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Incursion dans le travail méconnu des gardes du corps des ministres québécois

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Le grand public ne les connaît pas. Pourtant, ils suivent les ministres québécois partout où ils vont. Incursion dans le travail des gardes du corps, un métier plus humain qu’on ne pourrait le croire.

Mélanie Boutin-Duval est l’une des rares femmes à occuper les fonctions de garde du corps. À l’heure actuelle, je crois que nous sommes environ peut-être six à sept, sous toutes réserves. [...] C’est pas beaucoup.

Elle assure la protection de ministres depuis 13 ans et, actuellement, elle est responsable de celle de Sonia LeBel.

Portrait de Mélanie Boutin-Duval.

Mélanie Boutin-Duval est garde du corps depuis 13 ans.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

On doit vivre au rythme de la personne qu’on protège.

Notre rôle, en gros, c’est d’assurer la protection en toutes circonstances de la personne à laquelle on est désigné, nous explique-t-elle. Assurer les déplacements de l’élu font aussi partie de leurs tâches. On est agent de la paix, on est constable spécial.

Son quotidien : accompagner Mme LeBel autant lors de ses activités professionnelles que personnelles. Ça part du matin jusqu’au soir, indique Mme Boutin-Duval.

Et quand la journée se termine, il faut prévoir le lendemain. C’est pas parce que la journée de la personne protégée est terminée que nous, on a terminé. On continue à préparer nos visites ailleurs.

On est plus souvent avec nos gardes du corps qu’avec les membres de notre famille, souligne Sonia LeBel.

Ce sont des témoins très privilégiés de ce qu’on vit, de nos difficultés, de nos succès, de nos déboires, des moments plus difficiles. Il y en a eu des moments plus difficiles dans les huit dernières années, poursuit la ministre. Quand je parle des négociations, il y avait beaucoup de manifestations, c’était normal. Je comprenais ça, mais c’est quand même, sur le plan humain, beaucoup plus de pression, plus difficile.

Sonia LeBel lors d'un point de presse.

Sonia LeBel est actuellement ministre de l'Éducation. Auparavant, elle a notamment occupé les fonctions de présidente du Conseil du trésor. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

On passe beaucoup de temps avec eux, mentionne Mélanie Boutin-Duval. Pour bien protéger quelqu'un, il faut apprendre à le connaître dans ses habitudes, dans ses réflexes, dans ses façons de réagir pour être capable de voir quand il y a une différence de comportement.

Parlant de temps, c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le nombre de femmes gardes du corps est relativement bas, selon elle.

On est vraiment dédié à la personne qu’on protège pendant une semaine, et plus, complète. On n’est pas à la maison souvent, témoigne la garde du corps. Le milieu est très, très, très ouvert aux femmes!

André Bresse et Mélanie Boutin-Duval discutent à l'extérieur.

André Bresse et Mélanie Boutin-Duval assurent respectivement la sécurité des ministres Bernard Drainville et Sonia LeBel.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Je vis la vie de quelqu’un d’autre pendant une semaine

André Bresse, garde du corps depuis 2010, raconte lui aussi que son métier est difficile sur le plan personnel. J'ai passé 13 ans, 14 ans à l'extérieur pour la semaine au complet, raconte-t-il. On manque beaucoup de choses avec la famille, mais, en même temps, ça fait partie de quand on s’engage.

Il assure la protection du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Bernard Drainville, qui est aussi député de Lévis. Puisqu’il habite dans la région, pour la première fois de sa carrière, il peut revenir à la maison après le travail.

Portrait photo d'André Bresse.

André Bresse est l'un des gardes du corps de Bernard Drainville.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Il n’en reste pas moins que son horaire est chargé. C’est sur 7 [jours] sur 7, 24 [heures] sur 24 au besoin. Moi, je me plais à dire que je vis la vie de quelqu’un d’autre pendant une semaine, dit-il. On suit l’agenda qui nous est fourni puis on répond aux besoins du ministre.

Pour M. Drainville, ses gardes du corps deviennent presque membres de la famille. Tu t’en vas à la cabane à sucre de la famille, tu t’en vas à la messe de minuit, peu importe, c’est le garde du corps qui est avec toi puis qui est avec les enfants.

En suivant un ministre, les gardes du corps doivent prévoir la logistique entourant les déplacements et la tenue de manifestations, par exemple. Ils sont aussi témoins de ce que vivent les ministres.

Chaque ministre a sa limite dans ce qu’il a besoin de partager ou pas. Il faut garder quand même une distance professionnelle. On ne peut pas faire fi des activités qui se passent autant au personnel qu’au professionnel, ajoute M. Bresse.

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