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Une étude pancanadienne dirigée par la chercheuse Catherine Levasseur, de l'Université d'Ottawa, avec le Réseau dialogue met en lumière les défis d'intégration des jeunes adultes issus des programmes d’immersion française dans les collectivités francophones et acadienne en situation minoritaire.
L'étude (nouvelle fenêtre) montre comment des organismes de terrain, particulièrement en Alberta, déploient des stratégies innovantes pour transformer ce vaste vivier étudiant en une force vitale pour la francophonie.

Selon les chercheurs, l'insécurité linguistique et le poids de l'étiquette « francophile » empêchent les jeunes issus de l'immersion de construire une francophonie minoritaire forte et unie.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Cela a été le cas d'Ahdithya Visweswaran, aujourd'hui directeur des affaires publiques et politiques à Canadian Parents for French, à Ottawa. Pendant ses études secondaires à l'École Harry Ainlay d'Edmonton, il croyait que la langue française n'existait qu'au Québec ou en France.
Ignorant l'existence même du Campus Saint-Jean dans sa propre ville, ce fils d'immigrants indiens s'est longtemps senti déconnecté de la vibrante communauté francophone albertaine.
Aujourd'hui, il s'identifie très fièrement comme Franco-Albertain issu de l'immersion française, et il a même siégé au conseil d'administration provincial de l'Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA).
Briser le mur de l'insécurité linguistique
Le rapport s'appuie sur des sondages menés auprès de 31 jeunes âgés de 19 à 29 ans et de 19 organismes communautaires. Dix représentants d’organismes ont également participé à des entretiens semi-dirigés.
Il révèle que le principal obstacle à l'implication communautaire de ces jeunes bilingues est l'insécurité linguistique, de même qu'un profond sentiment d'illégitimité.
Souvent jugés à travers l'idéologie du locuteur natif, une croyance selon laquelle les locuteurs qui ont acquis une langue dès l'enfance au sein du foyer familial seraient des locuteurs authentiques, ces jeunes craignent d'être critiqués sur leur accent ou de ne pas parler un vrai français.
Résultat : ils s'excluent d'eux-mêmes des espaces communautaires.
À cela s'ajoute le fardeau de l'étiquette de francophile, un terme que les experts suggèrent fortement d'abandonner.
Selon Catherine Levasseur, ce mot crée une barrière identitaire et envoie un message excluant : Tu es notre ami, on t'aime, mais pas trop. Tu ne fais pas vraiment partie de notre gang.
Ahdithya Visweswaran abonde dans le même sens, soulignant que ce terme réduit l'identité des jeunes et donne l'impression qu'ils diluent la francophonie plutôt que de l'enrichir.
L'emploi comme tremplin vers la légitimité
Pour contrer ce phénomène, des organismes albertains misent sur l'action concrète et la création d'espaces libres de jugement. L'ACFA régionale d'Edmonton se démarque par une stratégie d'intégration proactive, soit l'embauche de jeunes de 15 à 30 ans issus de l'immersion comme animateurs, sauveteurs ou coordonnateurs pour ses camps d'été.
D'après Josée Côté, directrice régionale de l'ACFA d'Edmonton, cette approche permet aux jeunes de développer leur confiance et de réaliser qu'ils ont pleinement leur place au sein de l'organisme.
Elle rappelle d'ailleurs l'importance stratégique de ne pas marginaliser cette clientèle, puisqu'une grande proportion d'élèves en immersion sont en réalité des ayants droit francophones.
Selon elle, de nombreuses familles francophones inscrivent leurs enfants dans le système anglophone en raison de l'éloignement des écoles francophones ou de craintes liées à l'apprentissage de l'anglais,
Créer des ponts entre l'école et la communauté
L'Alberta se distingue aussi par sa capacité à bâtir des ponts directs entre les réseaux anglophones et francophones. À Calgary, la société La Cité des Rocheuses utilise la culture pour attirer la relève.
En invitant d'abord les élèves de l'immersion à son festival du cinéma francophone dans un cadre scolaire, l'organisme réussit à les familiariser avec les lieux, ce qui les incite ensuite à revenir de façon autonome, entre amis, lors des projections de la fin de semaine.
De son côté, l'ACFA d'Edmonton amène la culture dans les écoles d’immersion en y organisant des cabanes à sucre, et elle invite les chorales des écoles à performer lors de sa fête multiculturelle de Noël.
Ces initiatives créent un premier contact essentiel, car, comme le montre l'étude, les jeunes doivent découvrir leur collectivité locale bien avant la fin de leurs études secondaires pour espérer s'y intégrer à l'âge adulte.
Le rapport conclut que l'inclusion de ces jeunes est une véritable responsabilité partagée entre les jeunes eux-mêmes, les écoles, les bailleurs de fonds et les organismes communautaires.


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