NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Est-ce le travail des journalistes de relayer les allégations proférées par des comptes anonymes sur les réseaux sociaux? Vous êtes nombreux à m’avoir posé cette question lorsque l’affaire Thélyson Orélien s’est mise à faire la manchette.
Et je dois vous avouer qu’y répondre n’est pas simple. Dans un dossier aussi sensible, où se juxtaposent allégations éthiques, accusations de racisme, craintes technologiques et questionnements moraux, les journalistes marchent sur des œufs à chaque mot qu’ils prononcent.
Tout comme vous, j’ai vécu cette histoire de rebondissement en rebondissement. Aujourd’hui, j’ai envie de vous transporter dans les coulisses de cette couverture journalistique délicate, mais nécessaire, parce qu’elle risque à mon avis de marquer un tournant important dans notre compréhension des réseaux sociaux, de l’art et de l’intelligence artificielle.
Et peut-être même dans la façon de couvrir ce genre d'histoire dans les médias.
Quand tout vole en éclats
Petit rappel. Tout ça a commencé sur le réseau social X, lorsque le compte anonyme Balance ton Claude a accusé l’auteur du livre C’était ça ou mourir d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle.
Ce compte était-il crédible? Qui se trouvait derrière cette initiative? Quelles étaient les intentions derrière le geste?
Personne ne le savait. En 2026, avant même que l’on puisse répondre à ces questions, force est de constater qu’une telle rumeur se propage à la manière d’un fulgurant virus, sans possibilité de revenir en arrière une fois que le machine est en marche. Le ver est dans la pomme; c'est la nouvelle réalité.
La rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre et il n’a pas fallu beaucoup de temps avant que des médias français rapportent la nouvelle.
Le journal Libération a été le premier à en parler, refaisant lui-même un test de détection de l’IA dans le roman de Thélyson Orélien (nouvelle fenêtre) et donnant la parole à l’auteur pour lui permettre de se défendre (nouvelle fenêtre).
Dès lors, de ce côté-ci de l’Atlantique, il devenait difficile d’ignorer la controverse qui entourait l’auteur québécois. Elle était désormais bien présente dans l’espace public. Mais comment en parler? Avec quels mots? Et dans quel but?
Alors qu’un tribunal populaire était déjà en action sur les réseaux sociaux - où plusieurs projettent librement leurs propres biais, sans expertise, sans vérification et sans nuance - les médias avaient une mission fondamentale : aider le public à comprendre.
Et à Radio-Canada, comme dans d’autres dossiers semblables, notre mantra allait être le suivant : faire preuve de prudence, exposer le fond de la controverse, diffuser les réactions pertinentes et aider le public à comprendre ce qu’est le fameux logiciel Pangram.
Des nuances et une défense
Car c’était là l’enjeu numéro un : le logiciel ayant repéré un présumé recours à l’intelligence artificielle dans la rédaction de C’était ça ou mourir étant largement méconnu, il fallait d’abord comprendre cet outil avant d'expliquer au public en quoi il consiste, d’autant plus qu’il n’est pas infaillible.
Nos journalistes spécialisés dans ce genre de questions se sont alors rapidement mis en action. D’une part, ils ont démystifié le fonctionnement de Pangram tout en exposant sa marge d’erreur plutôt faible, d’après une étude menée au Canada.
D’autre part, ils ont eux-mêmes refait le test à l’origine de la controverse, en passant C’était ça ou mourir avec Pangram, tout comme d’autres romans finalistes au Prix Goncourt. Résultat : le roman de Thélyson Orélien obtient un pointage d’écriture humaine de 6 %, contre 100 % pour les six autres romans testés.

C’était ça ou mourir, le livre de Thélyson Orélien
Photo : Radio-Canada / Simon LaSalle
Cet exercice n’a pas permis de confirmer si les allégations à l’origine de la controverse étaient totalement fondées. Il a toutefois permis d’établir qu’un test indépendant, détaché de tout objectif politique ou idéologique, permet de soulever des questions légitimes quant au processus de création de C’était ça ou mourir.
Mais les médias d’ici avaient aussi le devoir de relayer la parole de Thélyson Orélien, qui nie avoir eu recours à l’intelligence artificielle. L’auteur dit faire l’objet d’attaques racistes et d’une cabale visant à lui nuire.
À de nombreuses reprises, nous avons tenté d’obtenir une entrevue avec lui. Sans surprise, nos demandes ont été refusées. C’est compréhensible : il traverse une période extrêmement difficile.
Sa maison d’édition n’a pas voulu accorder d’entrevue non plus, mais elle a émis des réactions par communiqué qui ont également pu être relayées. Beaucoup d’artistes ont également pris la parole pour soutenir Thélyson Orélien.
Pousser plus loin
Les allégations de recours à l’intelligence ont toutefois ouvert une boîte de Pandore qui a permis de découvrir que Thélyson Orélien avait déjà commis du plagiat à plusieurs reprises dans le passé. Le travail journalistique s’est en quelque sorte penché sur la probité de Thélyson Orélien.
Comprenez-moi bien : l’auteur de C’était ça ou mourir n’est ni le premier ni le dernier à commettre l’erreur de reprendre les écrits d’autrui sans leur accorder le crédit. Et à juste titre, cela a amené certains observateur à se poser une question : pourquoi nous attarder davantage à Thélyson Orélien qu'aux autres écrivains à succès cette année?
Si l'on commence ce bal de vérification des antécédents, ne faut-il pas le faire pour tous, un peu comme on le fait avec les candidats politiques lors d'une campagne électorale? Je n'ai pas la réponse, mais c'est une question éthique qui méritera certainement réflexion, considérant l'intensité avec laquelle l'IA s'est incrustée dans nos vies.
Toujours est-il que les manquements de Thélyson Orélien ont brisé le cœur de nombreux lecteurs, à commencer par Patrick Lagacé, qui résumait ainsi la chose dans une chronique (nouvelle fenêtre) : Car si Thélyson Orélien a menti à ses lecteurs en plagiant dans le passé, comment lui faire confiance aujourd’hui pour dire la vérité à propos du rôle de l’IA dans l’écriture de C’était ça ou mourir?
Pour avoir lu vos nombreux commentaires au cours des derniers jours, je sais que plusieurs d’entre vous partagent ce même sentiment d'ambiguïté ou de doute.
La suite de l’histoire est connue : l’Académie Goncourt a retiré C’était ça ou mourir de sa sélection, le Salon du livre de l’Estrie a annulé la participation de Thélyson Orélien prévue le mois prochain, Boréal a suspendu ses activités de promotion du livre… et l’une des personnes à l’origine du compte Balance ton Claude est sortie de l’anonymat.
Samuel Fitoussi était d’ailleurs au micro de mon collègue Patrick Masbourian, vendredi dernier, pour expliquer que sa démarche était motivée par un désir d’alerter sur les risques que le contenu humain soit noyé dans un océan de contenu artificiel.

L’essayiste et chroniqueur Samuel Fitoussi, l’une des personnes derrière le compte X « Balance ton Claude », qui a dénoncé plus tôt cette semaine l’utilisation de l’IA par Thélyson Orélien.
Photo : Facebook / Samuel Fitoussi
Y avait-il une quelconque motivation idéologique chez ce chroniqueur et essayiste de 29 ans, associé au combat contre le wokisme? Patrick Masbourian lui a posé la question - qu’il n’a visiblement pas appréciée - et M. Fitoussi a répondu par la négative.
Allez écouter cette entrevue si vous l’avez ratée, car elle était excellente.
Tout comme chacun est libre de juger de la défense offerte par Thélyson Orélien dans ce dossier, chacun est maintenant tout aussi libre de juger de la réponse offerte par Samuel Fitoussi, car ce sont ses allégations qui ont déclenché la tempête dans laquelle l’auteur de C’était ça ou mourir se retrouve aujourd’hui.
Les temps ont changé
J’en reviens à la question de départ : est-ce le travail des journalistes de relayer les allégations proférées par des comptes anonymes sur les réseaux sociaux? La réponse, c’est non, pas de manière systématique. Chaque situation est unique. Pour résumer simplement : c’est du cas par cas.
Le travail des journalistes, c’est de prendre connaissance de ces allégations, de juger de leur crédibilité, puis de faire des vérifications pour voir si elles ont une base factuelle ou si elles sont fondées.
Lorsque c’est le cas, il y a alors possiblement matière à couvrir le sujet lorsqu’il comporte un grand intérêt public. De très nombreuses choses se disent sur les réseaux sociaux sans jamais se rendre dans les médias traditionnels.
Autrefois, les lanceurs d’alerte passaient par les journalistes pour transmettre leurs informations sensibles : les réseaux sociaux n’existaient pas.
L’affaire Thélyson Orélien nous rappelle que les temps ont grandement changé. Les lanceurs d’alerte peuvent aujourd’hui tout balancer sur les réseaux sociaux ; cela complique le travail journalistique, car l’histoire se retrouve dans l’espace public avant même que les vérifications les plus élémentaires n’aient été faites.
Les médias doivent donc servir de rempart contre les excès des réseaux sociaux et continuer de se concentrer sur leur mission d’information.
Cette triste saga nous force aussi à nous questionner sur notre rapport à l’art. À partir de quel moment juge-t-on qu’une œuvre n’est plus vraiment celle de son auteur? Qu’est-ce que la littérature? Quels outils un auteur peut-il utiliser de manière légitime dans son processus de création? Ces questions sont encore loin d'être tranchées.
Tout ça nous pousse également à prendre au sérieux les craintes au sujet des dérapages dans lesquels le développement de l’IA pourrait entraîner l’humanité.
L’an dernier, le réalisateur Yann Gozlan a présenté à Cannes un excellent thriller psychologique intitulé Dalloway, dans lequel une autrice se fait petit à petit dérober son âme et son style artistique par une IA sensée l’assister dans son processus créatif.
Si vous l’avez raté, il est plus que temps que vous le regardiez.
Cette semaine, je me suis souvent demandé si la réalité n’avait pas déjà rattrapé la fiction.


2 hour_ago
28



























.jpg)






French (CA)