la baie, plus il y a de risques d’accident, indique-t-il.
Il souhaite que le Québec, et plus particulièrement la Gaspésie, soit consulté quant à ce projet d’usine.
Automatiquement, quand un projet est à [proximité] des rives de la baie des Chaleurs, le gouvernement du Québec devrait être impliqué, pour s’assurer que les populations du Québec sont, au minimum, consultées, et aussi pour protéger adéquatement.
La baie des Chaleurs, un pôle de l'énergie?
Le PDG de l’entreprise Nalagx, Patrick Gagnon, est un ancien député fédéral de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.
Il croit que la baie des Chaleurs pourrait devenir un pôle de l'énergie.
Je suis originaire de la Gaspésie et j’ai grandi en face de Belledune. Je connais bien les difficultés [économiques] dans le nord du Nouveau-Brunswick. Je connais aussi le potentiel du nord, dit-il en entrevue.
On relance une industrie qui va réinvestir près d’un milliard de dollars dans l’économie locale [de la baie des Chaleurs].

Le PDG de Nalagx, Patrick Gagnon, ancien député fédéral de Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine, explique qu'il a choisi le Nouveau-Brunswick parce que le gouvernement provincial a fait une offre étoffée.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
D’après M. Gagnon, le Nouveau-Brunswick et le Québec vont bénéficier de l’usine.
Quant aux inquiétudes soulevées par des citoyens de la baie des Chaleurs, le promoteur se veut rassurant et affirme qu'il a l'intention de consulter les populations avoisinantes, y compris les communautés autochtones.
Il dit vouloir développer une industrie axée sur la sécurité et le respect de l’environnement.
On a de nouvelles technologies qui vont éliminer jusqu’à 95 % de presque tous les polluants. C’est basé sur une technologie européenne. L’environnement va primer dans ce projet. Le lieu est assez éloigné de toute activité humaine, fait valoir le PDG.
Il estime que l’usine pourrait doubler la quantité de TNT produite chaque année par les pays de l’OTAN.
C’est important pour le Canada et pour l’OTAN de s’assurer que nous ayons les stocks nécessaires pour se défendre, conclut-il.


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