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Un panneau solaire moins cher est une bonne nouvelle. Mais encore faut-il que ce soit une installation solaire moins chère que les Canadiens achètent réellement.
C’est dans l’écart entre ces deux prix que la récente décision du Canada en matière de commerce des panneaux solaires devient intéressante.
D’où viennent les panneaux ?
Pour le savoir, il faut regarder au-delà du nom de l’entreprise inscrit sur la soumission.
Les installateurs canadiens peuvent acheter leurs panneaux auprès de distributeurs établis au Canada qui offrent des équipements provenant de plusieurs fabricants.
Le catalogue du fournisseur et distributeur d’équipement solaire Frankensolar, par exemple, comprend les marques Canadian Solar, JA Solar, LONGi Solar, Qcells et Silfab Solar. L’entreprise a également annoncé en 2024 un partenariat avec Silfab afin d’élargir son offre de modules au Canada.
Ces listes permettent de savoir quelles marques sont accessibles aux installateurs. Elles ne permettent toutefois pas d’établir où un envoi donné a été fabriqué, quelle part du marché canadien revient à chacune de ces marques ou si leurs panneaux étaient auparavant assujettis aux droits de douane.
L’adresse d’un vendeur canadien n’est qu’une information parmi d’autres. L’origine de fabrication du panneau en est une autre.
La récente décision concerne des marchandises précises originaires de Chine ou exportées de ce pays. Elle ne signifie toutefois pas que tous les panneaux vendus au Canada sont soudainement devenus moins chers.
Ce que la décision change
Ces mesures commerciales ont une longue histoire. Selon l’examen mené en juillet par l’Agence des services frontaliers du Canada, les conclusions initiales remontent à 2015 et ont été maintenues en 2021.
Il faut donc interpréter avec prudence le dernier développement.
Le communiqué du Tribunal canadien du commerce extérieur confirme que l’examen a pris fin et que l’ordonnance est annulée, sans toutefois expliquer les motifs de cette décision.
Le magazine PV Magazine rapportait lundi que la fin de l’ordonnance était attribuable à un soutien insuffisant de la part des producteurs nationaux, tout en précisant que les motifs détaillés du Tribunal n’étaient pas encore disponibles au moment de la publication.
Cela ne revient pas à conclure que les préoccupations concernant le dumping et les subventions ont disparu. Au contraire, l’analyse réalisée en juillet par l’Agence des services frontaliers du Canada concluait qu’il était probable que le dumping et le subventionnement se poursuivent ou reprennent si l’ordonnance venait à expirer.
Le changement commercial immédiat est donc la suppression de ces droits de douane sur les marchandises visées. L’incidence sur les prix au Canada dépendra de ce que les entreprises importaient et de ce qu’elles choisiront d’acheter à l’avenir.
Où vont les économies ?
Pour les acheteurs, la question concrète est de savoir ce qui changera sur la facture.
Heather MacKenzie, directrice générale de Solar Alberta, voit dans cette décision un potentiel allégement dans un contexte marqué par la disparition de certaines mesures incitatives et l’apparition de nouveaux coûts provinciaux.
Le populaire programme canadien de subventions pour des maisons plus vertes a dépassé son financement prévu un an avant l’échéance et a cessé d’accepter de nouvelles demandes en février 2024, avant que Mark Carney ne devienne premier ministre.
Lancé en 2020, le programme offrait jusqu’à 5000 $ pour des rénovations écologiques comme l’installation de thermopompes et de panneaux solaires, le remplacement des fenêtres ou l’ajout d’isolant.
Le Programme de prêts pour des maisons plus vertes, distinct de la subvention, a fermé en septembre dernier et a cessé d’accepter les demandes en octobre. Il permettait également de financer certaines installations solaires résidentielles admissibles.
Parallèlement, les nouveaux frais de recyclage de 14 $ par panneau solaire imposés par l’Alberta entreront en vigueur le mois prochain. Ils s’appliqueront aux nouveaux panneaux visés mesurant au moins un mètre carré.
La province affirme que le programme protégera les municipalités et les contribuables contre les coûts futurs liés à l’élimination des panneaux. MacKenzie n’est toutefois pas de cet avis.
« Les frais environnementaux sont une nouvelle taxe imposée aux gens qui veulent faire le bien », a-t-elle déclaré.
L’Alberta a également pris des mesures pour restreindre le recours aux énergies renouvelables pour alimenter les centres de données.
La suppression d’un coût à l’importation offre donc une certaine marge de manœuvre, mais elle ne remplace ni une subvention ni un financement abordable pour les ménages qui peinent à assumer le coût initial d’une installation.
Tout avantage commence par les équipements qui auraient autrement été assujettis aux droits de douane. Par la suite, les contrats d’achat, les stocks existants et la concurrence entre les fournisseurs détermineront la rapidité avec laquelle les prix réagiront.
Un installateur qui vend des panneaux achetés avant la décision ne se trouve pas dans la même situation que celui qui négocie un nouvel envoi.
Même lorsque le prix des équipements diminue, les clients doivent faire la distinction entre le prix des panneaux et celui de l’installation complète.
La soumission comprend également les onduleurs, le matériel de fixation, les travaux électriques et la main-d’œuvre nécessaire à l’installation. Une baisse du prix d’un seul élément ne peut donc pas être appliquée à l’ensemble de la facture.
De petites économies peuvent néanmoins avoir de l’importance lorsqu’elles sont multipliées à l’échelle d’un projet.
À titre d’exemple hypothétique, une économie d’un cent par watt représenterait 100 $ sur une installation de panneaux de 10 kilowatts. Pour une capacité de 100 mégawatts, la même économie atteindrait 1 million de dollars. Il s’agit de calculs, et non d’une prévision de l’incidence de cette décision.
Pour un promoteur, une baisse des coûts d’approvisionnement pourrait améliorer le rendement d’un projet ou permettre de présenter une offre d’électricité plus concurrentielle. Pour un installateur, elle pourrait offrir une marge de manœuvre pour réduire ses prix, absorber d’autres dépenses ou améliorer ses marges.
« Espérons que la suppression de ces droits de douane permettra à quelques Albertains de plus d’adopter l’énergie solaire alors qu’ils n’auraient pas pu le faire autrement », a déclaré MacKenzie.
La preuve la plus claire viendra de la comparaison de soumissions pour les mêmes équipements avant et après le changement.
La question de la fabrication
Il y a toutefois un autre aspect à considérer : qu’adviendra-t-il de la fabrication au Canada ?
Le dossier de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) publié en juillet indiquait que Heliene, dont le siège est situé à Sault Sainte-Marie, était le seul producteur national à avoir répondu au questionnaire destiné aux producteurs. Il précisait également que l’entreprise ne fabriquait alors pas de panneaux au Canada, même si elle conservait la capacité de reprendre sa production si la demande canadienne s’améliorait. Le site Web de Heliene répertoriait deux usines au Minnesota.
Cette conclusion soulève une question plus complexe en matière de politique industrielle. Protéger une capacité de production et créer une demande suffisante pour la maintenir sont deux objectifs liés, mais distincts.
Des importations moins coûteuses peuvent aider les entreprises à installer des panneaux solaires. Elles peuvent aussi compliquer la tâche des producteurs nationaux qui cherchent à leur livrer concurrence. Les effets d’une politique commerciale sont donc différents sur le plancher d’une usine et sur le toit d’une maison.
MacKenzie voit également dans une baisse du coût de l’énergie solaire un moyen de renforcer la sécurité énergétique du pays.
« Je pense effectivement que faire baisser le coût de l’énergie solaire renforcera notre sécurité énergétique ici, au Canada », a-t-elle déclaré.
La question qui se pose pour le Canada est de savoir quelle capacité de production nationale il souhaite conserver et quelles conditions permettraient à cette production d’être commercialement viable.
Ce que les investisseurs devraient surveiller
Pour les investisseurs, la suppression des droits de douane ne constitue pas un signal général d’achat pour tout ce qui touche à l’énergie solaire.
Un fabricant exposé à une concurrence accrue sur les prix n’est pas dans la même situation qu’un installateur qui achète des équipements ou qu’un promoteur qui finance des capacités de production.
Les indicateurs à surveiller sont concrets : les coûts d’approvisionnement, les prix payés par les clients, les marges et les projets qui passent à l’étape de la construction. Une décision commerciale peut améliorer la rentabilité d’un projet sans garantir de nouvelles commandes ni une hausse de la production d’électricité.
Pour les entreprises qui achètent des panneaux, l’occasion dépendra de la proportion de leurs achats touchée par la décision et de la question de savoir si les économies seront conservées par les fournisseurs ou répercutées sur les clients.
Pour les fabricants, le véritable test sera leur capacité à soutenir la concurrence sur le prix, la performance, le service ou d’autres critères auxquels les acheteurs accordent de l’importance.
Le Canada a peut-être supprimé un obstacle susceptible de rendre certains équipements solaires plus abordables. Reste à voir si cet avantage se transmettra dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement jusqu’aux acheteurs.


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