Chaque été, le même scénario se répète. Barbecue en terrasse, soirée à la campagne, camping entre amis, et vous, invariablement, vous rentrez les bras et les chevilles criblés de piqûres pendant que vos voisins de table s’en sortent sans une égratignure. Pendant des années, on vous a dit que c’était dans votre tête, ou que vous aviez « le sang sucré ». La réalité est bien plus précise que ça.
Selon une étude publiée en 2004 dans le Journal of Medical Entomology, menée par des chercheurs japonais sur 64 participants, les moustiques atterrissaient sur les individus de groupe O dans 83,3 % des cas, contre 46,5 % pour ceux de groupe A. si vous êtes du groupe O, vous êtes presque deux fois plus exposé que votre voisin de groupe A. Pas une impression. Un fait mesuré en laboratoire.
À retenir
- Votre groupe sanguin O vous rend deux fois plus attractif aux yeux des moustiques
- Une molécule chimique sécrétée par votre peau trahit votre groupe sanguin auprès des femelles en chasse
- D’autres facteurs biologiques amplifient cet effet : sueur, bactéries cutanées, respiration et même une simple bière
Sommaire
- Un signal chimique que votre peau envoie à votre insu
- Le groupe sanguin n’est qu’un facteur parmi une chimie complexe
- Ce que ça change concrètement pour se protéger
Un signal chimique que votre peau envoie à votre insu
Selon les chercheurs japonais qui ont mené l’étude, certains humains sécrètent un signal chimique à travers leur peau qui informe le moustique sur le type de groupe sanguin : ceux-ci peuvent s’y référer pour choisir leurs proies. Le moustique ne « lit » pas votre carte de donneur de sang, il capte une odeur.
Les groupes sanguins sont déterminés par l’antigène exprimé à la surface des globules rouges : A, B, AB, ou aucun pour le groupe O. Chez certaines personnes, ces antigènes sont aussi sécrétés dans les fluides corporels comme les larmes ou la salive. Chez les individus de groupe O, l’antigène sécrété dans les fluides est l’antigène H, un précurseur des antigènes A et B. C’est ce composé qui agirait comme un signal d’appel olfactif pour les femelles en quête de repas.
Il existe même une subtilité supplémentaire dans cette biologie de la malchance. Les moustiques ne « lisent » pas directement notre sang, mais détectent des substances émises naturellement par la peau ou la salive, qui varient selon le groupe sanguin. Les « sécréteurs », c’est-à-dire les personnes qui expriment leur groupe sanguin dans leurs fluides corporels, sont particulièrement concernés. Environ 80 % des personnes sécrètent des substances chimiques indiquant leur groupe sanguin via leur peau et leur salive. Ces « sécréteurs » sont plus attirants pour les moustiques que les « non-sécréteurs », quel que soit leur groupe sanguin. Ce qui explique quelques cas déconcertants où une personne de groupe A finit plus piquée qu’une autre de groupe O.
En 2019, une nouvelle étude a confirmé les résultats : les moustiques, si on leur donnait le choix, montraient une préférence pour les donneurs universels. Deux décennies de recherches convergent vers la même conclusion.
Le groupe sanguin n’est qu’un facteur parmi une chimie complexe
Votre groupe O vous place en première ligne, mais il ne fait pas tout. Les moustiques possèdent des organes appelés palpes maxillaires qui leur permettent de détecter le dioxyde de carbone émis par leur proie. Plus vous expirez de CO2, plus vous brillez dans le radar sensoriel d’une femelle en chasse. Les femmes enceintes, par exemple, émettent 21 % de dioxyde de carbone de plus qu’un autre individu, ce qui explique pourquoi elles constituent des cibles si régulières.
La sueur joue aussi sa partition. Les odeurs liées aux acides gras, à l’ammoniaque ou à l’acide lactique présents dans la sueur sont des signaux très attractifs pour les moustiques. La flore bactérienne présente sur notre peau y contribue également fortement. Les recherches montrent que les personnes avec une grande variété de bactéries sur leur peau attirent moins les moustiques que celles dont le microbiome est moins diversifié. Les pieds et les chevilles concentrent particulièrement ces colonies bactériennes, ce qui explique pourquoi les moustiques ciblent souvent ces zones.
Boire une seule bière suffit à augmenter votre attractivité pour les moustiques : l’alcool élève la température corporelle et modifie les composés volatils émis par la peau. Les chercheurs ont constaté que les personnes ayant consommé de l’alcool reçoivent en moyenne 15 % de piqûres supplémentaires. Soirée au bord du lac avec une bière fraîche et un groupe sanguin O ? Le moustique a déjà coché toutes les cases.
La génétique entre en jeu, bien au-delà du seul groupe sanguin. Vos gènes influencent directement la composition chimique de votre sueur et les odeurs que vous dégagez. Des études menées sur des jumeaux ont démontré que l’attractivité face aux moustiques possède une composante héréditaire importante. Si vos parents étaient dévorés, il y a de bonnes chances que vous le soyez aussi.
Ce que ça change concrètement pour se protéger
Connaître son profil biologique ne suffit pas à repousser les moustiques, mais ça permet de calibrer sa protection. Les répulsifs à base de DEET ou d’icaridine restent les plus efficaces selon l’INRS. On peut aussi utiliser des moustiquaires, porter des vêtements amples et clairs, éviter les lieux humides au crépuscule, et limiter les parfums ainsi que les produits cosmétiques odorants.
Les couleurs foncées, notamment le noir, attirent davantage les moustiques qui localisent leurs cibles visuellement aussi. Mieux vaut privilégier le blanc, le beige ou des teintes pastel. Les vêtements amples réduisent en plus la surface de peau accessible. Deux ajustements simples qui réduisent le risque sans changer la biologie.
Les moustiques ne vont pas bien loin quand il y a du vent : un courant d’air permanent ou un ventilateur vous tiendra à coup sûr à l’écart. Un détail pratique souvent ignoré lors des soirées en extérieur. Et si la piqûre survient malgré tout, il ne faut surtout pas se gratter, au risque de libérer encore plus d’histamine et d’augmenter les démangeaisons. L’application de glaçons calme efficacement l’inflammation.
Ce que la science commence à explorer, c’est l’utilisation de ces données biologiques pour concevoir des répulsifs personnalisés. Les scientifiques soulignent l’importance d’intégrer ces observations pour développer des répulsifs insectes plus efficaces. Un répulsif calibré sur votre microbiome cutané et votre groupe sanguin, plutôt qu’une formule universelle, c’est la piste sur laquelle travaillent plusieurs équipes. Le moustique vous connaît mieux que vous ne le pensiez. La prochaine étape, c’est de lui rendre la pareille.
Sources : cerbere-tourisme.com | kairn.com


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