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Un professeur de l’Université Dalhousie réclame l’installation d’un monument sur le front de mer d’Halifax afin de rappeler que le port de la capitale de la Nouvelle-Écosse a longtemps prospéré grâce au commerce lié à l’esclavage.
Isaac Saney, chercheur en études de la communauté noire et de la diaspora africaine, affirme que les premières routes, universités et institutions publiques de la province ont été financées par les profits tirés du travail forcé dans les plantations des Caraïbes.
Selon lui, il est important d’expliquer comment le Canada atlantique a profité économiquement de la traite des Africains réduits à l’esclavage au sud de ses frontières.
Il faut ériger un monument commémoratif, une plaque qui reconnaît [ce chapitre de l’Histoire].
Bien qu'il existe des preuves documentées de l'esclavage en Nouvelle-Écosse jusqu'au début du 19e siècle, Isaac Saney estime que la dépendance économique de la colonie britannique de l'époque envers l'esclavagisme demeure largement méconnue.
Droits de douane
Shirley Tillotson, professeure émérite à l’Université Dalhousie, a étudié les finances publiques de cette période. Ses travaux révèlent qu'entre 1789 et 1835, jusqu'aux deux tiers des revenus de la Nouvelle-Écosse provenaient de droits de douane.
À cette époque, Halifax était la principale porte d'entrée de l’Amérique du Nord britannique pour les marchandises provenant des Caraïbes et des États-Unis, notamment le sucre, le rhum, la mélasse, le cacao et le café. Il s'agissait de produits fabriqués ou récoltés par des esclaves.
Les droits d'importation représentaient une part très importante des recettes publiques de la Nouvelle-Écosse – entre la moitié et les deux tiers environ.
Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse préférait les droits de douane aux impôts fonciers, jugés plus difficiles à percevoir et susceptibles de décourager la colonisation, précise Shirley Tillotson.
Selon ses recherches, les recettes douanières auraient financé le réseau routier, la milice, la poste et des édifices emblématiques d’Halifax comme Province House. Fondée en 1789, l'Université de King's College recevait 400 livres par an des taxes sur le sucre. Des saisies douanières de la guerre de 1812, financées pour un tiers par les droits sur le rhum, ont contribué à la création de l’Université Dalhousie en 1818.
Shirley Tillotson souligne que tous les Néo-Écossais qui ont bénéficié de fonds publics à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle ont profité, directement ou non, de l’esclavagisme. Selon elle, les marchands locaux et la population fermaient les yeux sur l'origine de ces produits ou dissociaient ces biens de leurs conditions de production.
Pour le professeur Isaac Saney, ces recherches réfutent une idée reçue selon laquelle la Nouvelle-Écosse se serait tenue en marge de la traite transatlantique des esclaves. Il souhaite que des travaux de recherche spécifiques soient menés et que le grand public soit sensibilisé aux liens entre le Canada atlantique et l’esclavagisme.
D’après le reportage de Vernon Ramesar, de CBC


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