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Alors que près de 300 000 travailleurs vont quitter les rangs de l’industrie de la construction à l'échelle du pays d’ici les 10 prochaines années, des intervenants du secteur sont d'avis qu'Ottawa a choisi un bien mauvais moment pour réduire le nombre de travailleurs temporaires admis au pays.
Le gouvernement fédéral a annoncé que le nombre de travailleurs temporaires admis au pays sera réduit de près de la moitié d'ici 2028.
De ce fait, le nombre de nouveaux permis de travail pour les ressortissants étrangers qui entrent au Canada aura passé de 367 750 en 2025 à 220 000 en 2028, une diminution de 40 %.
Des observateurs de l'industrie de la construction s'inquiètent que la décision nuira à plusieurs entreprises.
D'après des données de ConstruForce Canada, les 369 100 immigrants qui travaillaient dans l'industrie de la construction au Canada formaient 22,9 % de la main-d'œuvre de ce secteur.

Mario Allain est le propriétaire de Fundy Pros, une entreprise spécialisée dans la construction.
Photo : Radio-Canada / Babatundé Lawani
Chez Fundy Pros à Dieppe, la main-d'œuvre immigrante est précieuse. Selon le propriétaire de l'entreprise, Mario Allain, entre 20 % à 25 % des travailleurs sur ses chantiers sont issus de l’immigration.
M. Allain raconte que chaque jour, une dizaine de nouveaux arrivants franchissent quotidiennement ses portes à la recherche d’emploi.
Nous autres, nos travailleurs, se retirent. Ce sont des baby-boomers. Il y en a plus qui se retirent que ceux qui rentrent dans le trade donc il faut les remplacer. On n’a pas vraiment d’avenue pour remplacer, déplore-t-il.
Le vice-président associé aux affaires publiques de l'Association canadienne de la construction, Louis-Philipe Champagne, confirme cette tendance lourde. D'après des chiffres de ConstruForce Canada paru en 2024, environ un cinquième des travailleurs de la construction pourraient prendre leur retraite au cours des dix prochaines années.
C'est un problème majeur auquel nous sommes confrontés à travers toutes les provinces, confirme M. Champagne.
Ne pas répondre à la demande
Fundy Pros compte aujourd'hui une cinquantaine de chantiers actifs au Nouveau-Brunswick et sur l'Île-du-Prince-Édouard.
M. Allain prédit que sa capacité de répondre à la demande pourrait souffrir d'un manque de travailleurs.
Ça prend du monde pour délivrer ces produits-là aux acheteurs. La demande est très élevée et le supply commence à descendre. Ce n'est pas une bonne formule pour le succès, affirme-t-il.

Le Centre Avenir est l'un des édifices ayant été construits par l'entreprise Fundy Pros à Moncton au cours des dernières années. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Babatundé Lawani
L'entrepreneur n'exclut pas des retards dans les délais de livraison et n’hésitera d’ailleurs pas à refuser de nouveaux projets s’il n’est pas capable d’embaucher les travailleurs dont il a besoin.
Une main-d'œuvre pour laquelle il ne tarit pas d’éloges.
Ils veulent travailler. Leur éthique de travail est très très haute. Ils apprécient l’opportunité. Et ils ont une attitude positive au travail.
Promouvoir les carrières en construction
Pour l’Association canadienne de la construction, des efforts conjugués à long terme peuvent permettre de résorber le problème.

Louis-Philippe Champagne est le vice-président associé aux affaires publiques à l'Association canadienne de la construction.
Photo : Radio-Canada
C’est de travailler avec les gouvernements provinciaux et fédéraux pour s’assurer que la perception de la construction soit améliorée chez les élèves, soutient Louis-Philippe Champagne.
Ce genre de campagne au sein des écoles pourrait toutefois prendre entre 5 ans et 15 à avant de porter fruit, avance-t-il, et d'ici là l'immigration demeure la seule solution à la pénurie de travailleurs en construction, selon lui.
C’est la seule façon d’aller très rapidement chercher des gens qui sont qualifiés, qui ont l’expérience en construction et sont prêts à venir remplir les besoins nationaux de projets majeurs ou de constructions résidentielles, rappelle-t-il.
La province du Nouveau-Brunswick a annoncée en février de nouvelles mesures afin de sélectionner son immigration en fonction des besoins du marché du travail, notamment en construction.


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