Quelques phrases de circonstance, puis la sentence arrive, attendue mais implacable: «Malgré l’intérêt que vous avez manifesté pour notre offre, nous regrettons de vous informer que votre dossier n’a pas été retenu.» Des messages de ce type, la boîte e-mail de Julien (le prénom a été modifié) en regorge. Depuis bientôt cinq ans, ce cadre dans une multinationale implantée à Genève souhaite acquérir un appartement en propriété par étages (PPE) afin de s’y installer avec sa femme et leurs deux enfants. Une gageure. Jusqu’ici, ses recherches se sont révélées infructueuses, comme en témoigne l’épais classeur qu’il a apporté et posé sur la table de ce café de Plainpalais. Lunettes fines, le col de la chemise soigneusement ajusté sous un pull en laine mérinos, ce quinquagénaire au salaire confortable confie son désarroi. «J’ai l’impression de ne jamais avoir eu ma chance. Cela m’est tout simplement inaccessible. C’est comme si je me battais contre un moulin à vent. Enfin ce n’est même pas une bataille», souffle-t-il, avant de lâcher: «C’est un cauchemar.»
Attention, sujet sensible au bout du Léman. A Genève, moins d’un ménage sur cinq (18,9%) est propriétaire de son logement, loin de la moyenne suisse (35,9%), selon l’Office fédéral de la statistique. Malgré le rythme soutenu des nouvelles constructions depuis dix ans, l’offre ne parvient pas à satisfaire la demande. Même pour ceux qui disposent des revenus idoines et des fonds propres nécessaires, l’accès à la propriété s’apparente souvent à la quête du Graal, tout comme lorsqu’on cherche à louer. Chevillarde, Amandolier, Allières… La liste des refus essuyés par Julien correspond en partie à celle des gros projets immobiliers sortis de terre ces dernières années en zone de développement, où l’Etat contrôle les prix afin de favoriser la classe moyenne. Après s’être assuré de répondre aux critères financiers, l’informaticien raconte avoir procédé comme il le fait dans l’exercice de son travail au quotidien: «avec méthode». Il a constitué un fichier Excel regroupant les différents projets. Il s’est tenu au courant de leur avancement en se rendant régulièrement à la pêche aux informations sur les sites spécialisés que sont la Feuille d’avis officielle (FAO) et le système d’information du territoire genevois (SITG). Le moment venu, il a pris contact avec les promoteurs et les maîtres d’ouvrage afin de s’enquérir de la procédure de vente. Mais c’est toujours «trop tôt» ou «trop tard».


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