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En soudant au lieu de riveter, des ouvriers californiens ont littéralement lancé en 4 jours et 15 heures un cargo de 135 m que les chantiers mettaient des mois à construire

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Minuit une minute, le 8 novembre 1942, dans le chantier naval de Richmond, en Californie. Des ouvriers posent la première pièce de la quille d’un cargo de 135 mètres. La quille du SS Robert E. Peary est posée à minuit une le 8 novembre 1942 et 250 000 pièces pesant environ 14 000 000 de livres sont assemblées en 4 jours, 15 heures et 29 minutes, avant que le navire ne soit lancé le 12 novembre 1942. Un chiffre qui, converti, donne le vertige : ces 14 millions de livres représentent environ 6 350 tonnes d’acier assemblées en moins de cinq jours.

Record absolu pour l’époque.

Les ouvriers ont d’abord assemblé les quelque 250 000 pièces du Peary en larges sections pouvant peser jusqu’à 110 tonnes chacune. Ces sections préfabriquées voyageaient sur des wagons plats depuis tout le pays, pour être assemblées de la même façon qu’Henry Ford montait ses automobiles avant la guerre. Une chaîne de montage à ciel ouvert, appliquée à un cargo de guerre.

À retenir

  • Le SS Robert E. Peary a été construit en 4 jours et 15 heures, un record absolu pour l’époque
  • La soudure a remplacé le rivetage, technique qui permettait une construction deux fois plus rapide
  • Des milliers de soudeuses, appelées « Wendy the Welders », ont travaillé jour et nuit pour assembler les 250 000 pièces du navire

Sommaire

  1. Une soudure venue remplacer des millions de rivets
  2. Un record né d’une compétition entre chantiers
  3. Après l’exploit, le retour à une cadence déjà record

Une soudure venue remplacer des millions de rivets

Un Liberty ship, d’ordinaire, demandait environ deux mois de construction selon les archives départementales du Finistère, qui ont suivi de près le destin de ces navires arrivés en nombre à Brest après la guerre. La méthode classique reposait sur le rivetage, plaque après plaque, un travail long et minutieux qui mobilisait des équipes qualifiées pendant des semaines.

À Richmond, la technique consistait à rapprocher des pièces préfabriquées, à les positionner avec d’immenses grues, puis à les souder entre elles, ce qui permettait à des ouvriers sans qualification particulière d’effectuer des tâches répétitives nécessitant peu de formation, tout en accélérant la construction et en ouvrant ces emplois aux femmes et aux minorités. Des milliers de soudeuses, surnommées « Wendy the Welders » en écho aux célèbres Rosie the Riveter, ont ainsi tenu les cordons de soudure jour et nuit. Le rivetage exigeait un savoir-faire rare ; la soudure, elle, se transmettait en quelques jours à des recrues venues de tout le pays pour travailler dans les chantiers californiens.

Certaines sections pesaient jusqu’à 110 tonnes.

Un record né d’une compétition entre chantiers

Le Peary n’est pas un coup de chance isolé. Le chantier Oregon Shipbuilding Corporation avait déjà construit un autre Liberty ship, le Joseph N. Teal, en seulement dix jours entre le 13 et le 23 septembre 1942. Interrogé par un journaliste pour savoir si l’on aurait pu faire encore plus vite, Henry J. Kaiser, propriétaire du chantier de Richmond, avait répondu que la construction aurait pu tenir en huit jours, mais qu’elle avait été retardée pour permettre au président Franklin D. Roosevelt d’assister à l’événement.

Roosevelt avait ensuite donné son accord à une proposition de construire un navire en moitié moins de temps. Le Robert E. Peary était le 47e navire sorti de ce chantier de Richmond, loin d’être un coup d’essai.

Après l’exploit, le retour à une cadence déjà record

Dès 1944, un Liberty ship s’assemblait pourtant en un peu plus de deux semaines.

Le tout premier Liberty ship, le SS Patrick Henry, avait été lancé en septembre 1941 après 150 jours de construction, un délai qui donne la mesure du chemin parcouru en un peu plus d’un an. Au total, 2 710 Liberty ships furent construits pendant la guerre. Chacun coûtait en moyenne 1,8 million de dollars, et il suffisait d’un seul voyage réussi pour qu’un Liberty ship soit considéré comme rentable. Le Robert E. Peary, lui, a navigué jusqu’en juin 1963, année de sa mise à la ferraille à Baltimore, dans le Maryland.

Le navire n’est pas resté à quai après son lancement spectaculaire. Après les finitions, le SS Robert E. Peary est parti en guerre le 22 novembre 1942, avec à son bord 17 membres de la garde armée navale américaine et 43 marins marchands. Ses traversées l’ont conduit à transporter nourriture et matériel de guerre depuis San Francisco jusqu’à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, puis du nitrate depuis les Nouvelles-Hébrides, Guadalcanal, Suva ou encore le Chili.

Sources : x.com | usmm.org

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