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L’IA discrète pendant la campagne : que proposent les principaux partis?

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Mis à part une brève question pendant le débat de Radio-Canada, le sujet de l’intelligence artificielle et des centres de données s’est fait discret pendant la campagne, alors qu’il fait les manchettes dans différentes sphères de la société. Nous avons donc demandé aux principaux partis leurs engagements en la matière pour savoir comment ils se positionnent par rapport aux mises en application et aux impacts de la technologie.

Au moment de la publication, le Parti Québécois et le Parti conservateur du Québec n'avaient pas répondu directement à nos questions, mais différents communiqués et documents permettaient de rassembler quelques éléments de réponses.

Dans leurs engagements, la plupart des partis se concentrent sur différentes mises en application qu’ils entrevoient pour les systèmes d’intelligence artificielle. Il y a un souhait partagé de s’en servir pour optimiser la productivité tant au niveau de l’appareil étatique que dans le secteur privé.

Parmi les principales formations politiques, Québec solidaire et le Parti québécois adoptent un ton plus précautionneux dans leurs promesses par rapport à l’arrivée des outils d’intelligence artificielle.


Des promesses d'efficacité à tout vent

Dans une réponse écrite, le parti de la première ministre sortante indique vouloir profiter des institutions et des chercheurs de renom, comme Mila et Yoshua Bengio, pour accélérer l’adoption des systèmes d’IAdans les entreprises, espérant pouvoir accroître leur productivité et leur compétitivité.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) veut aussi déployer les outils dans différents organismes publics dans l'espoir d'améliorer leur efficacité.

Elle doit servir à simplifier les démarches, accélérer le traitement des dossiers et libérer les employés des tâches répétitives afin qu’ils se concentrent sur le jugement, l’expertise et l’accompagnement humain, écrit un porte-parole. Chaque projet devra générer des gains mesurables et les usages sensibles demeureront sécurisés, traçables et sous responsabilité humaine.

Le Parti libéral s’engage pour sa part à déposer rapidement une loi-cadre sur le développement et le déploiement de l’IA, en s’appuyant sur des recommandations validées par le Conseil de l’innovation du Québec (CIQ).

Comme le PCQ et la CAQ, le PLQ désire se servir de la technologie pour rendre l’État plus efficace. Il propose de rendre le ministre de la Cybersécurité et du Numérique responsable de l’intelligence artificielle et de son encadrement au sein de l’appareil public.

Dans une réponse écrite, la formation propose aussi de mettre en place un régime fiscal et réglementaire pour soutenir les joueurs du domaine de l'intelligence artificielle du Québec.

De son côté, le Parti conservateur du Québec se montre particulièrement exalté à l’idée de s’en servir pour espérer optimiser l’appareil public et faire des économies. L’intelligence artificielle a un potentiel considérable d’accélération des processus administratifs et d’économies en administration, plaide-t-il dans sa plateforme numérique.

La formation y détaille entre autres son souhait de lancer un projet pilote d’assistant IA pour l’accès aux services gouvernementaux, tout en mentionnant que le déploiement devra respecter une gouvernance éthique stricte, la protection rigoureuse des données et une supervision humaine obligatoire sur les décisions à fort impact.

Chez Québec solidaire, l'engouement pour les promesses de l’IA est moins senti. Nous pensons que l'utilisation de l'intelligence artificielle ne doit jamais se faire au détriment de la qualité des services, du contact humain ou de la sécurité de nos données, indique la formation politique par courriel.

La plateforme du parti y dévoile tout de même un engagement pour faire la promotion d’un usage éthique de cette technologie pour accroître la productivité des entreprises et l’efficacité des services. QS ajoute que les emplois doivent être protégés.

Le Parti québécois se montre aussi prudent, soulignant simplement qu'il souhaite d'abord élaborer un cadre légal et réglementaire avant d'implanter les outils d'intelligence artificielle dans les institutions publiques.

Le PQ compte se servir de l'expertise développé au Québec pour réfléchir au déploiement de la technologie. Il rappelle qu'il compte dans ses rangs Anne Nguyen, sa candidate dans Prévost, qui était responsable de l’intelligence artificielle au Conseil de l’innovation du Québec.


Adaptation : d'encadrement à soutien

Dans l’axe de l’éducation, la CAQ affirme son souhait de préparer les jeunes à apprendre et à travailler dans un monde transformé par l’IA.

Le parti rappelle que, sous son gouvernement, un guide sur l’utilisation pédagogique, légale et responsable de l’IA générative a aussi été produit. Or, plusieurs acteurs du milieu de l’éducation dénonçaient encore au printemps dernier un manque d’encadrement en matière d’IA.

Dans le milieu de l'emploi, le parti de Christine Fréchette souhaite soutenir l’accompagnement des travailleurs dont les tâches seront transformées. Notre objectif est que l’expertise développée au Québec se traduise en innovations, en emplois qualifiés et en croissance économique ici, soutient un porte-parole.

Il faut soutenir non seulement un cadre éthique pour l’IA pour protéger nos données confidentielles, mais également aider nos entreprises à s'approprier l’intelligence artificielle, plaidait Christine Fréchette en débat.

Pour ce qui est de l’industrie culturelle et créative, particulièrement terrassée par les logiciels d’intelligence générative, la CAQ annonce qu’elle pourrait adapter le cadre de sa Loi sur la découvrabilité des contenus culturels francophones à la montée de l’IA. Le parti veut ainsi protéger la créativité humaine et les droits des créateurs.

Le Parti libéral dit vouloir éventuellement élargir son encadrement de l’IA pour couvrir son utilisation par les entreprises et ses effets sur les travailleurs. C’est une force, on va pouvoir moderniser l’état avec l'intelligence artificielle, mais c’est aussi une menace, il faut l’encadrer particulièrement pour nos jeunes et nos artistes, résumait le chef, Charles Milliard, pendant le débat.

Le PLQ mentionne la nécessité d'aider les travailleurs québécois à maîtriser les nouveaux outils ou à se réinventer dans certains cas. Le gouvernement du Québec a un rôle à jouer pour aider les Québécois et entreprises à naviguer ce changement, il en va de notre compétitivité économique, partage un porte-parole par courriel.

Paul St-Pierre Plamondon, du Parti québécois, soutenait également qu'il faut encadrer l'industrie. Il propose de le faire par la création d'un comité d'experts, où tous les joueurs vont être à la table pour conseiller le gouvernement en termes de sécurité. Ce comité aura comme mission d'évaluer les opportunités et les impacts potentiels de cette technologie sur différentes domaines.

Sa solution passerait aussi par la diplomatie comme plusieurs des grands noms de l'industrie se retrouve à l'international. Le PQ va également poursuivre des initiatives de partenariats avec d’autres pays. L’intelligence artificielle se développant rapidement, le Québec devra être présent sur la scène internationale.

Québec solidaire soutient que le milieu de l’éducation doit être outillé pour s’adapter à la nouvelle réalité technologique.

Sa plateforme y décrit également un chamboulement pour la société et le monde du travail. Un gouvernement solidaire instaurera donc un cadre réglementaire concernant ces technologies basé sur les principes de transparence, de transition socioécologique ainsi que sur le respect de l’identité et de la culture québécoise, de la vie privée, de la propriété intellectuelle et des droits d’auteurs, promet QS.

Le parti s’intéresse aussi plus particulièrement à l'industrie culturelle qu’il souhaite mieux protéger. Il s’engage à interdire les subventions aux productions culturelles faisant appel à l'intelligence artificielle générative pour favoriser les recours à nos artistes québécois et leur créativité.

C’est inquiétant. J’ai rencontré un petit gars de huit ans qui m’a dit qu’il avait un métier qu’il voulait faire en jeux vidéo, mais qu’il savait qu’il allait disparaître à cause de l’IA, se désolait la co-porte-parole du parti, Ruba Ghazal, au débat, plaidant pour l'organisation d'une commission spéciale sur le sujet.

Parmi les documents consultés, le Parti conservateur ne faisait pas d'engagements précis sur l’adaptation aux conséquences de l’arrivée des outils d’intelligence artificielle.

Pendant le débat, le chef Éric Duhaime admettait que les risques pouvaient inquiéter, mais il ne fallait pas passer à côté de l'opportunité. C’est évident que ça doit se faire selon un code d’éthique, puis il y a un encadrement qui doit être fait, mais il ne faut pas non plus diaboliser ça, puis penser qu’il faut éliminer ça; au contraire, le Québec en a besoin, soulignait-il.


Centre de données : entre stratégie nationale et moratoire

La Coalition avenir Québec s’est par le passé montrée très favorable à l’implantation de centres de données. Pendant la course à la chefferie, invoquant la sécurité des données, Christine Fréchette a mentionné souhaiter davantage de joueurs canadiens et québécois, se disant inquiète des risques que pourrait représenter l’omniprésence des entreprises américaines dans le domaine.

Par écrit, le porte-parole du parti affirme que les centres de données devront servir les intérêts stratégiques du Québec. Nous tiendrons compte de leur consommation énergétique, de leurs retombées économiques, de leur performance environnementale et de leur contribution à la sécurité des données, aux services publics et à la recherche, énumère-t-il.

Québec solidaire se fait particulièrement critique de l’arrivée de ces infrastructures, notamment à cause de leur imposante consommation d’eau et d’énergie. Mercredi, Stéphanie Vachon, la candidate du parti dans Sherbrooke, où un projet Keel Infrastructure soulève des questions, a réclamé un moratoire provincial sur les projets de centres de données au Québec.

Elle estime que ces infrastructures représentent une menace pour les ressources, les écosystèmes, la souveraineté numérique et la santé des communautés . La situation à Sherbrooke nous démontre que l’industrie est encore insuffisamment encadrée. Les citoyennes et citoyens de Sherbrooke sont préoccupés et ils ont raison de l’être, dénonçait-elle dans un communiqué.

À l’heure actuelle, le PLQ, le PQ et le PCQ n’ont pas partagé d’engagement aussi précis sur les centres de données.

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