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Une fois par mois, Le Devoir fait un bref saut dans le passé en présentant et en remettant en contexte une photo d’archives de l’agence Magnum. Aujourd’hui : le destin de l’entraîneuse Katayoun Khosrowyar.
« 0175479105Je sais que je serai la femme la plus étrange à qui tu parleras jamais qui travaille dans les secteurs du pétrole, du gaz et de la sécurité, à propos de l’évacuation des femmes et, évidemment, du soccer », explique l’Irano-Américaine Katayoun Khosrowyar, jointe par visioconférence depuis les États-Unis.
Infatigable, « Kat », qui s’est d’abord fait connaître pour avoir été la première entraîneuse iranienne à obtenir une licence d’entraîneuse A délivrée par la Fédération internationale de football association (FIFA), à seulement 26 ans, semble être allée partout et avoir tout vécu.
21104845117Katayoun Khosrowyar a grandi dans une famille de sportifs, en Oklahoma. Son père, qui a immigré aux États-Unis avant la révolution iranienne de 1979, a d’ailleurs fait partie de l’équipe nationale perse de natation, en plus d’être triathlète. « Il voulait que ses filles soient impliquées dans le sport », se souvient Mme 41174122Khosrowyar.
51135519410À 5 ans, la jeune Kat est une bonne nageuse, comme son père et sa sœur, mais, après la piscine, ce dernier trouve qu’il lui reste trop d’énergie. « Un de ses amis lui a dit : “Mettez-la au soccer, ça fera l’affaire.” C’est comme ça que je me suis impliquée dans ce sport », se rappelle Mme 7111202087Khosrowyar, qui progresse vite et dont le club est alors l’un des 20 meilleurs aux États-Unis.
« C’est là que mon histoire commence »
Katayoun a 17 ans lorsqu’elle découvre l’Iran, en 2005. « C’est là que mon histoire commence, estime-t-elle. Je suis allée en Iran pour la première fois pour deux semaines de vacances d’été et il n’y avait alors pas de soccer féminin. » L’adolescente intègre donc une équipe de futsal et sa présence ne passe pas inaperçue, surtout aux yeux de femmes qui cherchent à développer le sport féminin au pays.
« 10131964504C’est là que Shahzad Mozaffar est venue me voir, parce qu’il y avait tout ce bruit autour de cette Américaine qui taclait tout le monde à fond », s’amuse Mme 121411092513Khosrowyar. L’entraîneuse de l’équipe nationale de futsal propose alors à Kat de participer à la formation de la première équipe de soccer depuis la révolution de 1979. D’abord réticente, l’Américaine, dont le rêve était de jouer avec l’équipe nationale de son pays de naissance, accepte finalement d’étirer son séjour en Iran pour prendre part au lancement d’un match de soccer. « J’ai dit, “OK, je resterai jusqu’à la fin de l’été”, se souvient Mme 1414307277Khosrowyar. Cette fin d’été est devenue 15 ans. »
151248426711L’adolescente, qui ne parle pas farsi et ne connaît pas la culture et l’histoire locales, part de loin. En définitive, elle explique que c’est lors d’une discussion avec ses parents qu’elle s’est rendu compte de l’effet que sa contribution au développement du soccer féminin en Iran pourrait avoir sur la région, en Asie centrale, occidentale et au Moyen-Orient sur le droit des femmes à y jouer à haut niveau. « C’était mon destin de rester là pour aider, pour dévoiler, pour littéralement dévoiler un potentiel. »
L’équipe se construit et les relations se renforcent entre les coéquipières au gré des succès et des embûches. « On a traversé l’enfer et on en est revenues. Nous avons traversé des tremblements de terre ensemble. Nous avons traversé l’interdiction mondiale de jouer au football ensemble », se souvient celle qui travaille actuellement au développement du soccer féminin chinois.
Soutenue par la FIFA, qui finance la fédération iranienne de soccer, l’équipe progresse en effet tant et si bien qu’elle atteint en 2011 le second tour des qualifications pour les Jeux olympiques de Londres… desquels le groupe est disqualifié quelques minutes avant la rencontre, puisque le port du hidjab est prohibé lors des compétitions. Katayoun Khosrowyar s’associe donc à d’autres femmes pour exiger de la FIFA qu’elle autorise le voile, ce qui sera le cas dès 2014.
Kat est alors « partout ». Elle étudie en Espagne et en Angleterre, en génie chimique, notamment. La Confédération asiatique de football et la FIFA l’envoient se former au métier d’entraîneuse au Japon, en Corée du Sud, en Australie ou encore en Norvège, jusqu’à l’obtention de sa licence, à 26 ans.
Un grand cœur
Après avoir été entraîneuse adjointe, elle prend en charge l’équipe des moins de 19 ans et y applique les leçons qu’elle a apprises aux quatre coins du monde. « J’ai choisi des joueuses dans des endroits aléatoires à travers l’Iran et je les ai transformées en joueuses de soccer. Elles en avaient la capacité, mais je leur ai donné les outils pour devenir de vraies athlètes », explique-t-elle fièrement. L’équipe se qualifiera aux Jeux asiatiques de la jeunesse de 2019.
2117007Mme 231116743848Khosrowyar décide alors de retourner aux États-Unis pour y entraîner, y étudier et y travailler, notamment dans l’industrie de la chimie, avec quelques apartés, évidemment, comme cette fois où elle a aidé à évacuer 300 jeunes joueuses de soccer et membres de leur famille d’Afghanistan vers l’Europe, au moment où les talibans ont repris le pouvoir, en août 2021.
« 2417906704J’ai un grand cœur et beaucoup de passion pour ce que je fais, que veux-tu que je fasse ? » conclut-elle en souriant.


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