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À l'école secondaire de la Nation crie de Fisher River, la réussite scolaire ne se calcule pas uniquement en notes de bulletin. Dans cette Première Nation du Manitoba, des élèves partent chasser le gros gibier pour obtenir des crédits, nourrir leurs aînés et reconnecter avec leur identité.
Avertissement : Ce texte contient des détails et des références à des animaux abattus.
Lorsqu'Aidan Traverse, 18 ans, est revenu dans sa communauté vendredi au terme d'une expédition de chasse de cinq jours, il transportait dans une remorque frigorifique plus de 500 kilos de viande fraîche.
Le jeune homme fait partie d'une cohorte de huit élèves de 11e et de 12e année qui ont parcouru près de 400 kilomètres pour se rendre au parc provincial Moose Mountain, dans le sud-est de la Saskatchewan. Au total, le groupe a récolté quatre orignaux mâles.
Pour Traverse, qui prenait part à sa première chasse au gros gibier, le geste revêt une portée collective. On se sent honoré d'être là-bas, confie-t-il. J'avais mes aînés en tête. Ma grand-maman m'avait demandé de la viande d'orignal, et la grand-mère de ma conjointe aussi.

Aidan Traverse, 18 ans, est élève à l'école secondaire de Fisher River. Il faisait partie d'un groupe de huit élèves partis de cette Première Nation d'Entre-les-Lacs, au Manitoba, pour se rendre au parc provincial Moose Mountain, en Saskatchewan, pour une expédition de chasse de cinq jours dans le cadre du programme d'éducation axé sur le territoire de l'établissement.
Photo : Radio-Canada / Tyler Searle
Plus que des notes scolaires
Cette expédition s'inscrit au cœur du programme d'apprentissage axé sur le territoire de l'école secondaire de Fisher River, située dans la région d'Entre-les-Lacs, à quelque 175 kilomètres au nord de Winnipeg.
Si l'enseignement en plein air y était déjà présent, une résolution adoptée en 2024 par le conseil de la communauté en a fait une priorité. Les aînés et gardiens du savoir interviennent désormais au moins trois fois par mois dans les classes, transmettant les traditions, les cérémonies et la langue crie. En forêt, les jeunes apprennent la chasse, la pêche, la construction d'abris, la cueillette de plantes médicinales et le maniement sécuritaire des armes.

Nora Murdock est la directrice de l'éducation de la Nation crie de Fisher River.
Photo : Radio-Canada / Travis Golby
Pour la directrice de l'éducation de la communauté, Nora Murdock, l'objectif est de guider les jeunes vers le mino-pimatisiwin, un concept cri désignant la vie bonne.
Être sur le territoire fait partie de notre patrimoine et de notre culture. C'est ainsi que les Premières Nations ont survécu durant des siècles, rappelle Mme Murdock. Quand des élèves manifestent des troubles de comportement, nous les emmenons dehors et cela les apaise immédiatement. Cela change leur regard sur eux-mêmes, sur les autres et sur la vie.
Un constat partagé par Aidan Traverse : En classe, je ressens de l'anxiété. Le simple fait d'être en plein air m'aide à me calmer.
Partager la récolte avec la communauté
Au-delà de la survie en forêt, l'expédition valorise le travail d'équipe et la transmission intergénérationnelle. L'an dernier, une récolte similaire avait permis d'offrir un festin communautaire à plus de 300 personnes.
Quand nous chassons, nous rappelons toujours qu'il ne s'agit pas seulement de tuer un animal, explique l'intervenant et pourvoyeur Ashton Amos, qui accompagnait le groupe. Il s'agit de savourer l'instant, de comprendre qui l'on est et de bâtir des souvenirs.

Ashton Amos dépece un orignal le 6 octobre. Des expéditions comme ce voyage de chasse de cinq jours n'apprennent pas seulement aux élèves à abattre, écorcher et préparer le gibier sauvage de manière éthique, mais leur enseignent aussi à partager cette récolte avec autrui, rappelle Stan McKay, aîné de la Nation crie de Fisher River.
Photo : Fournie par Ashton Amos
Ancien enseignant établi dans la communauté depuis les années 1970, l'aîné Stan McKay insiste sur la valeur citoyenne de cette formation, qui enseigne le dépeçage éthique tout autant que le partage des ressources.
Le programme d'études classiques au Canada est axé sur la réussite individuelle, fait observer M. McKay. Mais l'éducation sur le territoire enseigne aux jeunes comment contribuer directement au bien-être de leur communauté. C'est une force culturelle immense qui fait partie intégrante de notre mode de vie depuis la nuit des temps.
Avec les informations de Tyler Searle


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