Le 25 juin 1976, la France inaugure en baie de Seine un terminal pétrolier dimensionné pour des navires de 500 000 à 1 million de tonnes. Ce chiffre vient de la décision de 1969, telle que la rapportent les sources disponibles. Le Seawise Giant, plus gros navire jamais enregistré, plafonne lui à 564 763 tonnes de port en lourd (tpl).
Aucun pétrolier d’un million de tonnes n’a jamais été construit.
À retenir
- Le terminal d’Antifer a été conçu en 1969 pour accueillir des pétroliers de 500 000 à 1 million de tonnes.
- Aucun navire de 1 million de tonnes n’a jamais été construit dans aucun chantier du monde.
- Le canal de Suez a rouvert un an avant l’inauguration du port, rendant caduque la stratégie originelle.
- Le Batillus, plus gros pétrolier du monde en 1976, n’a effectué que 20 escales à Antifer avant son retrait en 1983.
Sommaire
Une décision d’État prise sous Pompidou
Le 11 décembre 1969, le conseil interministériel, présidé par Georges Pompidou, retient le site de Saint-Jouin-Bruneval pour un terminal pétrolier. L’endroit se trouve à une vingtaine de kilomètres au nord du Havre et au sud d’Étretat. Le choix s’appuie sur des atouts géologiques et sur la proximité du Havre, grand port d’importation et de stockage du pétrole. L’État, et non un armateur, est donc l’auteur du pari.
Le contexte explique cette ambition. Le canal de Suez est fermé depuis 1967, les pétroliers contournent l’Afrique, et les supertankers, plus rentables et mieux adaptés à ce long trajet, se multiplient. Aucun plafond de gabarit ne se dessine alors à l’horizon.
Quatre ans de chantier, un monde qui a changé entre-temps
Les travaux courent d’avril 1972 à février 1976. Ils produisent une digue circulaire de 3 500 m en mer, soit plus de dix fois la hauteur de la tour Eiffel, avec un tirant d’eau pouvant aller jusqu’à 35 m. À terre, un oléoduc de 26,5 kilomètres achemine le brut vers les installations de stockage du Havre.
Le canal de Suez avait pourtant rouvert le 5 juin 1975, un an avant l’inauguration.
La route du Cap cessait d’être la seule option. Puis les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont réduit l’utilisation du port. Après le record de 219 escales en 1979, le second choc pétrolier fait chuter les escales à une quarantaine par an dès 1980.
Le Batillus, géant sans lendemain
Le jour de l’inauguration, on baptise le Batillus, construit par les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire pour la Société Maritime Shell. Avec ses 553 662 tpl et ses 414 m, il dépasse de près de 85 m la hauteur de la tour Eiffel. On parle alors d’une « journée des géants ». Le Batillus était le plus gros pétrolier du monde, et la vitrine parfaite pour un port conçu à sa mesure.
Sa quille avait été posée le 18 mai 1975, moins de trois semaines avant la réouverture de Suez. Il ne fera que 20 escales à Antifer avant son retrait du service en 1983.
Il est démoli à Kaohsiung, à Taïwan, le 22 décembre 1985.
Un terminal qui a survécu à ses propres géants
Le port n’est pas pour autant un décor vide. Antifer est aujourd’hui le deuxième port pétrolier de France, et reçoit près de 20 % du pétrole brut importé dans le pays.
Ce sont les géants pour lesquels il avait été dimensionné qui ne sont jamais venus. La plus grosse escale jamais réalisée, celle du Pierre Guillaumat le 4 juillet 1978, représente 548 248 tonnes déchargées, soit un peu plus de la moitié du million de tonnes inscrit dans la décision de 1969. Depuis les années 1990, le terminal accueille environ une à deux escales par semaine, pour des navires plus petits.
Sources : structurae.net | lehavreseine-patrimoine.fr


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