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En sondant au radar les murs de la tombe de Toutânkhamon, deux équipes de géophysiciens ont littéralement rouvert une question qu’on croyait réglée depuis 1922

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On pensait la tombe de Toutânkhamon creusée pour lui : les mesures de deux équipes de géophysiciens racontent autre chose

Imaginez que l’on découvre, après plus d’un siècle de certitudes, que la sépulture la plus célèbre d’Égypte n’a peut-être jamais été pensée pour celui qui y repose. C’est précisément le vertige que provoquent les derniers travaux menés sur la tombe de Toutânkhamon, ce jeune pharaon mort prématurément et enterré dans la Vallée des Rois. Depuis des décennies, KV 62 fascine autant qu’elle intrigue, et deux campagnes de mesures géophysiques récentes viennent rouvrir un dossier que beaucoup croyaient clos : celui d’une architecture funéraire qui ne correspondrait pas vraiment à son occupant officiel.

À retenir

  • Deux campagnes de microgravimétrie (2023-2024) suggèrent que la structure de KV 62 est antérieure à Toutânkhamon et plus vaste qu’estimé initialement
  • Cette hypothèse relance la piste avancée par Nicholas Reeves depuis 2015 d’une chambre cachée pouvant abriter la sépulture de Néfertiti
  • Les chercheurs espèrent obtenir une vérification directe en observant l’intérieur des cavités détectées avant la fin de l’année

Une tombe qui ne colle pas avec son occupant

Quiconque a déjà visité, même en images, la tombe de Toutânkhamon a pu remarquer son exiguïté surprenante. Comparée aux sépultures royales voisines, KV 62 paraît étonnamment modeste pour un pharaon, même mort jeune et de manière inattendue. Cette impression de disproportion entre le prestige du défunt et la modestie du lieu a longtemps été expliquée par la précipitation de ses funérailles. Mais plusieurs chercheurs estiment aujourd’hui que cette explication ne suffit plus à elle seule. Plusieurs éléments de la tombe laissent penser qu’elle aurait pu être conçue à l’origine pour quelqu’un d’autre, avant d’être réaménagée à la hâte pour accueillir le corps de Toutânkhamon.

Néfertiti, l’ombre qui plane depuis 2015

Cette hypothèse n’est pas nouvelle. Elle porte même un nom associé depuis longtemps à ce dossier : celui de Nicholas Reeves, l’égyptologue qui avait identifié dès 2015 une série d’indices archéologiques suggérant l’existence d’espaces dissimulés derrière les parois de la tombe. Son idée, aussi séduisante que controversée, est que l’un de ces espaces cachés pourrait abriter la sépulture de Néfertiti, l’épouse d’Akhenaton et figure majeure, mais mystérieuse, de la fin de la XVIIIe dynastie. Depuis cette date, le sujet n’a cessé de nourrir débats et campagnes de vérification, chaque nouvelle technologie de détection étant appelée à confirmer ou infirmer cette piste. Le titre même de la récente étude qui relance la question, sobrement intitulée The Burial of Nefertiti? IV, témoigne de cette continuité : le chiffre IV dans son titre suggère qu’elle s’inscrit dans une série de publications portant cette interrogation en filigrane.

La microgravimétrie, l’outil qui traque le vide sous la pierre

Pour avancer sans toucher à un site aussi fragile, les chercheurs ne peuvent pas se contenter de creuser au hasard. C’est là qu’intervient une technique aussi discrète qu’efficace : la microgravimétrie. Le principe est presque intuitif une fois expliqué : la roche pleine et la roche creuse n’exercent pas exactement la même attraction gravitationnelle. En mesurant ces infimes variations avec une précision extrême, il devient possible de repérer des cavités enfouies sans jamais percer la moindre paroi. Cette approche a été menée sous l’égide du professeur Mamdouh Eldamaty, de l’université Ain Shams au Caire, en collaboration avec le GBG Group de Cambridge et le National Research Institute for Astronomy and Geophysics égyptien. L’intérêt de la méthode ne réside pas seulement dans sa finesse, mais aussi dans sa capacité à être recoupée avec d’autres techniques de télédétection indirecte, afin de limiter les erreurs d’interprétation qui ont pu, par le passé, alimenter de faux espoirs.

Ce que révèlent (vraiment) les mesures de 2023-2024

Les deux campagnes menées entre 2023 et 2024 ont été rapportées directement au Conseil suprême des antiquités égyptiennes, gardien vigilant de ce patrimoine unique. Leur apport principal ne se résume pas à un simple relevé de plus : elles offrent un croisement méthodique entre plusieurs jeux de données géophysiques accumulés depuis 2015. Et le constat qui en ressort, une fois les résultats pleinement analysés, va dans un sens précis : la structure de la tombe semble bel et bien antérieure à l’inhumation de Toutânkhamon, et son emprise réelle pourrait être plus vaste que ce que l’on imaginait jusqu’ici. Autrement dit, ces mesures ne prouvent pas l’existence d’une chambre de Néfertiti, mais elles renforcent sérieusement l’idée que KV 62 a eu une vie antérieure à celle du pharaon qu’on y a finalement déposé.

Le mur qui pourrait tout changer avant la fin de l’année

Reste la question qui obsède les spécialistes depuis plus de dix ans : que se cache-t-il réellement derrière certaines parois de la tombe ? Les anomalies détectées par microgravimétrie restent à préciser, sans qu’aucune fouille physique n’ait encore permis de trancher. C’est justement ce dernier verrou que les équipes espèrent faire sauter très bientôt. En cette rentrée où le dossier revient sur le devant de la scène scientifique, les chercheurs affichent un objectif clair : parvenir enfin à jeter un coup d’œil à l’intérieur plus tard cette année. Si cette étape franchit le cap, elle pourrait offrir la première vérification directe d’une hypothèse qui, depuis 2015, n’a cessé de nourrir la controverse autant que l’imagination.

En attendant ce moment charnière, la tombe de Toutânkhamon continue de livrer ses secrets au compte-gouttes, entre données scientifiques rigoureuses et hypothèses encore à confirmer. Une chose semble néanmoins acquise : la sépulture que l’on croyait taillée sur mesure pour le jeune pharaon raconte, sous la pierre, une histoire bien plus ancienne et bien plus complexe. Reste à savoir si les prochains mois confirmeront enfin la présence de Néfertiti derrière ces murs, ou s’ils rebattront une nouvelle fois les cartes de cette énigme archéologique.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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