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Enfoui à 150 mètres sous une colline des Ardennes, le réacteur de Chooz a tourné 24 ans : son démontage en dure déjà 25

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Vingt-quatre ans de fonctionnement, contre vingt-cinq ans de démontage et ce n’est toujours pas fini. Le réacteur de Chooz A, niché sous une colline des Ardennes, incarne à lui seul un paradoxe du nucléaire français : il aura fallu bien plus de temps pour le démonter que pour le faire tourner. Mis en service le 3 avril 1967, arrêté en 1991, ce prototype attend encore la fin d’un chantier entamé en 2001. Le calendrier officiel vise 2026. Mais rien n’est acquis.

À retenir

  • Un réacteur qui a fonctionné 24 ans attend depuis 25 ans la fin de son démantèlement
  • L’extraction de la cuve de 190 tonnes en mars 2025 a marqué un tournant, mais des complications sanitaires menacent le calendrier
  • Chooz A sert de modèle pour démanteler la cinquantaine d’autres réacteurs français : quel délai faudra-t-il vraiment prévoir ?

Sommaire

  1. Un prototype construit dans le ventre de la colline
  2. De la fermeture sous surveillance au démantèlement immédiat
  3. La cuve, star tardive d’un chantier de 25 ans
  4. Un précédent qui pèsera sur Fessenheim

Un prototype construit dans le ventre de la colline

Avant d’être un chantier record, Chooz A fut une prouesse d’ingénierie. Chooz A est la première centrale de la filière des réacteurs à eau sous pression construite en France, entre 1962 et 1967, avec une puissance électrique de 305 mégawatts. Le projet naît d’un partenariat franco-belge : fruit d’un accord entre EDF et un groupement de producteurs belges qui créèrent la Société d’énergie nucléaire des Ardennes (Séna), la centrale présente une particularité majeure, le réacteur et ses auxiliaires nucléaires sont installés dans deux cavernes rocheuses creusées à flanc de colline. Une configuration qui n’avait rien d’esthétique : cette configuration spécifique avait été retenue pour offrir un confinement naturel à l’installation. Le réacteur repose ainsi à 150 mètres sous terre, une profondeur qui, à l’époque, faisait de Chooz A un cas unique en Europe.

La centrale tourne vingt-quatre ans. Un quart de siècle durant lequel elle produit une électricité considérable pour son gabarit : après vingt-quatre ans de fonctionnement et une production d’électricité de 38 milliards de kilowattheures, la centrale a été arrêtée en 1991. De quoi alimenter des millions de foyers pendant des années, pour un réacteur qui, à l’échelle du parc actuel, ferait presque figure de miniature.

L’arrêt de 1991 ne signe pas immédiatement la démolition. Jusqu’en 1999, EDF prépare le site de Chooz A à une fermeture sous surveillance, avec l’évacuation des combustibles usés, la vidange des tuyauteries, l’évacuation des déchets d’exploitation et le démantèlement des matériels de la salle des machines. C’est un changement de doctrine, en 2001, qui bascule tout : EDF opte alors pour un démantèlement immédiat plutôt que différé pour les centrales de première génération, dont Chooz A. Une décision qui suppose un travail administratif colossal, puisque plus de trois années sont nécessaires aux ingénieurs et responsables d’EDF pour établir le dossier réglementaire permettant d’obtenir le décret de démantèlement. Le feu vert officiel arrive le 27 septembre 2007, soit six ans après le changement de stratégie.

La demande d’autorisation a été lancée en 2002 et obtenue cinq ans plus tard, alors que dès 1990, la partie conventionnelle du site avait déjà commencé à être démontée. retirer les tuyauteries et les machines classiques va relativement vite. C’est la partie nucléaire, la cuve et son puits de béton, qui impose sa lenteur.

La cuve, star tardive d’un chantier de 25 ans

Le démantèlement de la cuve, dernière grande étape, ne débute vraiment qu’en 2017 : en mars de cette année-là, le démantèlement de la cuve du réacteur est entamé. Il faudra encore huit ans pour franchir le cap symbolique de son extraction. Le 7 mars 2025, EDF réussit une opération jamais tentée en France : l’extraction de la cuve du réacteur, un colosse de 190 tonnes, après des mois de préparation. Gilles Giron, en charge du démantèlement des réacteurs à eau pressurisée chez EDF, résumait alors la fierté de l’exploitant : « Cette réussite démontre notre capacité à relever des défis techniques de grande envergure avec une parfaite maîtrise des opérations ».

Une fois la cuve sortie de son puits, les équipes ont enchaîné les étapes techniques : une fois la cuve levée et posée sur un stand de transit, le calorifuge recouvrant sa partie inférieure a pu être enlevé puis découpé, tandis que le puits de cuve a été obstrué à l’aide d’un dispositif reconstituant l’étanchéité du fond de la piscine. La découpe finale de la cuve, elle, était programmée pour début 2026 : la découpe de la cuve est programmée par EDF pour le courant du premier trimestre 2026.

Mais le chantier a connu un coup d’arrêt à la fin de l’année 2025. Après une augmentation des cas de contamination, l’Autorité de sûreté nucléaire a demandé à EDF de mettre en place un plan d’action, passant depuis le 8 décembre par deux semaines de sensibilisation des intervenants à la culture de radioprotection. Le directeur du site, Arnaud Lebrun, refusait toutefois de parler d’un chantier à l’arrêt total, même si un article de L’Ardennais confirmait que le chantier de découpe de la cuve était suspendu à la fin novembre 2025.

Ce n’est pas un détail anodin. Le site emploie du monde, et une pause de deux semaines n’est jamais neutre financièrement : le chantier de démantèlement de Chooz A fait travailler une centaine de personnes, pour 60 % de sous-traitants et 40 % de salariés d’EDF. Un microcosme industriel entier suspendu à la découpe d’un seul composant métallique.

Un précédent qui pèsera sur Fessenheim

Ce retard n’est pas seulement une anecdote locale. Chooz A sert de laboratoire grandeur nature pour tous les démantèlements de réacteurs à eau pressurisée à venir en France, à commencer par Fessenheim. Les responsables du chantier ardennais l’assument volontiers : ce prototype de réacteur en déconstruction sert d’enseignement pour le démantèlement d’autres sites, comme à Fessenheim en Alsace, où les données sont exploitées et adaptées à la situation. Concrètement, à Fessenheim, le générateur de vapeur sera découpé sur place plutôt que sorti en un seul morceau, une méthode directement inspirée des déconvenues et ajustements observés à Chooz.

Reste une question qui dépasse le seul cas ardennais : si le premier réacteur français démantelé met vingt-cinq ans à disparaître, quel calendrier faudra-t-il prévoir pour la cinquantaine d’autres réacteurs du parc qui devront, un jour, subir le même sort ?

Sources : france3-regions.franceinfo.fr | lavenir.net

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