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Si le Québec offre un meilleur accès aux produits locaux et régionaux dans les écoles et des hôpitaux, les exigences demandées sont encore trop contraignantes. C'est notamment le constat fait par l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC).
Le groupe de recherche s'est penché sur les retombées de la Stratégie nationale d'achats d'aliments québécois, implantée par le gouvernement de la Coalition avenir Québec en 2020.
Certes, cette stratégie a permis d'établir des réseaux de distribution entre les producteurs locaux et le secteur institutionnel.

Assurer de grands volumes à l'année demeure un frein pour percer le milieu institutionnel. Selon certains acteurs, les façons de faire doivent être revues. (Photo d'archives)
Photo : iStock
L’IRÉC explique, d’entrée de jeu, que la stratégie a permis de faire des pas de géants.
Beaucoup d’établissements et d’institutions n’avaient pas, à ce moment-là, des connaissances sur les produits québécois qui figuraient sur leur menu, des achats qui étaient faits de produits locaux. Il n’y avait pas de cibles à atteindre pour améliorer l’achat de produits québécois, explique la chercheuse de l'institut de recherche Nadia Lemieux, qui s’est penchée sur la question.

Nadia Lemieux est une chercheuse de l'Institut de recherche en économie contemporaine. Elle est basée au Saguenay–Lac-St-Jean.
Photo : Radio-Canada / Crédit:
Mais le centre d'acquisitions gouvernementales, où sont centralisés les achats du gouvernement, n'est pas adapté à l'industrie alimentaire locale.
Ce centre gère de la même façon l’achat de crayons ou de papiers pour les écoles que les produits alimentaires pour nourrir les écoliers ou les patients des hôpitaux ou des CHSLD. La raison : il impose des achats regroupés demandant de gros volumes pour obtenir de plus petits prix.
Dans le secteur Rivière-au-Renard, à Gaspé, l'entreprise Menu-Mer transforme, emballe et distribue des poissons et fruits de mer en Gaspésie et partout dans la province.
Même si les hôpitaux, les écoles et les CHSLD peuvent représenter un marché de rêve, on confirme que ce système d'achat centralisé coupe les ailes des petits producteurs.
Souvent, quand on passe dans ces gros appels d’offres, les marges bénéficiaires sont souvent très réduites, donc, quelque part, il ne faut pas en plus qu’il y ait des coûts de transport supplémentaires parce que c'est clair que ce ne sera pas rentable.

Stéphane Morissette est directeur général de Menu-Mer, une entreprise qui distribue pas moins de 500 produits de la mer transformés et emballés.
Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares
Le gouvernement a ainsi imposé au système de la santé, le plus gros acheteur du réseau public, de passer par le Centre d’acquisitions gouvernementales, même pour les produits d’épicerie. L’IRÉC propose, notamment, de sortir les produits alimentaires en totalité ou en partie des regroupements d’achats.
L’autonomie alimentaire est citée comme l’un des plus grands principes par le gouvernement du Québec, alors nous, on trouve que c’est un peu incohérent de traiter les produits alimentaires comme n’importe quelles autres marchandises. On ne donne pas l’opportunité aux institutions et aux producteurs d’avoir des produits d’ici sur les menus des établissements.

Le sébaste pêché en Gaspésie fait partie des produits qui font leur entrée petit à petit dans les établissements publics de la province.
Photo : Radio-Canada / Joane berube
Le CIUSSS du Saguenay–Lac-St-Jean l’a fait pour les petits fruits produits dans la région, tout comme le CISSS de la Gaspésie pour le sébaste.
Menu-Mer, de son côté, suit cette tendance et a décidé de vendre de plus petites quantités, mais directement au CISSS de la Gaspésie.
On vend notamment de la crevette ou du poisson comme la morue. Les gros appels d’offres, on ne met pas d’énergie là-dessus, parce qu’on sait d’avance qu’on ne sera pas compétitif, ajoute Stéphane Morissette.

Un poisson comme le flétan du Groenland, transformé chez Menu-Mer, ne pourrait pas se tailler de façon réaliste une place dans les hôpitaux avec la logique du plus bas prix, alors que c'est l'espèce la plus chère en poissonnerie.
Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares
Un système d’achat qui n’a pas évolué
L'économiste et chercheur universitaire en politique et distribution alimentaire, Sylvain Charlebois, estime que le Centre d'acquisitions gouvernementales n'a pas encore su s'adapter au cours des six dernières années pour favoriser l'approvisionnement de produits alimentaires.
Pour ce qui est de l’achat local, je sais qu’il y a eu beaucoup d’avancées au Québec ces dernières années, mais au niveau de l’approvisionnement institutionnel, je constate que c’est encore assez lourd, explique le directeur du Laboratoire en sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université de Dalhousie.
Sylvain Charlebois croit que le système actuel, qui exige d’importants volumes, doit être plus flexible pour accommoder de plus petits joueurs.
Au sein du système agroalimentaire québécois, il y a certains producteurs qui n’ont pas la capacité de répondre à certains besoins du milieu institutionnel. On doit donc éliminer un paquet de joueurs, ce qui force le secteur public à travailler avec de plus gros fournisseurs qui, souvent, arrivent de l’extérieur.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l'Université Dalhousie (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marie-Jeanne Boulet
Mais tous les acteurs ont leur devoir à faire dans ce dossier, conclut l’IRÉC, qui reconnaît aussi qu’il faut travailler du côté institutionnel, mais aussi du côté des plus petits producteurs.
Il faut travailler à la fois l’offre et la demande, donc il faut que les institutions soient prêtes à accepter de plus petits volumes, mais elles ne peuvent pas avoir de contrats avec chaque entreprise. Est-ce que ça pourrait passer par des regroupements de pêcheurs et de transformateurs pour avoir des espaces afin de mettre en commun leur production, se développer en filière pour appliquer en commun sur ces appels d’offre?, questionne la chercheuse Nadia Lemieux.
Le chercheur Sylvain Charlebois estime quant à lui que Québec doit, de façon prioritaire, augmenter les budgets dédiés à l'achat de produits pour rattraper l'inflation alimentaire qui a atteint 4,4 % en 2026. Une inflation qui ne fera qu'augmenter, rappelle le chercheur.
La Stratégie nationale d'achat d'aliments québécois évalue que les ventes annuelles pourraient atteindre 2,4 milliards de dollars par année, si les institutions en venaient à s'approvisionner à 100 % d'aliments locaux.


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