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En vidant un village anglais pour entraîner les soldats américains avant le Débarquement, l’armée britannique a littéralement privé 150 villageois d’un retour qu’ils croyaient promis

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Un matin de novembre 1943, dans la petite école d’Imber, sur la plaine de Salisbury, l’armée britannique convoque les habitants pour une annonce brutale : ils ont 47 jours pour quitter leur village. On 1 November 1943, avec les préparatifs de l’invasion alliée du continent en cours, les habitants d’Imber ont été convoqués à une réunion dans la salle de classe du village et ont reçu un préavis de 47 jours pour quitter leurs maisons. Ce village de quelque 150 âmes allait devenir un simulateur de champ de bataille pour les troupes américaines, quelques mois avant le Débarquement.

Imber devait servir aux forces américaines à s’entraîner au combat de rue. La configuration des lieux, un enchevêtrement de ruelles et de maisons en pierre typiquement anglaises, se prêtait parfaitement à la simulation d’un assaut urbain en territoire ennemi. Les soldats du 4e Régiment d’infanterie et d’autres unités destinées à débarquer sur les plages normandes s’y sont exercés à progresser de maison en maison, à neutraliser des positions ennemies fictives, à survivre dans un décor de guerre avant d’affronter la réalité.

À retenir

  • L’armée britannique expulse 150 villageois d’Imber en novembre 1943 pour transformer le village en simulateur de combat urbain pour les troupes américaines.
  • Aucun document officiel ne garantissait le retour des habitants, malgré les promesses verbales et la mobilisation de 2 000 manifestants en 1961.
  • Le village reste propriété du ministère de la Défense depuis 83 ans ; seul l’accès au cimetière demeure autorisé aux anciens résidents décédés.

Sommaire

  1. Une promesse jamais couchée sur papier
  2. 2 000 manifestants, un jugement sans appel
  3. Le seul retour possible : sous terre
  4. Un village toujours sous les balles

Une promesse jamais couchée sur papier

Les villageois n’ont pas résisté. Bien qu’ils fussent contrariés d’être forcés de partir, la plupart des villageois n’ont opposé aucune résistance, allant jusqu’à laisser des provisions en conserve dans leurs cuisines et considérant qu’il était de leur devoir de contribuer à l’effort de guerre. Un sacrifice consenti, pensaient-ils, pour quelques mois seulement.

Le blacksmith du village, Albert Nash, en poste depuis plus de quarante ans, incarne à lui seul le déchirement de cet exode. On raconte qu’il fut retrouvé en pleurs sur son enclume, et qu’il devint plus tard le premier résident décédé à être ramené à Imber pour y être enterré. Un geste qui allait, sans qu’on le sache encore, préfigurer l’unique droit de retour accordé aux anciens habitants.

Aucun document officiel ne garantissait pourtant ce retour. Les preuves documentaires d’un accord de retour ne furent découvertes que dans les années 1970. Entre-temps, l’armée avait eu tout le loisir de consolider son emprise sur les lieux.

La guerre terminée, rien ne bouge. Des efforts furent entrepris pour restaurer Imber à son état d’avant-guerre, bien qu’il y eût très peu de dégâts, mais la décision fut prise de ne pas abandonner le contrôle du site. Le village reste un secret militaire, ses maisons intactes mais vides, comme suspendues dans le temps.

2 000 manifestants, un jugement sans appel

Les anciens habitants ne lâchent rien. En 1961, un rassemblement fut organisé dans le village pour exiger que les villageois soient autorisés à revenir, et plus de 2 000 personnes y participèrent, dont de nombreux anciens résidents. Un chiffre à mettre en perspective : c’est plus de dix fois la population d’origine d’Imber qui converge vers les ruines pour réclamer justice.

La mobilisation ne suffit pas. Une enquête publique fut tenue et trancha en faveur du maintien de l’usage militaire d’Imber. L’armée garde la main.

Seule concession arrachée devant les parlementaires : l’affaire fut également soulevée devant la Chambre des Lords, où il fut décidé que l’église serait entretenue et ouverte au culte le samedi le plus proche du jour de la Saint-Gilles chaque année, une pratique qui perdure. Un compromis symbolique qui n’a jamais remplacé les clés d’une maison.

Une seconde tentative de restitution échoue au début des années 1970. La Defence Lands Committee fut chargée d’examiner la question, mais le gouvernement ne céda pas. Imber restera un village fantôme, propriété du ministère de la Défense.

Le seul retour possible : sous terre

Aujourd’hui encore, le nom d’Imber figure sur les cartes, mais personne n’y vit. À l’exception de l’église St Giles, l’ensemble de l’ancienne paroisse appartient au ministère de la Défense et est administré comme partie de sa zone d’entraînement de Salisbury Plain. Le village a même perdu son statut administratif : le 1er avril 1991, la paroisse fut abolie et fusionnée avec celle de Heytesbury.

Une seule porte reste entrouverte pour les anciens habitants et leurs descendants : le cimetière. Un seul groupe a été autorisé à revenir au village de façon permanente : les anciens résidents qui décèdent peuvent être inhumés dans le cimetière de l’église. C’est ainsi qu’en janvier 2023, l’enterrement de Ray Nash a eu lieu, celui-ci ayant souhaité être réuni avec son père après sa mort, un père lui-même enterré à Imber en 1936. Cette cérémonie serait le dernier office funèbre tenu à Imber.

L’église St Giles, elle, a connu des heures sombres avant de renaître. Sa tour fut frappée par la foudre en 2003, fragilisant la structure. Une restauration débuta en 2008 et le service annuel de culte reprit en septembre 2009, une fois les travaux achevés. Un an plus tard, un ensemble de six cloches y fut installé en août 2010, ramenant un peu de vie sonore dans ce décor figé.

Un village toujours sous les balles

L’entraînement militaire n’a jamais cessé sur ce terrain. La plaine de Salisbury reste l’une des plus vastes zones de manœuvres du Royaume-Uni, et Imber continue d’y jouer un rôle, même si un site voisin, Copehill Down, spécialement construit pour le combat en zone urbaine, a pris le relais pour une partie des exercices les plus intensifs.

L’accès du public reste strictement limité à quelques fenêtres par an, généralement calées sur les congés militaires : Pâques, le week-end du mois d’août autour de la Saint-Gilles, et parfois Noël. Les routes d’accès ouvrent généralement de 8h à 18h chaque jour, et l’église St Giles est ouverte de 11h à 16h quotidiennement durant ces périodes. En dehors de ces créneaux, l’accès public au village et à l’église est strictement interdit.

Il n’existe aucun droit d’entrée : il est totalement gratuit de visiter le village d’Imber lors des journées portes ouvertes, seules des donations pour l’entretien de l’église sont sollicitées. Un détail cocasse subsiste au passage : en latin, Imber signifie pluie, un nom presque prophétique pour un village où plus aucune fumée ne sort des cheminées depuis 83 ans.

Sources : thirdeyetraveller.com | solosophie.com

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