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« Une canicule d'une sévérité exceptionnelle. » Ce sont les termes employés par Météo France pour décrire l'épisode que nous avons vécu en cette fin de mois de juin 2026. Notamment parce que son intensité a dépassé celle de la canicule de 2003 de triste mémoire.
Les chiffres officiels de Météo France concernant la canicule de juin 2026 ont été publiés. Tous les records ont été battus ! © Météo France
Ce que les experts météo soulignent aussi, c'est que la moitié des vagues de chaleur recensées en France depuis 1947 l'ont été avant 2010, soit en 60 ans ! L'autre moitié, après 2010... en à peine plus de 15 ans. La tendance est claire : la multiplication de ces événements est une conséquence du réchauffement climatique.
Cette animation est saisissante. Elle montre, en seulement quelques secondes, l'accélération spectaculaire de la fréquence des vagues de chaleur au cours des 126 dernières années en France.
Au cours des 10 dernières années (2017–2026), la France a connu 18 vagues de chaleur. À… pic.twitter.com/YJCwaaC8bJ
Quand la réalité rejoint les prévisions des modèles
« Nous ne sommes pas étonnés. Nos modèles climatiques montrent depuis longtemps que des épisodes comme ceux-là pourraient se produire un été sur deux d'ici le milieu de notre siècle, nous précise Fabio D'Andrea, le climatologue, chercheur CNRS et directeur du Départment de géosciences de l'école normale supérieure (ENS). Et même tous les ans d'ici 2100 ».
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Cet épisode de fin juin n'avait donc rien d'un mauvais moment à passer. Il était l'un des précurseurs d'un futur qui n'aura plus rien de « normal ». D'autant que les climatologues tiennent aujourd'hui des indices qui les laissent penser que leurs modèles, pour ce qui concerne l'Europe au moins, sont un peu... « optimistes » !
« La température moyenne que nous mesurons jusque-là est conforme aux prévisions. Les extrêmes, en revanche, pourraient avoir été sous-estimés », souligne Fabio D'Andrea.
Pourquoi chaque dixième de degrés compte
Alors, cet été sera-t-il le plus frais du reste de notre vie ? La variabilité naturelle du climat continue de jouer un rôle. Mais face au réchauffement provoqué par nos émissions massives de gaz à effet de serre, ce rôle s'amoindrit. Parce que la moyenne des températures augmente.
Et ce n'est peut-être pas le pire ! Tout le monde connait désormais le seuil des +1,5 °C de réchauffement qu'il faudrait ne pas dépasser. C'est une valeur moyenne. Elle est importante. « Mais si chaque dixième de degré compte à ce point, c'est parce que lorsque les températures moyennes augmentent de 0,1 °C, les températures extrêmes, elles, grimpent encore plus », explique le climatologue.
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L'ennui, c'est que les impacts les plus forts du réchauffement climatique sont le fait des extrêmes, pas de la hausse moyenne. La remarque vaut aussi bien pour les températures que pour les précipitations ou d'autres variables. « Nos sociétés sont construites pour des conditions climatiques données. Imaginez un pont. Les ingénieurs le conçoivent pour qu'il résiste aux vents les plus puissants qui peuvent souffler sur la région sur les 200 à 300 ans à venir. Le temps de la vie d'un pont. Mais si les vitesses maximales de vent changent plus rapidement... »
Ce n'est pas de la science-fiction. Nous venons de le vivre. Notre pays, adapté à des extrêmes climatiques désormais du passé, a été complètement paralysé par la canicule de ce mois de juin 2026 : écoles fermées, travailleurs aux arrêts, trains immobilisés.
Voici la projection du Center for environmental science de l’université du Maryland (États-Unis) : pour un scénario d’émissions de gaz à effet de serre tel que celui sur lequel nous sommes engagés, le climat de Paris dans 60 ans ressemblera à celui de la région des Marches, en Italie, avec des étés presque +6 °C plus chauds et 14 % plus secs. © Future Urban Climates, Université du Maryland
Le spectre des 50 °C et le piège du « thermomètre mouillé »
Mais si cet été 2026 doit être le plus frais de nos étés à venir, à quoi pouvons-nous nous attendre ? Cela dépendra bien sûr de la trajectoire d'émissions de gaz à effet de serre mondiale. Restons sur un scénario réaliste, celui sur lequel nous sommes actuellement engagés, « les modèles prévoient que, d'ici 2050, le réchauffement climatique en arrivera à un point qui ferait qu'on puisse atteindre les 50 °C à Paris. » Pas tous les jours ni même tous les étés, mais cela pourra arriver !
Pour l'instant toutefois, les modèles ne voient pas venir le jour où l'Europe devra supporter des températures « au thermomètre mouillé » qui rendrait nos régions invivables. Cette température-là renseigne plus que la température « classique » lorsque l'on veut estimer les impacts sur la santé parce qu'elle informe sur la capacité du corps humain à évacuer la chaleur. Plus l'air est humide, moins nous sommes en mesure d'évaporer la sueur. Si ce processus physique est bloqué, les possibilités de faire face aux fortes chaleurs diminuent. Le corps commence à souffrir. On ne meurt pas d'une simple exposition. Mais lorsque plusieurs jours dépassent le seuil dans l'année...
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« Certaines régions du monde pourraient ainsi basculer dans l'inhabitabilité. La plaine du Gange, par exemple, où vivent aujourd'hui 600 millions de personnes. C'est terrifiant ! »
La fin d’un vieux débat
Pourrons-nous nous adapter ? La question est entre les mains des spécialistes. « Le climat n'est qu'une donnée d'entrée. Le tout dépendra des capacités de nos sociétés à opérer les changements transformatifs », estime Fabio D'Andrea. Cela va au-delà de l'aspect technologique. « Sur la base des études que j'ai lues, mon intuition, c'est qu'il sera difficile d'adapter une société à un réchauffement de +4 °C à l'échelle d'une génération. »
Nous adapter à l’inévitable et éviter ce qui est inadaptable
Mais ne nous y trompons pas, l'adaptation est devenue incontournable. « Dans les années 1990-2000, les tenants de l'adaptation - surtout dans le "camp" des énergies fossiles - s'opposaient à ceux de l'atténuation. Le débat n'avait déjà pas vraiment lieu d'être à l'époque. Il est totalement dépassé aujourd'hui. Le réchauffement climatique s'est tellement installé que le danger est réel. Nous devons nous adapter à ce qui est désormais inévitable et nous devons atténuer pour éviter ce qui est inadaptable ».
Il y a des résistances. Psychologiques, c'est vrai, mais aussi économiques. On nous dit que c'est trop cher de rénover les bâtiments, de végétaliser les villes ou de relocaliser nos activités économiques pour limiter nos déplacements. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que les dégâts qui résulteront de la non-atténuation du réchauffement et de la non-adaptation de nos sociétés coûteront beaucoup plus cher. Alors que le retour sur investissement sera rapide. En termes d'avantages collatéraux. Sur la santé publique par exemple. La présence d'arbres en ville fait baisser le nombre des visites aux urgences et les visites aux urgences sont payées... par nos impôts ! »
« C'est le changement climatique qui a un coût exorbitant. Limiter son ampleur et s'adapter permet au contraire de réaliser des économies », conclut Fabio D'Andrea.


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