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Dès l'ouverture des portes de Scott Mission lundi à Toronto, une longue file d'attente s'étirait autour du bâtiment alors que l'organisme y servait son repas de l'Action de grâce. Une affluence qui illustre une réalité alors que près de neuf organismes communautaires sur 10 au Canada constatent une hausse de la demande d'aide alimentaire.
Quand Alonso Nelson a poussé pour la première fois la porte de l'organisme de charité Scott Mission, il traversait une période difficile. Il ne mangeait pas toujours correctement et se sentait seul. Un ami lui a montré où trouver de l'aide. Ça m'a vraiment aidé à me remettre sur pied, raconte-t-il.
Depuis cinq à sept ans, Alonso revient à Scott Mission pour le repas de l'Action de grâce, même s'il vit la moitié de l'année en Jamaïque, avec sa femme, Royane Caldwell.
J'aime que tout le monde soit rassemblé, toutes sortes de personnes, de tous les milieux, affirme Mme Caldwell, qui n'avait pas célébré l'Action de grâce depuis longtemps. C'est comme des vacances pour nous de venir ici, lance-t-elle en souriant.
C'est ce que Scott Mission a voulu offrir lundi, en servant un repas de l'Action de grâce à ses voisins. L'organisme, qui célèbre sa 85e année à Toronto, s'attendait à accueillir entre 600 et 700 personnes, selon son directeur général, Rockwell Dundas. L'an dernier, plus de 600 personnes avaient répondus à l'invitation.
Ce repas est une affirmation de la persévérance de nos voisins qui traversent des moments très difficiles. C'est le reflet de la générosité des Torontois et une occasion de bâtir un sentiment de communauté.
Parmi les bénévoles, Hans Dweilde s'affaire à servir cette communauté depuis 2008. Cela fait près de 20 ans qu'il revient régulièrement. Je suis ici pour redonner à la communauté, explique-t-il.
M. Dweilde a vu les services de Scott Mission se multiplier au fil des ans. Les besoins ont augmenté de manière considérable, constate-t-il. Dans ses conversations avec les personnes qui viennent chercher de l'aide, il dit percevoir la détresse et l'isolement. On voit que beaucoup de gens sont déprimés, et cela se ressent très fort.

L'organisme compte aussi sur environ 2300 bénévoles.
Photo : Radio-Canada
Cette demande croissante dépasse les portes de Scott Mission. L'organisme sert aujourd'hui plus de 420 000 repas par année et vient en aide à 17 000 familles chaque mois, indique M. Dundas.
Les besoins augmentent, explique le dirigeant. Depuis la pandémie, davantage de gens se tournent vers les services alimentaires. Il voit aussi une hausse de ce qu’il appelle la pauvreté laborieuse : des personnes qui travaillent, mais qui consacrent une grande part de leur revenu au logement et disposent de très peu d’argent pour le reste, surtout pour les temps de fête.

Scott Mission a aussi distribué des sacs de nourriture à emporter ainsi que des produits essentiels, notamment des articles d'hygiène.
Photo : Radio-Canada
Les chiffres d'un récent sondage mené par Ipsos pour Deuxième Récolte montrent la pression exercée sur les organismes communautaires. Parmi les 1610 organismes qui ont répondu au questionnaire, 89 % disent avoir constaté une hausse de la demande d'aide alimentaire au cours de la dernière année.
Un organisme répondant sur trois a une liste d'attente. Pour ceux qui en ont une, cette liste compte en moyenne 878 personnes. Par ailleurs, 35 % des organismes ont dû refuser des gens faute de nourriture ou de ressources.

L'organisme s'attend à accueillir entre 600 et 700 personnes pour cette distribution alimentaire.
Photo : Radio-Canada
Les données ne concernent pas uniquement les banques alimentaires. Les organismes sondés incluent aussi des refuges, des groupes communautaires ou confessionnels, des établissements publics et des organismes de récupération et de redistribution de nourriture.
Près de la moitié, soit 49 %, disent ne recevoir ni nourriture ni autre soutien par l'entremise des réseaux fédéraux, provinciaux ou régionaux de banques alimentaires.
Chez Scott Mission, le manque d'espace et de temps limite aussi la capacité d'accueillir tout le monde.
M. Dundas souligne que l'aide ne se résume pas à servir un repas : certaines personnes ont également besoin de soutien en santé mentale, en lien avec la dépendance ou face à l'isolement. L'organisme cherche à offrir cet accompagnement avec dignité, mais il dit être saturé.


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