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Par Inès de Raguenel
Le 15 juin 2026 à 17h36
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FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que la Ville de Paris a déjà recensé 255 signalements de violences sexuelles depuis début 2026, la conseillère de Paris plaide en faveur de l’instauration d’un système d’enquête administrative pour les personnes voulant devenir éducateur.
Passer la publicité Passer la publicitéInès de Raguenel est conseillère de Paris et vice-présidente du Groupe Paris Liberté au Conseil de Paris.
Il y a un an, j’alertais, avec mon groupe politique au Conseil de Paris, sur la multiplication des agressions sexuelles commises dans les écoles parisiennes pendant le temps périscolaire. Un an après, les révélations continuent. 255 signalements de violences sexuelles depuis début 2026. Une centaine d’écoles touchées. Des familles bouleversées et une réponse institutionnelle insuffisante. Les annonces du nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, se voulaient rassurantes. Elles ne répondent pourtant pas à la question essentielle : comment empêcher que de tels profils soient recrutés au contact des enfants ? Début avril, la Ville de Paris a présenté un plan d’action dont deux mesures constituent l’ossature.
La première est une convention citoyenne chargée de réfléchir à l’organisation de la semaine scolaire. Quatre-vingts parents tirés au sort doivent remettre leurs conclusions fin juin. Mais Emmanuel Grégoire a déjà annoncé qu’il ne reviendrait pas sur les rythmes scolaires actuels, au mépris des Parisiens et des familles de victimes. Face à une crise de confiance majeure, cet exercice de communication dit participatif, est totalement hors-sol.
La seconde prévoit la suspension immédiate d’un animateur dès le moindre signalement. Cette mesure est évidemment totalement excessive puisqu’elle se fait dans la panique, sans aucune vérification préalable. Sans compter qu’elle intervient après le recrutement, après le signalement, parfois après les faits. La véritable question est celle de la prévention. Depuis la loi Taquet de 2022, la consultation du casier judiciaire et du fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes s’opère avant tout recrutement auprès de mineurs. C’est un progrès indispensable. C’est le fameux contrôle d’honorabilité que tous promeuvent aujourd’hui. Mais ce contrôle ne permet de détecter que des faits déjà connus de la justice ; le criblage est limité à deux fichiers. Il ne repère ni les individus présentant des comportements préoccupants sans condamnation préalable, ni ceux dont le parcours ou les fréquentations soulèvent des interrogations sérieuses pour l’exercice de fonctions auprès d’enfants.
La réponse est simple : notre droit ne le permet pas aujourd’hui. Il est temps de combler cette lacune en créant, dans le Code de la sécurité intérieure, un dispositif permettant de recourir à une enquête administrative de sécurité pour les personnes exerçant auprès de publics vulnérables.
Inès de RaguenelOr, pour d’autres métiers sensibles, l’État dispose pourtant d’outils plus complets. Les conducteurs de transports publics peuvent ainsi faire l’objet d’une enquête administrative de sécurité menée par le Service national des enquêtes administratives de sécurité (SNEAS). Celle-ci permet d’apprécier des éléments que le seul casier judiciaire ne révèle pas. Pourquoi un tel dispositif n’existe-t-il pas pour les professionnels chargés d’encadrer des enfants, des personnes âgées ou des personnes en situation de handicap ? Pourquoi contrôlerait-on davantage les chauffeurs de bus que les animateurs qui s’occupent de nos enfants ?
La réponse est simple : notre droit ne le permet pas aujourd’hui. Il est temps de combler cette lacune en créant, dans le Code de la sécurité intérieure, un dispositif permettant de recourir à une enquête administrative de sécurité pour les personnes exerçant auprès de publics vulnérables. Une première avancée a été obtenue grâce à l’engagement du député Sylvain Maillard, qui porte notre combat à l’Assemblée nationale. Cette initiative va dans le bon sens mais il est temps d’aller plus loin. Pour mieux protéger les enfants, comme l’ensemble des publics vulnérables, il faut désormais donner à l’État et aux collectivités les moyens juridiques d’agir avant qu’un drame ne survienne. Concrètement, cela doit passer par une capacité légale d’entrave et d’interdiction d’exercice par la détection des profils délinquants de droit commun, sexuels ou terroristes, mais aussi des profils radicalisés susceptibles d’entrisme auprès des jeunes publics.
Emmanuel Grégoire est aujourd’hui maire de Paris. Il était encore parlementaire il y a peu. Si la protection des enfants est réellement sa priorité, il doit faire de cette réforme un combat politique et porter, lui aussi, auprès du Parlement, les évolutions législatives dont les collectivités ont besoin. Les scandales du périscolaire parisien ne doivent pas déboucher sur une nouvelle série de mesures de communication. Ils doivent conduire à une réforme locale et nationale ambitieuse, à la hauteur des enjeux et de l’exigence de protection que nos concitoyens sont en droit d’attendre. Protéger les plus vulnérables consiste d’abord à se donner les moyens de les prévenir.


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