En draguant un canal à travers le centre-ville dans les années qui ont suivi l’ouragan du 8 septembre 1900, les habitants de Galveston ont littéralement fait monter le sol sous leurs propres maisons. Des dragues ont prélevé du sable entre les jetées du port et l’ont pompé vers les quartiers résidentiels, qui ont disparu sous plusieurs mètres de remblai. Près du front de mer, le niveau du terrain a gagné environ 16 pieds, soit près de 5 mètres.
Le sol de Galveston n’a pas été consolidé, il a été rehaussé.
À retenir
- Le sol du centre-ville a été relevé d’environ 5 mètres près du front de mer.
- Le remblai a été prélevé par dragues entre les jetées du port.
- La digue de 5,2 mètres a été achevée entre 1902 et 1904.
Sommaire
Un ouragan, puis un chantier hors d’échelle
Le 8 septembre 1900, un ouragan balaie l’île texane de Galveston. Le bilan oscille entre 6 000 et 12 000 morts selon les estimations, un écart qui montre à quel point il était difficile de compter les victimes. Aucune autre catastrophe naturelle n’a tué autant de personnes aux États-Unis. Pourtant, la ville choisit de rester sur son île de sable plutôt que de partir.
En 1902, une commission de trois ingénieurs recommande une digue en béton et un exhaussement massif de la ville. L’un d’eux, Henry Martyn Robert, est surtout connu pour avoir écrit les Robert’s Rules of Order, le manuel de procédure des assemblées.
La digue, construite de 1902 à 1904, culmine à 17 pieds, soit environ 5,2 mètres. Elle dépasse de 1,3 pied le plus haut niveau d’eau relevé pendant la tempête de 1900, d’après le rapport des ingénieurs. Derrière elle, le terrain naturel ne dépassait guère 5 à 6 pieds en moyenne (1,5 à 1,8 mètre), la taille d’un adulte.
Un canal, des dragues et des maisons mises de côté
Une fois la digue achevée, Galveston s’attaque au sol lui-même. Le niveau doit passer à environ 8 pieds (2,4 mètres) côté baie et jusqu’à 22 pieds (6,7 mètres) côté digue, soit la hauteur d’un immeuble de deux étages. Pour y parvenir, il faut creuser un canal au cœur de la ville. Les résidences situées dans son emprise sont déplacées de part et d’autre.
Selon le Galveston & Texas History Center de la Rosenberg Library, les matériaux extraits du canal sont refoulés vers la digue, là où le remblai doit être le plus épais. Des dragues à trémie se remplissent de sable entre les jetées, remontent le canal, puis déchargent leur cargaison dans un réseau de conduites.
Le travail avance par secteurs d’un quart de mile de côté, soit environ 400 mètres, chacun ceint d’une digue. À l’intérieur, les conduites d’eau, les bornes d’incendie et les rails de tramway doivent être soulevés avant l’arrivée du sable. Ce découpage permet de traiter la ville morceau par morceau, sans l’immobiliser tout entière.
Le canal lui-même est ensuite barré par endroits, puis comblé.
Les maisons écartées reviennent alors à leur emplacement d’origine, désormais posées sur un terrain neuf. Le sol rapporté est engazonné, les rues sont nivelées et pavées, les voies de tramway reposées. Le dernier secteur comblé n’a été terminé qu’en 1928, soit 24 ans après l’achèvement de la digue.
Une pente, un mur et des tempêtes pour les mettre à l’épreuve
Le relèvement n’a pas créé un plateau, mais une pente continue qui descend de la digue vers la baie. Cette inclinaison servait aussi le drainage et les égouts, d’après l’American Society of Civil Engineers.
La première épreuve arrive en 1909, avec une tempête de catégorie 2 et une onde de 10 pieds (3 mètres). La digue protège la ville, mais le remblai situé derrière elle est sérieusement raviné. Il est ensuite élargi à 200 pieds derrière le mur, conformément à la recommandation initiale de la commission.
L’ouragan Ike touche Galveston le 13 septembre 2008, en catégorie 2, avec des vents de 110 miles par heure (177 km/h). Les bâtiments qui longent la digue subissent des dégâts importants. Les communautés voisines, privées de digue ou de dunes naturelles, sont toutefois bien plus durement touchées. Une analyse universitaire relève que le secteur surélevé près du mur a été le moins endommagé de la ville.
La plage a payé la note
La digue a rempli son rôle, mais elle a eu un effet secondaire lourd. Selon un passage du livre de Cornelia Dean, Against the Tide, cité par Wikipédia, la ville a perdu 100 yards de sable (environ 91 mètres) en vingt ans, et la plage où l’on assistait à des courses automobiles s’est réduite à une mince bande à marée basse. Wikipédia ajoute que la station balnéaire a décliné avec sa plage, et que Houston a vite dépassé Galveston comme grande ville de la région.
Entre 1904 et 1963, la digue est passée de 3,3 miles (5,3 km) à plus de 10 miles (16 km). Le tronçon de 1902-1904 n’était donc que le premier d’une longue série.
En 2001, les ingénieurs civils américains ont classé l’ensemble monument historique.
Sources : sah-archipedia.org | ascelibrary.org


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