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Expo World Press Photo : « Un temps d’arrêt nécessaire »

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L’Expo World Press Photo Montréal est de retour pour une 19e édition au Marché Bonsecours. Jusqu’au 12 octobre, le public est invité à découvrir la centaine de photos lauréates du concours World Press Photo, ainsi que sept expositions complémentaires, dont Jacques Nadeau à la une!, qui rassemble des photographies marquantes du regretté photojournaliste du Devoir, décédé en décembre dernier.

C’est impossible que ça laisse indifférent, une exposition comme celle-ci. Je pense même que ça façonne notre manière de regarder le monde, explique l’acteur et réalisateur Lou-Pascal Tremblay, porte-parole de l’événement cette année.

Dans un contexte où on est habitué à défiler des fils d'actualité et à accorder une seconde par photo, là, on est confronté à devoir s’arrêter, et je pense que c’est ça qui fait une belle image; c’est quand elle fait en sorte qu’on s’arrête, qu’elle capte notre attention et qu’elle la conserve.

L’Expo World Press Photo est un temps d’arrêt nécessaire, dans un environnement analogique qui nous sort des écrans.

En 2026, le jury du concours du World Press Photo a examiné 57 376 photos envoyées par 3747 photographes venant de 141 pays différents. Seules 147 d’entre elles ont été retenues parmi les photos lauréates, qui sont exposées à Montréal.

Une femme et une jeune fille pleurent alors que des mains tirent le chandail d'un homme.

La photo saisissante de Carol Guzy a été prise le 26 août 2025 à New York.

Photo : World Press Photo / ZUMA Press / iWitness / Miami Herald / Carol Guzy

Parmi celles-ci, on trouve la photo qui a remporté le premier prix du concours au mois d’avril : une image immortalisée par la photographe américaine Carol Guzy montrant une famille de migrants en pleurs, séparée par l'Agence fédérale de contrôle de l’immigration (ICE).

L’exposition comprend aussi plusieurs photos qui reflètent les conséquences des changements climatiques à l’échelle planétaire, comme un cliché saisissant d’Ethan Swope qui montre les incendies qui ont ravagé Los Angeles en janvier 2025.

Un incendie ravage une rue de Los Angeles et réduit en cendres les palmiers qui se trouvent en bordure.

L’incendie de Palisades, attisé par des vents violents, ravage un quartier de Los Angeles, en Californie, le 7 janvier 2025.

Photo : Associated Press / Ethan Swope

Ou encore une photo de César Rodríguez montrant des habitants de Monterrey faire la queue pour obtenir de l’eau, au Mexique, qui est particulièrement vulnérable aux extrêmes climatiques, 52 % de son territoire étant situé dans des zones arides ou semi-arides.

Des hommes, des femmes et des enfants attendent en file avec des seaux vides pour recueillir de l'eau, dans une rue du Mexique.

Des habitants de Monterrey, au Mexique, font la queue pour obtenir de l’eau, le 21 juin 2022.

Photo : Norwegian Red Cross / SNCA / The New York Times / César Rodríguez

Abdulmonam Eassa, photojournaliste par nécessité

Chaque année, l’exposition présente aussi plusieurs clichés pris lors de différents conflits qui sévissent partout dans le monde, comme la série lauréate Guerre au Soudan, une nation prise au piège du photojournaliste franco-syrien Abdulmonam Eassa, publiée dans Le Monde avec les mots du journaliste Eliott Brachet. 

Pour moi, la photo est un outil qui nous permet de raconter l’histoire des gens dans le monde. Je ne suis pas un artiste, je suis un photoreporter, indique M. Eassa, qui rencontrera le public jeudi et vendredi à 14 h au Marché Bonsecours afin de parler de son travail.

Il affirme être devenu photojournaliste par nécessité, dans son pays natal, la Syrie, alors que cette dernière était encore sous la dictature de Bachar Al-Assad. Ma région natale était contrôlée par des rebelles, donc c’était le seul espace où on pouvait pratiquer son métier et informer le monde de ce qui se passait à l’époque, résume-t-il. 

Pour nous, c’était tellement important d’aller au Souda,n pour détailler la guerre et raconter l’histoire des êtres humains qui y vivent, parce que, souvent, les Soudanais sont présentés comme des chiffres et des statistiques. C’était important pour nous de montrer le vrai visage du peuple.

Une femme montre les cicatrices laissées sur son bras par un incendie.

Une femme montre ses cicatrices après un incendie au camp d’Al-Mohad à El-Obeid, au Soudan, le 10 décembre 2025

Photo : Le Monde / Abdulmonam Eassa

Des expositions consacrées aux vétérans et à la relève

En plus des 147 photos lauréates, l'Expo World Press Photo Montréal présentera sept nouvelles expositions complémentaires, dont Jacques Nadeau, à la une!

Cette dernière retrace les événements marquants qui ont jalonné la carrière du photojournaliste Jacques Nadeau et l’évolution du Québec, à travers des photos sélectionnées par sa fille Virginie, ainsi que par les photographes Martin Tremblay et Frédéric Séguin.

Jacques Nadeau avec son appareil photo dans un boisé.

Le photojournaliste Jacques Nadeau a travaillé pendant 33 ans au «Devoir».

Photo : André Tremblay

L’exposition En pointillé, territoires d’humanité propose de son côté 28 projets réalisés par des étudiants du programme de photographie du Cégep du Vieux Montréal.

On a créé un parcours qui raconte des histoires divisées sous les thèmes de la quête identitaire, de l’appartenance à un groupe, de choses qui sont souvent absentes du regard collectif, de la mémoire, précise le porte-parole de l’Expo World Press Photo Montréal.

Ça m’a énormément touché parce que, de façon sous-jacente, on voit que ces étudiants sont conscients que la vie va vite, que la vie avance et qu’on n’est pas immortels. Et moi, à 31 ans, je commence à réaliser toutes ces choses-là.

Soulignons aussi l’exposition Vivre, consacrée à Claire Beaugrand-Champagne, la première femme photographe de presse professionnelle de l’histoire du Québec. Les photos qui y sont présentées ont été prises en 1980, lorsque la photographe a visité des camps de réfugiés en Thaïlande et en Malaisie pour une série de reportages réalisés pour La Presse avec sa sœur, la journaliste Paule Beaugrand-Champagne.

2:21

Le reportage de Nabi-Alexandre Chartier

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