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Derrière les profils soigneusement présentés aux futurs parents, une enquête suédoise découvre une industrie bien moins romantique.
L’enquête de Dagens Nyheter, publiée fin septembre, s’est intéressée à ces femmes anonymes dont les ovules alimentent une partie de l’industrie internationale de la gestation pour autrui.
À l’aide d’outils de reconnaissance faciale assistée par intelligence artificielle, les journalistes ont étudié les photographies de 214 donneuses proposées notamment par des cliniques sud-américaines. Résultat : 61 d’entre elles, soit près de trois sur dix dans cet échantillon, ont été retrouvées sur des plateformes de sexe en direct comme Stripchat, Chaturbate ou LiveJasmin. Certaines possédaient également des comptes sur OnlyFans ou d’autres sites pour adultes.
Précision indispensable : ces femmes ne commettent rien d’illégal et leur activité sexuelle ne dit rien, à elle seule, de leur aptitude médicale à donner des ovules. Ce que l’enquête vient sérieusement abîmer, c’est plutôt le joli récit commercial qui accompagne leur présentation.
Des « étudiantes altruistes » dans des catalogues extrêmement détaillés
Les clientes et clients des programmes de GPA ne choisissent pas dans le vide. Les donneuses peuvent être présentées avec leur visage, leur silhouette, leur taille, leur poids, leur groupe sanguin, leur formation ou leurs loisirs.
Certaines caractéristiques sont davantage valorisées. Une expérience de mannequin, par exemple, peut contribuer à rendre un profil plus recherché.
Et au milieu de cette mécanique très concrète, les cliniques utilisent volontiers un vocabulaire beaucoup plus sentimental : jeunes femmes étudiantes, désir d’aider des personnes sans enfant, démarche généreuse.
Le fondateur de Celagem, Pedro Ezequiel Martínez Diaz, a expliqué à DN que ces informations reposaient sur les déclarations des donneuses elles-mêmes. La clinique affirme ne pas enquêter sur leur vie privée, leurs réseaux sociaux ou leurs activités professionnelles légales. Sa sélection porterait essentiellement sur les critères médicaux, génétiques et reproductifs.
Autrement dit, le catalogue raconte ce que les candidates déclarent. Pour le reste, circulez.
« Valentina » : 15 ovules pour environ 440 euros
Le témoignage le plus frappant recueilli par DN est celui d’une femme désignée sous le prénom de « Valentina ».
Elle vient de l’un des quartiers les plus pauvres de Bogotá. À 19 ans, elle commence à vendre des prestations sexuelles en direct sur Internet. Deux ans plus tard, sans emploi et à court d’argent, elle tombe sur une annonce Facebook proposant de rémunérer des donneuses d’ovules.
Après traitement hormonal et prélèvement, quinze ovules sont récupérés. Elle reçoit environ 5 000 couronnes suédoises, un peu plus de 440 euros selon les conversions utilisées lors de la publication de l’enquête.
Elle explique avoir voulu croire qu’elle accomplissait une bonne action en permettant à d’autres d’avoir un enfant. Avec le recul, elle décrit plutôt sa participation à une activité extrêmement lucrative, qu’elle compare elle-même à l’économie des plateformes de sexe en direct.
Le détail change sérieusement la photographie promotionnelle. D’un côté, des intermédiaires vendent une prestation reproductive internationale. De l’autre, une jeune femme sans argent monétise une partie de ses capacités reproductives.
Un autre dossier récent de GPA aux États-Unis avait déjà montré jusqu’où la logique contractuelle pouvait aller lorsqu’une mère porteuse refusait d’avorter malgré les dispositions prévues dans son contrat.
La GPA, une industrie où presque tout peut recevoir un prix
L’intérêt de l’enquête de DN n’est donc pas de dresser un procès moral des donneuses. Leur situation économique constitue précisément une partie du sujet.
En Colombie, les conditions de travail dans l’industrie du sexe en ligne avaient déjà été documentées, avec des femmes confrontées à la précarité et, dans certains studios, à des conditions particulièrement dures.
La même question revient alors dans l’industrie reproductive : où s’arrête le libre choix lorsque l’argent manque ?
La GPA est souvent racontée à travers le désir d’enfant des futurs parents. Plus rarement à travers toute la chaîne nécessaire à sa réalisation : donneuse d’ovules, traitements hormonaux, prélèvement, clinique, intermédiaires, mère porteuse, contrats et rémunérations.
Olivia Maurel, elle-même née d’une GPA, critique depuis plusieurs années cette transformation de la reproduction en prestation commerciale.
Avec ses 214 profils passés au crible, l’enquête suédoise ne permet évidemment pas de généraliser à toutes les donneuses d’ovules. Elle montre en revanche quelque chose de beaucoup plus concret : derrière le récit lisse de la « générosité » et du « don », il existe aussi un marché où le corps, les caractéristiques physiques et les capacités reproductives possèdent une valeur.
Le catalogue avait simplement oublié de mettre le prix de tout cela en première page.


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