En 2005, la Chine a gagné 310 km² sur la mer de Bohai pour bâtir une ville écologique modèle censée accueillir 300 000 habitants — vingt ans plus tard, à peine 30 000 personnes s’y sont installées, soit 10 % de l’objectif, et les avenues restent désertes.
Ce que vous allez apprendre
- Comment la Chine a créé 310 km² de terre ferme à partir du fond marin de la mer de Bohai en moins de dix ans
- Pourquoi une ville conçue pour 300 000 habitants n’en accueille que 30 000 deux décennies après le début des travaux
- Ce que Caofeidian révèle des excès de la planification urbaine chinoise à grande échelle
Un pari titanesque sur la mer de Bohai
Caofeidian devait incarner la démesure chinoise des années 2000. À partir de mars 2005, des dragues géantes s’attaquent au fond marin de la baie de Bohai, à 220 kilomètres à l’est de Pékin, aspirant sédiments et sable pour créer 310 km² de terre neuve — soit l’équivalent de plusieurs arrondissements parisiens réunis. La première étape de 12 km² est achevée dès le 28 mars 2006. Wikipedia
L’ambition affichée par les planificateurs de la province du Hébei était sans ambiguïté : installer 300 000 habitants dans une cité modèle résolument écologique, qualifiée dans les brochures officielles de « ville du futur, ville de l’information, ville de l’écologie, ville du bonheur. » Cette ville devait être parmi les premières initiatives éco-urbaines de Chine à grande échelle. National Museum of American History
Les autorités voyaient dans ce projet bien plus qu’une simple extension urbaine — une vitrine du savoir-faire chinois en matière de gain de terrain sur la mer, capable d’attirer investisseurs étrangers et nouveaux résidents en quête d’un cadre de vie novateur.
Le mirage d’une ville presque vide
En 2014, seulement quelques milliers d’habitants s’y étaient installés — bien loin des 300 000 attendus. Vingt ans après le début des travaux, Caofeidian ne compte qu’environ 30 000 habitants, soit 10 % de l’objectif initial. Wikipedia
Les larges avenues désertes, les immeubles flambant neufs mais inoccupés, les centres commerciaux aux vitrines éteintes : l’île ressemble davantage à un décor abandonné qu’à une métropole active. Ce phénomène de ville fantôme n’est pas isolé en Chine — Ordos Kangbashi en est l’autre exemple célèbre — mais Caofeidian en devient un symbole particulièrement frappant.
L’absence d’emplois, de commerces animés et de vie sociale dissuade naturellement les familles de s’installer durablement. Sans habitants, pas de dynamisme économique local. Sans dynamisme, pas de nouveaux arrivants. Le cercle vicieux s’installe, difficile à briser une fois enclenché.
Un coût environnemental documenté
Au-delà du fiasco démographique, le chantier a laissé des traces mesurables sur l’écosystème marin environnant. Le projet de remblayage a provoqué des destructions d’habitats et des modifications de la topographie des fonds marins, avec une érosion et une sédimentation jusqu’à 0,80 mètre de profondeur dans les 500 mètres autour des sites de remblayage. La densité de poissons a diminué de 22,66 % entre 2004 et 2010, et la densité d’œufs de poissons a chuté de 5,42 à 0,13 individus par mètre cube par heure. Grokipedia
Les communautés de zoobenthos — les organismes vivant sur les fonds marins — ont également subi une diminution linéaire de leur densité, passant de 213 individus par mètre carré avant les travaux à 35 en 2010.
Ce que Caofeidian révèle de l’urbanisme chinois
L’histoire de Caofeidian illustre parfaitement les excès d’une planification urbaine parfois déconnectée des besoins réels de la population. Construire vite et construire grand ne garantit pas l’arrivée des populations espérées, aussi séduisants soient les rendus architecturaux présentés aux investisseurs.
Le rythme de l’industrialisation et de la construction en Chine compresse en quelques décennies le type d’expansion industrielle que les États-Unis ont connu à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Mais cette accélération produit aussi ses angles morts — des villes construites avant que les habitants ne décident de s’y installer. National Museum of American History
Entre île artificielle de 310 km², objectif démographique atteint à 10 % et écosystème marin dégradé sur les fonds adjacents, Caofeidian reste un cas d’école pour tous les observateurs de l’urbanisme mondial. Elle rappelle qu’une ville ne se décrète pas uniquement à coups de dragues et de béton armé — elle se construit aussi, et peut-être surtout, autour d’emplois, de commerces et de raisons concrètes de s’y installer.
Sources : Wikipedia, Caofeidian — Wikipedia, Land reclamation in China — Grokipedia, Caofeidian (janvier 2026) — Smithsonian National Museum of American History


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