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Incendie meurtrier de la place d’Youville : le propriétaire, Émile Benamor, est arrêté

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Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé à l’arrestation d'Émile Benamor, propriétaire de l’immeuble ciblé par un incendie criminel le 16 mars 2023, où sept personnes avaient péri dans les flammes et neuf autres avaient été blessées.

Au total, 15 chefs d'accusation préautorisés par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pèsent contre Me Benamor, sept pour homicides involontaires et huit pour négligence criminelle entraînant des lésions.

L'avocat et propriétaire de l'édifice William-Watson-Ogilvie, situé place d’Youville, où a eu lieu cet incendie, le plus meurtrier des 50 dernières années à Montréal, devrait comparaître par visioconférence dans les prochaines heures.

Trois ans après le drame, il s’agit du premier accusé à faire face à la justice, après que Radio-Canada eut révélé en octobre 2024 que le DPCP avait reçu un dossier d’enquête complet du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Bien que M. Benamor n’ait jamais été soupçonné par la police d’être impliqué dans l’incendie criminel, de nombreuses lacunes en sécurité incendie relevant de ses responsabilités de propriétaire avaient été mises en lumière dans les semaines suivant la tragédie.

En conférence de presse, mercredi matin, l'inspecteur-chef du SPVM, David Shane, a expliqué que les enquêteurs du module des incendies criminels et le DPCP ont conclu, notamment à partir de témoignages, qu’il y avait eu négligence criminelle.

On comprend que c’est à un niveau tel que la personne est accusée d’homicides involontaires et non de négligence criminelle entraînant la mort, a-t-il détaillé.

Un policier en train de tenir une conférence de presse.

L'inspecteur David Shane a tenu un point de presse sur l’arrestation d'Émile Benamor, propriétaire de l'immeuble ciblé par un incendie criminel qui a causé la mort de sept personnes dans le Vieux-Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La gravité élevée des accusations qui sont portées contre Émile Benamor explique, en partie, le long délai entre les événements et les premières accusations. Plus l'accusation est grave, plus le seuil pour le niveau de preuve est élevé et les enquêtes sont plus complexes, a précisé l'enquêteur.

Il a tout de même reconnu que les proches des sept victimes, les neuf blessés et les six autres personnes qui occupaient le bâtiment au moment de l'incendie sont en attente de réponses depuis très longtemps.

Nous espérons que ce développement puisse atténuer, dans une certaine mesure, leurs souffrances.

Elle ne sera pas décédée en vain

Il ne se passe pas une journée où je n'ai pas une pensée pour ma fille. Si ça peut faire changer des choses, et la façon dont les propriétaires et la Ville de Montréal vont prendre au sérieux l'entretien de leur bâtisse, on se dit, au moins, elle ne sera pas décédée en vain, nous a confié avec émotion Louis-Philippe Lacroix, le père de Charlie Lacroix, l'une des sept victimes de l'incendie de la place d'Youville.

M. Lacroix se dit reconnaissant envers le DPCP d'avoir gardé contact avec lui. Ce n'était pas dans leur mandat. Ils n'étaient pas obligés de me tenir au courant des étapes, du travail effectué et de la raison des délais [de trois ans].

Ils [les procureurs] voulaient s'assurer d'avoir le dossier le plus étoffé possible, que les accusations ne soient pas superflues et qu'elles tombent par après. C'était la bonne stratégie à avoir.

Des pompiers interviennent pour éteindre un incendie.

L'incendie criminel a fait sept morts dans cet immeuble de la place d'Youville, dans le Vieux-Montréal, en mars 2023.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Retrouvée morte dans le brasier, Charlie Lacroix avait tenté désespérément d’appeler à l’aide au 911 parce qu’elle disait être coincée par les flammes dans une chambre sans fenêtre.

Ce n'est pas réparateur. Ça ne réparera jamais ce qui s'est produit comme tel. Mais ça amène un sentiment de justice à travers tout ça. Du fait que ce qui est arrivé [l'incendie meurtrier], ce n'était pas juste un accident banal, a ajouté M. Lacroix.

Des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics avaient révélé que le bâtiment de la place d'Youville détruit par les flammes avait fait l’objet de nombreux avis d'infraction pour des non-conformités depuis 2009.

Mosaïque de photos des sept victimes de l'incendie criminel de la place d'Youville.

Les sept victimes qui ont péri dans l'incendie criminel du Vieux-Montréal.

Photo : Radio-Canada

Une deuxième enquête toujours en cours

Depuis mars 2023, la Section des crimes majeurs du SPVM mène deux enquêtes en parallèle dans ce dossier. L'une porte sur la responsabilité civile pour l’entretien et le respect des règlements municipaux en matière de sécurité incendie; l’autre vise à appréhender la personne qui aurait incendié intentionnellement l'immeuble.

Cette deuxième enquête est menée par la section des crimes majeurs, a précisé l'inspecteur Shane. Ce dossier restera ouvert tant et aussi longtemps qu’il ne sera pas solutionné, a-t-il assuré.

Rappelons qu’un an et demi après le drame de la place d’Youville, un second incendie meurtrier, dans un autre immeuble appartenant à Émile Benamor, situé rue Notre-Dame dans le Vieux-Montréal, a fait deux morts, une touriste française de 43 ans et sa fille de 7 ans. Deux hommes ont été arrêtés et accusés d'incendie criminel et de meurtres au deuxième degré dans cette affaire.

Sur cet incendie, le SPVM a écarté la thèse de la négligence criminelle, a précisé M. Shane, et il n'y a pas d’autres accusations à attendre dans ce dossier-là.

Plusieurs pompiers en train d'éteindre un feu dans le Vieux-Montréal.

Un autre incendie a ravagé un immeuble appartenant à Me Émile Benamor, rue Notre-Dame, en octobre 2024. Deux personnes ont péri dans les flammes.

Photo : Radio-Canada / Alain Béland

Peu de temps après le deuxième incendie, Me Benamor a lui-même été la cible de deux attaques. Son bureau du Vieux-Montréal a été criblé de balles, puis sa voiture a été incendiée devant sa résidence de Dorval.

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