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« L’ubérisation de la santé mentale exploite la vulnérabilité des patients »

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FIGAROVOX/TRIBUNE - À l’heure où la santé mentale s’impose comme un enjeu majeur dans nos sociétés, les pseudo-thérapies prospèrent sur internet. Dans une tribune collective, de nombreux psychologues et psychothérapeutes dénoncent une monétisation de la souffrance psychique.

Imaginez un monde où la compétence ne se construit plus mais se déclare. Un monde où la complexité du psychisme humain serait réputée accessible à quiconque a suivi deux week-ends de formation et a ouvert un compte Instagram. Un monde où la souffrance psychique devient un marché ouvert, et où on confond la capacité de parler avec la capacité de soigner.

Fini les années de labeur à la fac, les masters en psychologie, les doctorats en psychiatrie, ou même les stages cliniques sous supervision. Pourquoi s’embarrasser de tout cela quand Chantal, la voisine du 4 étage, peut, entre deux podcasts de développement personnel et un magazine de psychologie grand public, vous proposer un bilan de personnalité à 90 € ? Mieux encore, elle diagnostique votre enfant comme «zèbre» (parce que, soyons honnêtes, c’est tendance) et exige que l’école s’adapte. Bienvenue dans l’ère de l’ubérisation de la psyché !

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Entrez dans la danse du “psychopraticien”, ce nouvel ÜberMensch du bien-être autoproclamé. Pour seulement 590 € (ou 87 € avec le code promo «ZEN2026»), un organisme de formation privé vous délivre un PDF téléchargeable et une attestation en Comic Sans qui vous sacre « accompagnateur des âmes en détresse ». Pas de connaissances en psychopathologie ? Aucun problème ! Vous aurez accès à des techniques aux noms aussi ronflants que scientifiquement flous qui sont là pour combler le vide. Ces formations, souvent labellisées Qualiopi, vous promettent une légitimité instantanée. Qualiopi, ce sésame administratif qui ne garantit rien sur la rigueur scientifique, mais ouvre grand les portes des financements publics. Oui, l’État, dans sa grande générosité, finance votre reconversion en gourou 2.0.

La santé mentale n’est pas un secteur comme un autre, ele doit constituer un champ spécifique où la vulnérabilité justifie une exigence renforcée.

Et si vous visez plus haut, pourquoi ne pas briguer une inscription au RNCP ? Ce répertoire, censé valider des compétences professionnelles, est devenu le terrain de jeu des écoles privées qui s’auto-décernent des brevets de respectabilité. Un peu comme si votre cousin Kevin, après un week-end de formation en «coaching quantique», se voyait remettre un diplôme équivalent à un Master en psychologie. Du moins le croit-il ! Le RNCP, c’est la République qui tamponne sans sourciller, pendant que l’Université, qui se fait garante du sérieux via le label EESPIG, reste sur le banc de touche.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Si l’État laisse prospérer ce grand bazar où la détresse humaine devient un produit d’appel, autant aller jusqu’au bout. Créons une appli, «Psyber», où n’importe qui peut s’improviser thérapeute. Votre chauffeur Uber, entre deux courses, vous propose une séance de «libération émotionnelle» dans l’habitacle. Votre coiffeuse, formée en trois clics à la «thérapie par les cristaux», vous aide à «réaligner vos chakras» tout en coupant vos pointes. Et pourquoi pas un algorithme qui diagnostique votre dépression en fonction de vos likes sur X ou TikTok ? Finalement, la santé mentale, c’est comme commander une pizza : rapide, accessible, et surtout, pas besoin de compétences pour la livrer.

Cette ubérisation a un goût doux-amer. D’un côté, elle séduit les âmes perdues en quête de sens ou de reconversion, avec des promesses de carrières fulgurantes dans le «bien-être». De l’autre, elle exploite la vulnérabilité des patients, qui, désorientés par un marché saturé de pseudo-thérapeutes, risquent de confier leur psyché à des charlatans certifiés. Car ne vous y trompez pas : derrière les slogans bienveillants et les sites web aux tons pastel, c’est bien la souffrance psychique qui se monétise. Le patient croit acheter une compétence alors qu’il achète une narration. Dans un marché classique, l’erreur d’appréciation peut coûter de l’argent. Mais dans le soin psychique, elle peut coûter des années d’errance, d’aggravation ou de perte de chance. C’est ce déséquilibre qui justifie la régulation. Protéger uniquement le titre de psychothérapeute est insuffisant. Le marché contourne les titres.

La vraie question est plus ambitieuse : faut-il encadrer toute activité commerciale consistant à prendre en charge une souffrance psychique déclarée ? Dès lors qu’un professionnel reçoit une personne pour un «trouble» (quel que soit le mot employé : anxieux, dépressif, traumatique, addictif, comportemental, etc.) il entre dans le champ du soin psychique. Et ce champ est du ressort de professionnels dûment formés : c’est-à-dire les psychothérapeutes, soit l’ensemble des psychiatres et certains psychologues pour l’essentiel. Sans cela, on organise un marché parallèle du soin.

À lire aussi Comment savoir si une psychothérapie touche à sa fin ?

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Il ne s’agit pas d’opposer liberté d’entreprendre et protection du public. Il s’agit de choisir : soit la santé mentale est un secteur comme un autre, soumis à la concurrence libre et à l’auto-proclamation, soit elle constitue un champ spécifique où la vulnérabilité justifie une exigence renforcée.

Alors pendant que l’État annonce une stratégie nationale contre la désinformation médicale et évoque une «guerre informationnelle» en santé, il demeure étonnamment silencieux sur la prolifération d’intervenants non qualifiés dans le champ du soin psychique. On peut vouloir lutter contre les «infox» en ligne, mais comment prétendre protéger les citoyens si, dans le même temps, l’intervention sur la détresse psychologique peut être exercée sans formation clinique reconnue ? La désinformation n’est pas seulement un problème de contenus numériques. Elle est aussi un problème de légitimité conférée à des acteurs insuffisamment formés.

On ne peut pas vouloir simultanément lutter contre les dérives sectaires, dénoncer les abus, protéger les patients… et laisser prospérer un marché où la compétence est déclarative.

Pistes concrètes de régulation

1. Une protection renforcée des mineurs

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Toute intervention à visée psychologique auprès de mineurs devrait être réservée aux seuls professionnels titulaires du titre réglementé de psychothérapeute, au sens de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 et de ses décrets d’application. La vulnérabilité développementale de l’enfant et de l’adolescent — dont le psychisme est en construction — justifie l’exigence la plus élevée. Une intervention inadaptée à cet âge ne produit pas seulement un défaut de soin : elle peut figer des trajectoires, retarder un diagnostic ou aggraver durablement une souffrance. Ainsi, il conviendrait d’inscrire dans la loi une disposition explicite interdisant à toute personne non titulaire du titre réglementé de psychothérapeute de proposer, à titre onéreux ou non, une prise en charge psychologique à des personnes mineures.

2. Réserver le financement public des formations à visée psychothérapeutique aux professionnels qualifiés

Le financement par le Compte Personnel de Formation (CPF) et plus largement par les fonds publics de la formation professionnelle devrait être conditionné, pour toute formation portant sur des outils ou méthodes à visée psychothérapeutique, à deux critères cumulatifs : que la formation soit dispensée par des psychothérapeutes au sens réglementaire du terme, et qu’elle soit destinée à des professionnels eux-mêmes titulaires de ce titre. Par cohérence, ces formations ne devraient plus être éligibles à une inscription au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP), dont la vocation est de reconnaître des compétences professionnelles autonomes et non de valider des approfondissements pratiques au sein d’une profession réglementée. Cette mesure permettrait de mettre fin à l’usage du RNCP comme vecteur de légitimation d’acteurs insuffisamment formés, tout en préservant l’accès à des formations sérieuses pour les professionnels du soin.

3. Encadrer la diffusion publique de conseils en santé mentale

La diffusion publique de conseils, diagnostics, protocoles ou recommandations portant sur la santé mentale devrait être réservée aux personnes titulaires du titre réglementé de psychothérapeute. À l’instar de ce qui existe en matière de conseils médicaux ou juridiques, la loi pourrait prévoir qu’il est interdit à toute personne non qualifiée de se présenter publiquement comme dispensant un accompagnement ou des orientations à visée psychologique, ou d’utiliser une terminologie susceptible d’induire le public en erreur sur sa compétence. Cette disposition s’inscrirait dans le prolongement du cadre déjà existant sur l’usage abusif du titre de psychologue ou de psychothérapeute, en l’étendant aux pratiques d’influence publique.


Bachelart Maximilien, psychologue, docteur en psychologie 

Bourla Alexis, psychiatre, Président Jeune Médecin IDF 

Bydlowski Sarah, Psychiatre, Chef de service de psychiatrie de l'enfant et de 
l'adolescent à l'ASM13, psychanalyste, directeur de recherche HDR à l'Université Paris Cité 

Cerbai Mathieu, psychologue spécialisé en neuropsychologie 

Gaillard Georges, PU en psychologie clinique 

Goldman Caroline, psychologue, docteur en psychologie 

Lelong Guillaume, psychologue et psychothérapeute 

Masson Josué, psychologue et psychothérapeute, externe en médecine 

Metz Claire, Psychologue MCU 

Thévenot Bertrand, pédopsychiatre, diplômé en philosophie 

Barfety-Servignat Véronique, Psychologue 

Barrault Marion, Psychologue, docteur en psychologie 

Belin Anne, psychologue, psychothérapeute 

Belin – Pluyette Blandine, psychologue, psychothérapeute 

Berriex-Rivoiron Annie, psychologue, psychothérapeute 

Berthelot Rebecca, psychologue 

Bezulowsky Timéa, psychologue 

Blanchet Perrine, Psychologue pour enfants, couples, familles, psychothérapeute 

Boursange Sophie, Dr en psychologie, psychologue clinicienne, psychothérapeute. 

Brulin Chloé, psychologue, psychothérapeute 

Bukato Aline, psychologue, psychothérapeute 

BUSSY Gérald, Psychologue-Docteur en Neuropsychologie 

Cariclet Noelle, Psychiatre 

CARRARO Séverine, psychologue 

Challende Sylvie, psychologue, psychothérapeute 

Chevalier Brouchin Gabrielle, psychologue, psychothérapeute 

Ciavaldini André, Dr en psychologie, Psychanalyste (SPP). Psychothérapeute certifié 

Ciavaldini ntermeyer Claire, psychologue, psychothérapeute 

Cintrat Zoé, psychologue, psychothérapeute 

Dr Cohen Herlem Fanny, Psychiatre qualifiée en pédopsychiatrie 

de Funès Julia, docteur en philosophie 

Déchelette Karine, psychologue, psychothérapeute 

Dreux de Colombel Marion, psychologue, psychothérapeute 

DUBREU BECLIN Adeline, Psychologue, Docteur en psychologie 

Dufay Sandra, psychologue, psychothérapeute 

D'Illiers Marie-France, psychologue, psychothérapeute 

Elie Aurélie, psychologue, psychothérapeute 

Estano Nicolas, psychologue 

Estellon Vincent, Professeur de psychopathologie clinique 

Féron Claire, psychologue, psychothérapeute 

Fillette Laure, psychologue, psychothérapeute, Docteure en psychologie. Référente santé mentale de la CPTS Paris 6 & 7 

Foucard Marion, Psychologue en gérontologie 

Fournier Ludovic, psychologue, psychothérapeute 

Fradin Françoise, psychologue, psychothérapeute 

Garcia Cuadrado Diego, psychologue, psychothérapeute 

GUEZ Hava, Docteur en psychologie, psychologue clinicienne. 

Guillet Florence, psychologue, psychothérapeute 

Haller Daphné, psychologue, psychothérapeute 

Houri Adeline, psychologue clinicienne psychothérapeute 

Huart Bénédicte, Psychologue clinicienne et psychothérapeute 

Imbery Janaïna, Psychologue, Psychothérapeute 

Jacobsen Joanna, Psychologue, psychothérapeute 

Jeannenot-Gaitet Marie-Christine, psychiatre, psychanalyste 

Joubert Martin, Pedo-psychiatre psychanalyste 

Keller Pascal, Professeur émérite de psychopathologie clinique. Université 
Poitiers 

Lacanal Gilbert, psychologue, fondateur de psychologues du monde

Le Gall Gwenaëlle, psychologue, psychothérapeute 

Lefèvre-Pontalis Fanny, psychologue, psychothérapeute 

Leporatti Thomas, Psychologue spécialisé en neuropsychologie, chargé decours 

Lionet Bertrand, psychologue, docteur en psychologie 

Maggi Mélanie, psychologue en libéral, psychothérapeute 

Marchois Lucy, Psychologue en protection de l'enfance à Lyon. 

Mars Axelle, psychologue, psychothérapeute 

Maslard Christine, psychologue, psychothérapeute 

Matherat Marie, Psychologue 

Michel Laurent, psychologue, psychothérapeute 

Morel Caroline, psychologue 

Orhand Lea, psychologue 

Pirlot Gérard, psychiatre, pédopsychiatre, psychanalyste SPP, professeur émérite des Universités 

Plassart Marie-Emilie, psychologue, psychothérapeute 

Quinat Pauline, psychologue, psychothérapeute 

Quiquempois Julie, psychologue, psychothérapeute 

Renelleau Vincent, Psychologue spécialisé en neuropsychologie 

Romet Michaël, Dr. en Psychologie 

Rossini Mathilde, psychologue, psychothérapeute 

Rouleau Julie, psychologue, psychothérapeute 

Rouvre Olivier, Psychologue, chargé de cours en psychologie 

Scotto Di Rinaldi Stéphane, Psychologue, psychothérapeute, doctorant en 
psychopathologie 

Ulloa Anne-Gaëlle, psychologue, psychothérapeute 

Van Peeterssen Astrid, psychologue, psychothérapeute 

Vicente Cindy, Mcf en psychologie, Psychologue clinicienne 

Wallyn Karelle, psychologue 

Zecchin Marion, psychologue, psychothérapeute, animatrice GAP, formatrice

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