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L’Allemagne a eu un train poussé par une hélice de bois lancé à 230,2 km/h en 1931 : son unique exemplaire a fini découpé huit ans plus tard

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Un train propulsé par une hélice d’avion en bois, filant à plus de 230 km/h sur des voies conçues pour des locomotives à vapeur. Cela ressemble à un délire de science-fiction des années 1930. C’est pourtant exactement ce qui s’est produit le 21 juin 1931 entre Berlin et Hambourg, quand le Schienenzeppelin, littéralement le « zeppelin sur rails », a établi un record de vitesse ferroviaire resté imbattu pendant près d’un quart de siècle.

À retenir

  • Un ingénieur allemand transpose une motorisation d’avion sur des rails et crée une machine improbable
  • Le 21 juin 1931, le Schienenzeppelin atteint 230,2 km/h et pulvérise le record mondial de vitesse ferroviaire
  • Malgré son exploit, le prototype unique disparaît en 8 ans : ferraillé en 1939 après une lente agonie administrative

Sommaire

  1. Un ingénieur d’avions qui rêvait de rails
  2. 230,2 km/h, le jour où le rail a rattrapé l’aviation
  3. Le prix de l’innovation : trop dangereux, trop bruyant, trop tôt
  4. Un héritage qui a survécu à la démolition

Un ingénieur d’avions qui rêvait de rails

L’homme derrière cette machine improbable s’appelle Franz Kruckenberg. Peu avant 1930, cet ingénieur, pionnier des concepts ferroviaires à grande vitesse, conçoit dans l’atelier de Hanovre-Leinhausen son plus célèbre engin. Sa logique est simple, presque brutale : pourquoi se limiter aux contraintes du rail traditionnel quand l’aviation a déjà résolu le problème de la vitesse ? Il décide alors de transposer purement et simplement une motorisation d’avion sur un châssis ferroviaire.

Le résultat tient à la fois du wagon et de l’aéronef. Le véhicule, tout en aluminium pour réduire le poids, mesure 25,85 mètres de long et pèse seulement 20,3 tonnes, une plume comparée aux locomotives à vapeur de l’époque. À l’arrière trône une hélice à quatre pales en bois, entraînée par un moteur d’avion BMW VI, un douze-cylindres à essence refroidi par eau développant 600 chevaux. Aucune roue motrice, aucune traction classique : c’est le souffle de l’hélice qui pousse littéralement l’engin sur les rails, comme un avion qui aurait oublié de décoller.

230,2 km/h, le jour où le rail a rattrapé l’aviation

Les premiers essais ont lieu le 25 septembre 1930 sur la ligne Brunswick-Paderborn, entre Kreiensen et Altenbeken. Les résultats intriguent, puis inquiètent, puis fascinent. Le 10 mai 1931, entre Plockhorst et Lehrte, le Schienenzeppelin franchit pour la première fois la barre des 200 km/h. La nouvelle se répand, l’engin est exhibé dans toute l’Allemagne comme une curiosité technologique digne des plus grandes foires.

Mais c’est le 21 juin 1931 que l’histoire bascule vraiment. Sur la ligne Berlin-Hambourg, entre Karstädt et Dergenthin, le Schienenzeppelin atteint 230,2 km/h. Un chiffre qui, pour situer les choses, dépasse d’environ 80 à 100 km/h la vitesse des meilleurs trains express à vapeur de l’époque, capables péniblement de 130 à 150 km/h dans des conditions idéales. Le record précédent, détenu depuis 1903 par un wagon électrique allemand à 210 km/h, vole en éclats. Ce jour-là, la voie a dû être entièrement fermée à la circulation, tous les passages à niveau bloqués : personne ne savait vraiment comment se comporterait cette bête d’aluminium lancée à pleine vitesse.

Le plus stupéfiant, c’est la longévité de cet exploit. Ce record de vitesse pour un véhicule ferroviaire à moteur thermique tiendra pendant plus de deux décennies, jusqu’en 1954. Pendant vingt-trois ans, le train le plus rapide du monde restera cette carcasse d’aluminium propulsée par une hélice de bois, conçue par un ingénieur qui, quelques années plus tôt, dessinait encore des avions.

Le prix de l’innovation : trop dangereux, trop bruyant, trop tôt

Mais un record ne fait pas un succès commercial. Et c’est là que l’histoire du Schienenzeppelin bascule dans l’échec industriel. Le problème central, presque comique avec le recul, tient à sa conception même : une hélice ouverte à l’arrière d’un véhicule qui doit circuler dans des gares bondées de voyageurs. Imaginez le souffle d’une hélice d’avion balayant un quai bondé, arrachant chapeaux et journaux au passage. Ce défaut de conception, plus qu’une simple gêne, a représenté un danger réel jugé inacceptable pour une exploitation commerciale.

D’autres limites techniques s’accumulent. L’engin ne peut tracter aucun wagon supplémentaire, contrairement à une locomotive classique. Il éprouve aussi des difficultés à reculer et à gravir les pentes prononcées, deux défauts rédhibitoires pour un usage ferroviaire quotidien. Kruckenberg lui-même finit par abandonner le principe de l’hélice, jugé « difficile à mettre en œuvre et à faire accepter » dans un contexte d’exploitation réelle. Dès 1932, il fait retirer l’hélice pour installer une transmission hydraulique, transformant l’engin en une version plus conventionnelle, montée sur bogies.

La suite ressemble à une lente agonie administrative. En 1934, la Deutsche Reichsbahn, la compagnie ferroviaire du Reich, rachète l’engin pour de nouveaux essais qui ne verront finalement jamais le jour. Le prototype unique reste alors à l’abandon, sa carcasse se dégradant années après années dans un hangar. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, la carcasse déjà rongée par la corrosion est finalement ferraillée. Huit ans à peine séparent le sommet de la gloire technologique de la casse pure et simple.

Un héritage qui a survécu à la démolition

L’histoire aurait pu s’arrêter là, réduite à une note de bas de page dans les annales ferroviaires. Mais les idées de Kruckenberg, elles, ont survécu au chalumeau des ferrailleurs. La silhouette profilée du Schienenzeppelin, avec son nez effilé pensé pour fendre l’air, a directement inspiré la conception du célèbre « Fliegender Hamburger » (le Hambourgeois volant), un autorail diesel-électrique mis en service en 1932 qui allait, lui, connaître un véritable succès commercial et opérationnel.

Kruckenberg a poursuivi sur sa lancée en concevant l’automotrice rapide SVT 137 155, surnommée le « Flying Silberling », dont le seul exemplaire achevé en 1938 établira à son tour un record de vitesse pour un train de voyageurs conventionnel, atteignant 215 km/h en juin 1939. Contrairement à son prédécesseur à hélice, cet engin n’entrera jamais en service régulier non plus, mais il tiendra jusqu’en 1967 avant d’être mis au rebut à son tour. Deux prototypes, deux records, deux destins finalement voués à la ferraille : l’histoire ferroviaire allemande de l’entre-deux-guerres a ce genre d’ironie tenace, où l’audace technique précède toujours de plusieurs décennies la viabilité commerciale.

Sources : en.clickpetroleoegas.com.br | zinnfigur.com

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