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Politique 30/09/2026 18:01 Actualisé le 30/09/2026 18:15
Censé incarner l’avenir et le renouveau d’un RN délesté de son histoire et de ses racines antisémites, Jordan Bardella plonge son parti dans une grave crise à sept mois du premier tour de l’élection présidentielle.

TELMO PINTO / NurPhoto via AFP
« Ça nous fait reculer » : L’affaire Bardella fait voler en éclat la dédiabolisation tant souhaitée au RN
Origine fange garantie. Le Rassemblement national est plongé dans la tourmente depuis les révélations, par Mediapart, d’anciens écrits antisémites attribués à Jordan Bardella. Les cadres se mettent en rang d’oignon devant leur président et relaient abondamment son démenti, tandis que Marine Le Pen l’assure de son « soutien absolu ».
L’affaire est malgré tout désastreuse pour le parti d’extrême droite. Les mots employés par l’eurodéputé au début de son parcours militant, révélés au grand jour ce lundi 28 septembre, font effectivement voler en éclat la stratégie de « dédiabolisation » chère à la candidate du RN à la présidentielle, sa plus grande réalisation politique depuis qu’elle a pris la tête de la formation frontiste et banni son paternel Jean-Marie Le Pen.
Certes, les écrits attribués à Jordan Bardella sont vieux de treize ans. Certes, l’ancien « plan B » et actuel dauphin, n’avait pas encore commencé son ascension fulgurante dans les sphères du parti quand il se livrait à ce genre de saillies. Il n’empêche. Ses attaques contre « les juifs » qui doivent « dominer les autres peuples, les écraser et les voler », apparaissent comme la dernière pierre susceptible de briser la vitrine ripolinée par Marine Le Pen.
Le RN et la falsification
Sur le papier, les cadres du RN s’attachent effectivement depuis une quinzaine d’années à se distancier des thèses et idéologies de leurs prédécesseurs à la tête du Front national, parti fondé en 1972 par d’anciens collaborateurs nazis ou autres Waffen SS, et qui a longtemps cultivé sa frange la plus antisémite, révisionniste, raciste ou homophobe. Jean-Marie Le Pen, sa figure tutélaire, a notamment été condamné à de multiples reprises pour incitations à la haine. Entre autres choses.
Sur le papier, toujours, la boutique de Marine Le Pen n’a rien à voir avec celle d’antan. « Il faut que la ligne politique que je porte, soutenue par l’immense majorité des adhérents du Front, soit respectée par tout le monde », avait-elle tonné en 2015, au moment d’exclure son paternel après une énième sortie de sa part relativisant la Shoah. Une sorte de premier gage, de poids.
Depuis, la direction du RN tente de gommer toutes les aspérités de leur formation pour essayer de séduire des segments de la population (les retraités ou les fonctionnaires) jusqu’alors hermétiques ou effrayés par le fond de sauce de l’extrême droite. Désormais, les voilà qui revendiquent la purge « des racailles antisémites » et se présentent avec gourmandise comme « le bouclier des juifs en France. » Au prix d’une falsification assez invraisemblable de l’histoire, même la plus récente.
Les accrocs sur la cravate
En réalité, si le parti se veut propre sur lui, cravate de rigueur, les faits, eux, disent l’inverse. Avant la publication de la prose de Jordan Bardella, d’innombrables indices sont venus confirmer que rien n’a véritablement changé. La flopée de brebis galeuses et leurs propos racistes, complotistes et antisémites, documentés par la presse élection après élection, en est un. À la clef ? Un troupeau de profils et candidats sulfureux souvent écartés au dernier moment, après les révélations de presse et les remous. Mais pas toujours.
Ainsi, le Rassemblement national compte encore dans ses rangs à l’Assemblée Frédéric Boccaletti, qui a vendu des ouvrages négationnistes dans sa jeunesse, ou la députée Caroline Parmentier. Cette amie de Marine Le Pen (elle a été sa conseillère en communication) a multiplié les écrits antisémites et homophobes jusqu’en 2018, alors qu’elle travaillait pour un quotidien d’extrême droite, sans que leur révélation (par Mediapart) ne provoque quelconque sanction de la part de la direction.
Dans ce contexte, l’entourage et le parcours des deux têtes du parti sont tout aussi éloquents. Contrairement à ce qu’elle a souvent indiqué, bon nombre de personnalités subversives gravitent encore autour de Marine Le Pen. C’est le cas par exemple de Frédéric Chatillon, ancien président du GUD (Groupe union défense), qui a accompagné la patronne et son parti dans son ascension, jusqu’aux élections européennes de 2024. Quant à Jordan Bardella, celui-ci a choisi comme directeur de cabinet François Paradol, un ancien membre d’Égalité et Réconciliation, l’organisation de l’idéologue antisémite Alain Soral, après avoir fait directeur de campagne pour les européennes de 2019 un homme (Philippe Vardon) filmé dans la jeunesse se défoulant sur un hymne néonazi. Le fruit d’un hasard complet ?
« Je pense que ça nous fait reculer… »
Impossible à croire, si l’on se penche sur d’autres signaux concernant le président du Rassemblement national. Selon plusieurs médias, le trentenaire a voué, au milieu des années 2010, une forme d’admiration pour Alain Soral, qu’il finira par exprimer sur son compte Twitter anonyme « @RepNatDuGaito » en parlant de lui comme d’un « grand sociologue. » Jordan Bardella, qui a toujours nié être derrière ce canal, y déverse entre 2015 et 2017 une prose raciste et des louanges à l’attention de Jean-Marie Le Pen, qu’il refusera par ailleurs de qualifier publiquement « d’antisémite » en 2023, avant de faire machine arrière face au tollé. N’en jetez plus ?
En parachevant ce palmarès déjà garni, les propos violents attribués à Jordan Bardella jettent une lumière crue sur les idéologies et obsessions nauséabondes qui parcourent toujours l’extrême droite française. De quoi stopper net l’entreprise de dissimulation menée avec talent ces dernières années et qui a mené Marine Le Pen aux portes du pouvoir ? « Je ne vous dis pas que ça aide », euphémise un lepéniste auprès du HuffPost, en laissant poindre une inquiétude nouvelle.
« Je pense que ça nous fait reculer de quelques centimètres sur une catégorie d’électorat sur laquelle on était en train d’avancer. Cela va ralentir la progression », estime ce parlementaire, en évoquant les retraités ou des macronistes déçus. En somme, « des gens qui se posaient la question de peut-être venir chez nous et que ça pourrait refroidir. » Voilà le risque réel d’une vitrine qui se brise et laisse à voir une arrière-boutique toujours aussi dégoûtante.


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