Le filtre en papier que vous glissez dans le porte-filtre chaque matin est né d’un simple agacement : trouver du marc dans sa tasse. Melitta Bentz, ménagère de Dresde, en a fait en 1908 une entreprise qui porte encore son prénom.
Elle n’avait ni atelier ni machine, seulement un fils écolier.
À retenir
- Melitta Bentz invente le filtre à café en 1908 en utilisant du papier buvard du cartable de son fils et un pot percé au clou.
- L’entreprise M. Bentz est enregistrée au registre du commerce de Dresde le 15 décembre 1908 avec un capital dérisoire de 72 pfennigs.
- Le filtre Melitta remporte des médailles d’or et d’argent à l’Exposition internationale d’hygiène en 1911 pour son principe révolutionnaire.
Sommaire
Un pot percé au clou et le buvard de Willy
Au début du XXe siècle, le café se préparait de manières qui la contrariaient. Selon les récits sur sa vie, les percolateurs infusaient trop le café, les machines à expresso de l’époque laissaient un dépôt dans le liquide, et les filtres à manche en lin étaient pénibles à nettoyer. La solution est venue du cartable de son fils Willy, dans les feuilles de buvard de ses cahiers.
Elle perce le fond d’un pot à coups de clou. Les sources divergent sur la matière du récipient (boîte de conserve pour les unes, laiton pour les autres), ce qui explique qu’on s’en tienne à « un pot ». Elle y pose une feuille de buvard, puis verse l’eau sur le café moulu. L’eau traverse le papier et le marc reste dessus : un papier fait pour boire l’encre retient désormais le café.
Le résultat tient en une tasse plus limpide et, d’après les récits, moins amère. Le filtre usagé part directement à la poubelle, ce qui épargne la corvée du tissu à rincer.
Berlin, puis le registre du commerce de Dresde
Quelques mois suffisent pour passer de la cuisine à l’administration.
En juin 1908, l’Office impérial des brevets, à Berlin, lui accorde une protection sous la forme d’un Gebrauchsmuster, que l’on traduit par « modèle d’utilité ». Les sources ne s’accordent pas sur le jour exact, entre le 20 juin et le 8 juillet selon les versions. Le principe, lui, ne fait pas débat : l’idée est protégée avant même que le premier filtre ne soit vendu.
Le 15 décembre 1908, l’entreprise « M. Bentz » est inscrite au registre, Marschallstraße 31, à Dresde. Son capital de départ tient en quelques dizaines de pfennigs, une somme dérisoire, que les récits chiffrent à 72 ou 73 selon la version. L’affaire démarre dans une pièce de l’appartement familial, avec le mari et les fils comme premiers employés. Aucun investisseur, aucun atelier : un pot, du papier et un nom sur un registre.
En 1911, l’Exposition internationale d’hygiène lui vaut des médailles d’or et d’argent. La récompense vient du côté de l’hygiène, ce qui dit bien ce que le filtre apportait : fini le marc, fini le tissu à laver.
Un cône dans chaque cuisine, une inconnue pendant des décennies
L’entreprise existe toujours, sous le prénom de sa fondatrice. Dans les rayons café des supermarchés, les boîtes de filtres Melitta voisinent avec celles des marques de distributeur, qui reprennent le principe inventé à Dresde. Le cône en plastique et le filtre en papier trônent aujourd’hui dans une grande partie des cuisines françaises, souvent sans que leurs propriétaires sachent d’où vient le geste.
Son prénom s’affiche encore sur les boîtes.
Melitta Bentz est morte en 1950, et son nom est resté longtemps confiné aux livres d’histoire économique. Le 5 septembre 2018, soit 68 ans plus tard, le New York Times lui a consacré une notice dans sa série « Overlooked No More », qui rend hommage à des personnalités dont la mort était passée sous silence.


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