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L’arrondissement de La Baie peinait à se relever de la fermeture d’Abitibi-Consolidated après 2003. Les anciens se souvenaient de l’époque des bateaux blancs de la Canada Steamship Lines. La morosité économique n’avait pas altéré la beauté de la baie des Ha! Ha! Convaincue de ses atouts, Saguenay a misé sur les croisières internationales : le quai Agésilas-Lepage a alors repris vie.
Mardi, trois navires seront présents au quai et au large, dont le Sapphire Princess avec un potentiel de 2670 passagers et 1100 membres d'équipage.
Cette journée a été choisie pour souligner les 20 ans de la présence des géants des mers.
Le coup d'envoi des festivités sera donné à 11 h à l'Agora du Village portuaire.
Des festivités auront aussi lieu à d'autres moments, comme lors de la visite du Queen Mary 2 le mardi 6 octobre.

Les installations de La Baie permettent d'accueillir les géants des mers. (Archives)
Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe
Les souvenirs de Serge Simard
Serge Simard a grandi à La Baie. L’ancien conseiller municipal et président d’arrondissement ainsi que député provincial se souvient des soirées animées de sa jeunesse.
Le vendredi soir, des fois, quand il y avait des bateaux, c'était rempli de monde sur le quai de Bagot.
La reine Élisabeth II a aussi traversé le fjord à bord du navire Britannia en 1959, lors de son passage dans la région.

Serge Simard dit avoir cru dès le départ au projet du quai de croisières à La Baie.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe
La Canada Steamship Lines a mis fin à ses croisières en 1965. Serge Simard se souvient que le quai a ensuite été rétréci avant d’être cédé à l’ancienne Ville de La Baie. L’histoire et le développement de La Baie au XXe siècle étaient donc intimement liés à son port.
Fermeture d’Abitibi-Consolidated
En 2003, un drame se dessine à Port-Alfred. Abitibi-Consolidated, la Consol, ferme ses portes. 640 travailleurs et travailleuses perdent leur emploi. La Baie vit des heures sombres. Dans les années qui suivent, les politiciens locaux cherchent à diversifier l’économie du berceau historique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
On en a déjà eu des bateaux ici, nous autres. Pourquoi on n’en aurait pas encore?, s’est demandé Serge Simard avec ses défunts collègues conseillers Jean-Eudes Simard et Marc-André Gagnon. On devrait encore avoir assez de tirant d’eau pour être en mesure de recevoir ces bateaux-là.

L'usine de papier Port-Alfred d'Abitibi-Consolidated, peu de temps avant sa démolition.
Photo : Radio-Canada / Pascal Girard
Selon lui, c’était la première chose à vérifier. Au même moment, des études bathymétriques étaient en cours par le Port de Saguenay. Les données ont été concluantes. Serge Simard se souvient qu’un tel projet ne pouvait être pris en charge par le conseil d’arrondissement de La Baie seul.
Jean Tremblay entre en scène
L'ancien maire de Saguenay, Jean Tremblay, a porté et défendu ce projet sur toutes les tribunes. Pour ce faire, il a été accompagné par l'Autorité portuaire de Québec dans sa croisade.

L'ancien maire de Saguenay, Jean Tremblay, a pris des risques politiques pour faire avancer les projets d'infrastructures liés à la venue des croisiéristes.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Moi, c'est devenu sérieux, quand Ghislain Harvey, qui était président du Port, participait à des réunions de port. Il avait rencontré Ross Gaudreault. Ross Gaudreault lui avait dit qu'il y avait beaucoup de possibilités pour le Saguenay, que c'était intéressant et que, lui, il voyait ça d'un bon œil et qu'il était prêt à nous aider.
L’ancien ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn affirme lui aussi que Ross Gaudreault avait d’excellentes capacités pour convaincre ses interlocuteurs de la viabilité d’une escale à Saguenay.
15 septembre 2006 : un premier navire au large
En 2006, le MS Amsterdam arrive dans la baie des Ha! Ha!. Cette année-là, dix bateaux de croisière sont venus dans le fjord du Saguenay. Saguenay n'avait pas encore de quai pour accueillir les croisiéristes. Un irritant pour les grands armateurs.
Dans les archives de Radio-Canada, on peut entendre Jean Tremblay parler de l’enjeu du quai à construire.
On a deux bateaux qui ont annulé l'année prochaine, et c'est deux des plus beaux, parce qu'ils ne sont pas assez sûrs que le quai va être prêt, avait dit l'ex-maire de Saguenay 15 septembre 2006.

L'ancien Quai-Agésilas-Lepage a subi d'importantes transformations depuis 2006. L'actuel quai d'escale a été allongé, des quais flottants et des brise-vagues ont été ajoutés.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Jean Tremblay croyait fermement au potentiel de l’industrie des bateaux de croisière. En octobre 2006, il a demandé un règlement d'emprunt de 33,7 millions de dollars au conseil municipal, il n'avait pas encore l'aval de Québec et d'Ottawa.
Là, j'ai été obligé de donner le go, mais je n'avais pas l'autorisation. Là, j'avais chaud. Ce qui serait arrivé, c'est que la Ville aurait payé toute seule. Le gouvernement aurait pu dire non, je n'y vais pas, s'est-il rappelé.
Les deux paliers de gouvernement ont finalement accepté, quitte à bâtir un programme sur mesure pour y arriver, se souvient l’ancien ministre de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec, Jean-Pierre Blackburn.

Le terminal des croisières internationales et le quai d'escale de Bagotville ont été inaugurés en 2009
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
On a mis en place un programme. C'était, si je me souviens bien, 46 millions de dollars sur trois ans qui permettaient à six villes de créer des infrastructures pour ça : Gaspé, Sept-Îles, Baie-Comeau, Havre-Saint-Pierre, les Îles-de-la-Madeleine et Saguenay.
Le quai inauguré en 2009
Le terminal et le quai Agésilas-Lepage sont enfin prêts à l’automne 2009. Ces infrastructures étaient cruciales pour attirer et retenir les compagnies de croisières dans la baie des Ha! Ha!, selon l’ancien maire Jean Tremblay.
Saguenay n'avait pas fini de rêver. Au cours de l'année 2013, un village portuaire est aménagé. Le projet coûte 24,65 millions de dollars au total, en plus des investissements privés dans l'immobilier.
Investissements pour les croisières internationales à La Baie
| Quai de Bagotville et du Pavillon des croisières internationales | 33,75 M $ |
| Ajout de quais flottants et de brise-vagues | 5,9 M $ |
| Aménagement du village portuaire de La Baie | 24,65 M $ |
| Stationnement rue du Cap et autres améliorations | 920 000 $ |
| Travaux pour contrer l’érosion des berges | 600 000$ |
| Total | 65 820 000 $ |
L’ancien maire de Saguenay, Jean Tremblay, estime que les investissements en valaient la chandelle. D’ailleurs, certains projets ont été financés en collaboration avec les gouvernements du Québec et d’Ottawa, ce qui réduisait la facture pour les payeurs de taxes de Saguenay.
On en a profité. On a tout refait les égouts, les aqueducs, les lampadaires, les rues.
Serge Simard et Jean-Pierre Blackburn en sont aussi convaincus.
Si ça n'avait pas été un bon investissement, les deux paliers de gouvernement n'auraient pas mis un sou noir, croit encore aujourd'hui le premier.

L'ancien ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn a été rapidement convaincu du potentiel des croisières internationales à La Baie
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
J'étais vraiment content de dire oui et d'arriver avec ce montant de 10 millions de dollars. J'y pense encore, dévoile Jean-Pierre Blackburn. C'est le plus gros montant que j'ai donné quand j'étais ministre.
Le Queen Mary 2 en 2016
Le Queen Mary 2 accoste à Saguenay le 15 septembre 2016 pour célébrer le dixième anniversaire des croisières internationales, un passage qui marque les esprits.

La visite du Queen Mary 2 à La Baie est toujours attendue. (Archives)
Photo : Radio-Canada / Claude Desbiens
Ça a été probablement le fleuron. Pourtant, il y en a des plus chers, il y en a des plus gros. Mais lui, il n'est pas comme les autres, soutient Jean Tremblay.
Depuis 20 ans, plus de 668 000 croisiéristes et 347 000 membres d’équipage ont mouillé dans les eaux de La Baie. Certains citoyens du secteur ont vu le paysage se transformer. C’est le cas de Jean-Léon Fortin.
Ça met du monde dans la ville. Le monde visite, ils rencontrent d'autres personnes. Ils jasent. On parle de ce qu'on a vécu et qui on est, se réjouit-il. Des gens qui viennent de partout dans le monde.

Jean-Léon Fortin a vu le paysage de l'arrondissement se transformer au fil des décennies.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe
Croisé près du bateau Amera le 10 septembre dernier, Detlef Gutknetht, est parti le 21 août du Nord de l'Allemagne. Son périple l’a amené à Reykjavik, en Islande, avant de passer par le Groenland et de traverser l’Atlantique en direction de Terre-Neuve. Dans le Saint-Laurent, il a visité Havre-Saint-Pierre et Sept-Îles avant d’arriver à Saguenay.
C’est son deuxième passage au Saguenay.
C’est le Canada lui-même, c’est près de l’automne. On a un vieil ami qui habite près de Québec. Nous vivons près de Bremerhaven, c’est bien pour nous de ne pas avoir à prendre l’avion, prendre le bateau et revenir par bateau, dit le touriste.
Un parcours dans le Saint-Laurent
Avant l’arrivée de Saguenay comme escale, Montréal et Québec accueillaient déjà des croisières internationales. Le développement de Saguenay comme port d’escale a permis à tout un parcours un de se développer sur le Saint-Laurent.
Neuf villes accueillent désormais des bateaux de croisière internationales au Québec.

Ces trois résidentes du secteur Jonquière sont venues admirer le bateau Amera.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Le Saguenay a joué un rôle critique dans le développement des autres escales, c'est vraiment des escales versus des points d'embarquement et de débarquement, comme Québec et Montréal pour la qualité de l'accueil, mentionne la directrice de Croisières du Saint-Laurent, Marjolaine de Sa.
Des enjeux environnementaux
Questionnée quant aux enjeux environnementaux qui sont soulevés dans l’espace public à propos de l’industrie des croisières, elle précise que les eaux grises et brunes des grands navires sont vidangées dans les ports de Québec et de Montréal.
Soyez sans craintes, tout est bien fait.
Par ailleurs, deux quais du Port de Québec seront électrifiés dès 2028. Cela permettra aux bateaux de croisière de compter uniquement sur l’énergie électrique une fois amarrés au port et de pouvoir ainsi éteindre leurs moteurs au mazout lourd. Le Port de Montréal bénéficie de cette technologie depuis 2017.

Des activités sont proposées aux croisiéristes. (Archives)
Photo : Radio-Canada / Claude Desbiens
Une fois qu’on est à quai. On se branche. Tout roule sur le navire, mais avec l’électricité, renchérit Mme de Sa,
Mme de Sa souhaiterait que l’électrification des quais puisse s’étendre aux autres installations portuaires au Québec. Cela prendrait toutefois de nouveaux investissements.
Le legs de Jean Tremblay
Lors de l’inauguration du quai d’escale en 2009, l’ancien maire Jean Tremblay avait lancé ceci. On a oublié, pendant trop longtemps, que la rivière Saguenay est un atout extraordinaire, un cadeau du ciel.
De nos jours, plusieurs associent l’industrie des croisières au plus grand legs de Jean Tremblay.

Le quai d'escale de La Baie
Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe
Il a mis Saguenay sur la map en faisant ça, résume Serge Simard.
Du point de vue de Jean Tremblay, son meilleur coup en politique a été de récupérer les centrales hydroélectriques Pont-Arnaud et Chute-Garneau. Il comprend toutefois que l’industrie des croisières à La Baie peut avoir marqué l’imaginaire collectif.
Il reste que les bateaux de croisière, c'est le plus spectaculaire, si on veut, concède Jean Tremblay.


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