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FIGAROVOX/CHRONIQUE - L’affaire Lyhanna a mis en relief certains dysfonctionnements du système judiciaire français dont il est important d’énumérer les causes, pointe l’avocat.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment « Vol au-dessus d’un nid de cocus » (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières
Je n’ai pas attendu la mise en question de la justice française au travers du drame de la petite Lyhanna pour dire publiquement tout le mal que je pensais d’elle. Je le fais depuis au moins une décennie. C’est donc un avocat désabusé qui signe ce billet. J’ai déjà signalé les quatre raisons qui expliquent la situation de thrombose dans laquelle se trouve notre malheureuse administration judiciaire.
La première de ces raisons n’est jamais très élégante à fournir : il s’agit de la submersion. La justice française croule sous l’explosion des violences. Les chiffres du ministère de l’intérieur, publiés en juillet 2025, sont d’une clarté que seuls la mauvaise foi ou l’aveuglement permettent d’ignorer. En 2024, les étrangers représentent 8 % de la population française, mais ils sont mis en cause dans 15 % des violences sexuelles, 18 % des homicides, 30 % des vols violents et 37 % des cambriolages. En Île-de-France, en 2023, 91 % des auteurs de vol dans les transports en commun sont étrangers et lorsqu’on isole les agressions sexuelles commises dans les transports parisiens, le chiffre des étrangers mis en cause bondit à 61 %. Il faut être lâche ou stupide – les deux n’étant pas incompatibles – pour refuser de voir dans l’immigration incontrôlée la cause première de cette submersion pénale. Des tribunaux noyés, des parquets asphyxiés, voilà le terrain sur lequel les drames s’enchaînent. Le manque de moyens est réel mais il est lui-même la conséquence d’un refus idéologique de stopper l’immigration et de nommer les choses.
Les scènes de violence qui ont endeuillé la nuit du sacre du PSG en Ligue des champions le 31 mai 2025 – mortiers d’artifice, tirs sur des policiers, voitures incendiées, magasins pillés – ont trouvé leur épilogue judiciaire quelques jours plus tard.
Gilles-William GoldnadelEt précisément, la seconde raison de la faillite judiciaire a pour cause l’idéologie de nombreux juges. Car il faudrait au moins que dans les affaires qu’elle traite, la magistrature applique la loi avec fermeté, or c’est le contraire qui s’observe. Les scènes de violence qui ont endeuillé la nuit du sacre du PSG en Ligue des champions le 31 mai 2025 – mortiers d’artifice, tirs sur des policiers, voitures incendiées, magasins pillés – ont trouvé leur épilogue judiciaire quelques jours plus tard. Les premiers émeutiers ont été jugés dès le lundi 2 juin par la 23e chambre correctionnelle du tribunal de Paris… avant de ressortir libres avec des peines allant de deux à huit mois avec sursis et 500 euros d’amende. Un certain Hugues B, 23 ans, a comparu pour tirs de mortiers sur des policiers et transport d’engins prohibés – des faits passibles de sept ans d’emprisonnement. La peine requise était déjà d’une clémence particulière : 12 mois avec sursis et 105 heures de travail d’intérêt général. Le tribunal l’a condamné à quatre mois avec sursis… pour avoir tiré des mortiers sur des représentants de l’ordre. Le ministre de la justice Gérald Darmanin a lui-même reconnu qu’«une partie des condamnations pour violence, notamment commises à l’encontre des forces de l’ordre, et pour destructions de biens, ne sont plus à la hauteur de la violence que connaît notre pays». Ce constat venant d’un garde des Sceaux devrait suffire à provoquer un séisme judiciaire. Il provoquera, au mieux, une circulaire.
À ce stade, je me dois d’indiquer qu’à cette chambre de comparution immédiate du tribunal judiciaire de Paris, officiait le président Tony Skurtys qui avait la réputation d’être sévère. À la suite d’une fronde pétitionnaire de certains avocats que je ne situerais pas à droite, le magistrat a été déplacé. Ceci explique sans doute cela. Car ce laxisme n’est pas le fruit du hasard. Il a un logiciel, un syndicat sinon deux, une idéologie. Notamment ce Syndicat de la magistrature, dont les fondateurs sortaient directement des barricades de Mai 68 et dont les membres se retrouvent à la fête de l’Huma, a toujours regardé la répression pénale comme une violence sociale et les émeutiers comme de légitimes révoltés. Le 30 juin 2023, après les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, le syndicat a publié une note intitulée «Mort de Nahel : Ce n’est pas à la justice d’éteindre une révolte». Voilà le préjugé favorable dont parlait naguère le célèbre manifeste d’un syndicat favorable non à la victime, non à l’ordre républicain, mais à l’émeutier violent. Et qui représente presque un tiers des magistrats syndiqués.
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La troisième raison repose sur l’irresponsabilité des juges. Dans ma profession, un avocat qui commet une faute grave peut être radié. Un médecin peut perdre le droit d’exercer. Un chef d’entreprise qui, débordé, n’a pas respecté une règle de sécurité qu’il ignorait peut-être, alors que l’un de ses employés est mort dans un accident du travail, peut se retrouver en prison par décision d’un magistrat qui, lui, ne risque rien en cas de faute gravissime ayant entraîné la mort d’un justiciable. Moins de dix sanctions disciplinaires sont prononcées en moyenne chaque année pour un corps de 9500 professionnels . Le corporatisme, la loi, le Conseil supérieur de la magistrature lui-même, forment un système d’impunité quasi total qui a déteint sur la mentalité de certains magistrats. J’écris de certains parce que j’en connais de nombreux qui sont admirables. Et il ne s’agit pas d’une clause de style .
Il n’empêche. Je ne puis à ce stade éviter d’évoquer cette affaire que je ne connais que trop et qu’on appelle le « Mur des cons ». J’y ai à la fois défendu un journaliste courageux , Clément Weill Raynal, qu’on a tenté en vain de punir d’avoir révélé l’affaire, ainsi que trois personnalités politiques, Philippe de Villiers, Robert Ménard et Nadine Morano, épinglés sur ce Mur du Syndicat de la magistrature. Sur celui-ci, affiché dans ses locaux, figuraient également des parents de victimes, dont deux pères de jeunes filles violées et assassinées par des récidivistes, qui avaient eu le tort de militer pour le fichage des délinquants sexuels. Des parents de victimes de viols, épinglés comme « cons » par les gardiens du temple judiciaire. L’affaire s’est conclue par la condamnation symbolique de la présidente du syndicat, huit ans plus tard… à 500 euros d’amende avec sursis. Le parquet avait refusé de la poursuivre. Le Conseil supérieur de la magistrature avait refusé de sévir. Sa carrière n’en a nullement souffert puisqu’elle s’est retrouvée vice-présidente d’un grand tribunal. Message subliminal adressé au corps judiciaire : « Vous pouvez tout et vous ne risquez rien ».
J’aurais aimé au moins que mon Ordre créât quelque désordre. Il n’en a rien été. Pas d’esclandre dans le monde judiciaire. Écrire ces mots me laisse encore un goût amer.
Gilles-William GoldnadelMais j’ai un exemple bien plus terrible encore : je connaissais une consœur merveilleuse qui était malheureusement cruellement maltraitée par son conjoint. Celui-ci finit par se retrouver en prison. Contre l’avis du juge et du parquet, il a été libéré par décision de la Chambre de l’instruction qui s’est contentée d’ordonner un suivi psychiatrique. Le psychiatre désigné n’a pas eu le temps d’intervenir : à peine libéré, l’homme est rentré chez lui, a torturé sa femme toute la nuit et l’a égorgée au petit matin. La présidente de la chambre de l’instruction a fini sa carrière à la Cour de Cassation… J’aurais aimé au moins que mon Ordre créât quelque désordre. Il n’en a rien été. Pas d’esclandre dans le monde judiciaire. Écrire ces mots me laisse encore un goût amer.
Il est encore une quatrième et dernière raison à ce désastre judiciaire, toujours idéologique : la différence de traitement entre les affaires financières et les crimes de sang. Mon expérience me permet d’affirmer que les premières sont traitées avec plus de virulence, de sérieux et de vélocité que les secondes pourtant bien plus dramatiques. La France est l’un des seuls pays au monde à cumuler deux systèmes de libération anticipée : les réductions de peine d’un côté, les aménagements de peine de l’autre. L’Allemagne, dont on vante volontiers le modèle, ne connaît que la libération conditionnelle. Ce double mécanisme défendu par une magistrature idéologiquement hostile aux peines fermes, permet à des auteurs de crimes graves de sortir à la moitié de leur peine, parfois avant. Les victimes, elles, n’ont droit à aucun aménagement de leur douleur. Idéologie quand tu nous tiens. Lorsque je raccrocherai la robe, j’espère que je n’aurai pas à écrire «comment j’ai vu mourir la justice française».


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