Ce fut d’une violence folle. En quelques heures, Thélyson Orélien est passé du paradis littéraire à son enfer. Son roman C’était ça ou mourir (Grasset), qui aurait été largement rédigé par intelligence artificielle, vient d’être biffé de la liste Goncourt. Des voix s’élèvent pour minimiser la gravité de la tricherie. On attribue l’opprobre au racisme. Du coup, on minimise l’effet IA. Il est effarant de lire, sous la plume de nombreuses grandes plumes (des critiques plutôt que des romanciers, parmi eux Jean-Yves Tadié, que j’admire, spécialiste de Proust, on croit rêver), des propos qui banalisent l’usage de l’intelligence artificielle. Quelle folie, pour ne pas dire quelle ânerie. L’IA est un formidable outil de recherche. L’écriture d’un roman, c’est autre chose. Une prise de risque, comparable à l’aventure psychanalytique, une expédition personnelle par essence, qui n’est jamais terminée. Si par miracle on approche de la vérité, cela n’a lieu qu’à la fin des fins du travail d’écriture, lorsque l’on a sondé son propre inconscient aussi profondément que possible, sans trembler, sans craindre de se retrouver soi-même blessé. Se défausser de cette aventure en interrogeant une machine, c’est trahir sa mission d’écrivain.
P.S. Après l’éviction de son président Olivier Nora, après la pantalonnade de l’affaire Boualem Sansal, après le départ de près de 200 auteurs (dont le soussigné), voilà que le sort frappe à nouveau Grasset. Pour avoir été de la maison durant quatorze ans (quatorze romans, quatre ans au comité de lecture), j’en ai le cœur gros.


4 hour_ago
35




















.jpg)






French (CA)