Le 4 août 1999, le gouvernement Jospin enterre définitivement le projet de barrage de Chambonchard, en Creuse. Au total, l’Epala avait dépensé 93 millions de francs pour le projet, dont 31,8 millions de francs pour les acquisitions foncières. Pas une pelletée de terre n’a jamais été retenue derrière un mur de béton.
Le barrage devait renforcer l’étiage du Cher et alimenter Montluçon en eau, son rôle dans la maîtrise des crues restant mineur. Un ouvrage pensé contre le manque d’eau estival, pas contre les inondations.
Le barrage n’a jamais vu le jour.
À retenir
- Le barrage de Chambonchard a été annulé en 1999 après 20 ans de débat politique et financier
- L’État et ses partenaires ont dépensé 93 millions de francs pour acquérir des terres jamais inondées
- Le village devenu fantôme a finalement renaît après la revente des maisons rachetées par l’État
Sommaire
Un barrage pensé contre la sécheresse, pas contre les crues
L’établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents (Epala) est créé en 1983 pour porter, entre autres, ce projet de retenue sur le Cher. Chambonchard devait offrir une retenue de 125 millions de m³, destinée à l’eau potable, à l’industrie, à l’agriculture et à l’écrêtement des crues. Une première annulation intervient en 1991 sous le gouvernement Cresson, avant une réduction de la capacité du projet à 50 millions de m³ au lieu de 80 ou 125 millions. Le dossier traîne, se réduit, se rediscute, pendant près de vingt ans.
Le budget du projet pour une capacité de 80 millions de m³ était estimé à 600 millions de francs en 1994, avant d’être ramené à 500 millions pour la version réduite à 50 millions de m³. Ce financement devait être assuré à hauteur de 70 millions de francs par l’État, 190 millions par l’agence de l’eau Loire-Bretagne et 340 millions par l’Epala, donc par les collectivités du bassin ligérien. Trois acteurs, trois portefeuilles, un seul chantier jamais commencé.
Pour le maire de Chambonchard de l’époque, l’attente pesait sur toute la commune. Il réclamait à la ministre de l’Environnement une réponse claire sur ce qu’il qualifiait de « commune sinistrée », coincée depuis des décennies entre promesses et incertitudes.
Vingt habitants expropriés, un village fantôme
Dans les années 1990, une vingtaine d’habitants ont été expropriés.
Les expropriations débutent, et les habitants cèdent leurs maisons pour s’en aller. Le bourg se vide maison après maison, ferme après ferme. Chambonchard devient un village fantôme. Les chiffres varient toutefois selon les sources : une question posée à l’Assemblée nationale évoque des terrains acquis pour 53 millions de francs, contre 31,8 millions selon d’autres décomptes de l’Epala.
Sur le terrain, le climat politique bascule brutalement. La dissolution de l’Assemblée nationale entraîne un changement de majorité, et la nouvelle ministre de l’Environnement décide de revoir tous les dossiers. Lors d’une visite sur place, elle tranche sans détour : « le barrage pose encore de nombreuses questions et le développement de la région ne passe pas par lui ».
L’addition finale, et une vallée qui renaît
Le 4 août 1999, Lionel Jospin annonce l’abandon officiel du projet. En novembre de la même année, faute de participation de l’État, l’agence de l’eau Loire-Bretagne annule à son tour son financement de 190 millions de francs.
La décision est confirmée par Dominique Voynet en 2000, puis par Roselyne Bachelot en 2002.
L’affaire ne s’arrête pas là pour autant. L’Établissement public Loire, héritier de l’Epala, traîne l’État devant la justice pour se faire indemniser des sommes englouties. La cour administrative d’appel de Nantes condamne finalement l’État à verser près de sept millions d’euros à l’Établissement public Loire. En parallèle, la solution de remplacement pour l’eau potable de Montluçon coûtera environ 30 millions d’euros, concentrés pour l’essentiel sur une nouvelle station d’épuration.
Le village, lui, a fini par renaître. L’État a cédé les maisons rachetées au Conseil général de la Creuse, qui les a fait restaurer avant de les revendre à de nouveaux habitants. Un Belge installé sur place, Filip Claes, incarne ce retournement inattendu d’un bourg qu’on croyait condamné à disparaître sous l’eau.
Mais l’histoire garde une aspérité : selon une question posée au Sénat en 2006, une partie seulement des terrains a été rétrocédée au Conseil général de la Creuse pour être revendue à des particuliers, tandis que ceux situés côté Allier restent la propriété de l’établissement public. Vingt-cinq ans après l’abandon du chantier, une partie de la vallée du Cher appartient toujours à l’État, pour un barrage qui n’existera jamais.
Sources : lemoniteur.fr | senat.fr | assemblee-nationale.fr


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