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Ils recréent une recette vieille de 2 000 ans, ils l'appliquent sur une dent ...

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Le noircissement volontaire des dents était documenté au Vietnam depuis la fin du XIXe siècle, où il valait critère de beauté. Des analyses menées sur des squelettes exhumés dans le delta du fleuve Rouge repoussent désormais l'origine de cette coutume de près de deux millénaires, et identifient pour la première fois le procédé chimique employé à l'époque.

Un cimetière de l'âge du fer passé au crible

Les travaux, publiés le 22 janvier dans la revue Archaeological and Anthropological Sciences, portent sur des ossements provenant de Dong Xa, site archéologique du nord du Vietnam. L'occupation du lieu correspond à l'âge du fer local, entre 550 avant notre ère et 50 de notre ère.

Le cimetière avait de quoi intriguer : plusieurs squelettes présentaient des dents aux colorations inhabituelles. Il restait à comprendre par quel moyen des populations de cette époque pouvaient obtenir un tel résultat.

L'équipe a analysé l'émail sans détruire les échantillons, en combinant plusieurs techniques. La fluorescence X, qui mesure les rayons X émis par un matériau pour en déduire la composition chimique, a révélé une forte concentration en oxyde de fer sur les zones colorées.

Des dents de Maya sont exposées au Musée de Jade à Antigua, au Guatemala. © Dennis Thomas, Flickr
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La microscopie électronique à balayage couplée à la spectrométrie à dispersion d'énergie a précisé le tableau. Ce procédé consiste à bombarder l'échantillon d'électrons, ce qui provoque l'émission de rayons X caractéristiques de chaque élément chimique présent. Verdict : l'émail coloré de Dong Xa contient du fer et du soufre.

Pour Yue Zhang, archéologue à l'université nationale australienne et première autrice de l'étude, la présence conjointe de ces deux signaux constitue un indice solide de l'utilisation de sels de fer.

La tradition des dents noircies est un ancien rituel pratiqué depuis 2000 ans et qui perdure encore aujourd'hui en Asie du Sud-Est. © NinjaMonkeyStudio, iStock

Du fer, des tanins et une réaction chimique

Le mécanisme se comprend en observant les méthodes encore employées aujourd'hui. L'une d'elles associe une substance ferrique à un végétal riche en tanins, comme la noix d'arec, fruit du palmier Areca catechu.

Cette noix, mâchée avec une feuille de bétel, est consommée depuis des millénaires dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est. Son usage prolongé teinte les dents et les gencives en rouge ou en brun rougeâtre.

L'effet change complètement lorsque les acides tanniques rencontrent des sels de fer et se trouvent exposés à l'air. La combinaison produit alors un noir intense.

En s'appuyant sur les populations pratiquant encore ce rituel, les chercheurs estiment que l'application de la préparation devait s'étaler sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant d'atteindre la teinte recherchée. Une fois le résultat obtenu, la coloration tenait toute la vie, moyennant des retouches tous les quelques années pour en préserver l'éclat.

L'histoire des soins dentaires par l'exemple de l'étude de la mâchoire d'Anne d'Alègre (1565-1619, Laval, France), comtesse de Laval. © Costea, Adobe Stock

Le sourire d'or d'une aristocrate du XVIIe siècle permet de comprendre les soins dentaires à cette époque

C'est une femme dont le nom est assez connu dans le monde de l'archéologie de la santé et du soin en France. Anne d'Alègre, aristocrate du XVIIe siècle dont la sépulture découverte il y a 30 ans, fait toujours l'objet d'études. Elle est au cœur de travaux en lien, entre autres, avec son sourire particulier. La dame, qui a vécu en France, a eu la chance de bénéficier d'un appareillage de fils d'or, orné d'une fausse incisive pour pallier une perte dentaire. Un travail minutieux pour retrouver un semblant de sourire plein de santé.... Lire la suite

Yue Zhang souligne que la pratique s'observe toujours, au Vietnam mais aussi plus largement dans certaines régions d'Asie du Sud-Est. Selon elle, ces travaux sur les dents de Dong Xa sont les premiers à relier des dents noircies retrouvées en contexte archéologique aux méthodes intentionnelles encore en usage.

Les modalités précises ont sans doute évolué au fil des siècles, mais le mécanisme sous-jacent, la réaction entre acide tannique et sel de fer, serait resté identique. La présence simultanée de fer et de soufre sur un émail ancien devient dès lors un marqueur diagnostique d'un noircissement délibéré.

Reste à savoir pourquoi

L'origine de la coutume demeure ouverte. Deux pistes sont avancées.

  • La première y voit une version atténuée de l'ablation dentaire, cette pratique consistant à arracher des dents saines comme rite de passage ou marqueur d'appartenance à un groupe. Noircir plutôt qu'arracher : le signal reste visible, le coût corporel diminue.
  • La seconde suggère que le procédé aurait été conçu pour accentuer la coloration déjà produite par la mastication de la noix d'arec, transformant une tache subie en ornement maîtrisé.

Les chercheurs avancent enfin une explication à sa diffusion. Le noircissement se serait répandu à l'âge du fer précisément parce que les ustensiles en fer devenaient alors plus accessibles pour préparer la pâte colorante.

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