Il y a plus de vingt ans, une baleine béluga se regardait dans un miroir à l’aquarium de New York — et comprenait que la marque derrière son oreille droite n’était pas normale. Les chercheurs viennent seulement de publier ces résultats. Natasha, aujourd’hui âgée de 42 ans et toujours en vie au Connecticut, est entrée dans le cercle très fermé des animaux capables de se reconnaître.
Ce que vous allez apprendre
- Comment fonctionne le test du miroir et pourquoi il est considéré comme une mesure de conscience de soi
- Ce que Natasha a fait devant son reflet que sa fille Maris n’a pas réussi à reproduire
- Pourquoi ces résultats vieux de vingt ans n’ont été publiés que maintenant — et ce qu’ils impliquent pour la protection des bélugas
Le test du miroir : une tache sur le menton et une grande question
Si vous avez déjà essuyé discrètement une trace sur votre visage en apercevant votre reflet, vous avez démontré quelque chose de remarquable : vous savez que ce reflet, c’est vous.
Les scientifiques appellent cela la reconnaissance de soi. Et ils l’utilisent comme indicateur d’une forme de conscience similaire à la nôtre.
Le protocole est simple : on applique une marque non toxique sur une partie du corps de l’animal qu’il ne peut pas voir directement. Si, face au miroir, l’animal oriente cette zone vers son reflet et tente d’interagir avec elle, il a compris que l’image lui appartient.
Chimpanzés, dauphins, éléphants, pies bavardes — et même un petit poisson tropical appelé labre nettoyeur — figurent sur cette liste exclusive. Les bélugas viennent peut-être de les rejoindre.
Des vitres transformées en miroirs, des baleines qui s’observent
À l’aquarium de New York, Diana Reiss et son équipe ont temporairement transformé les vitres des bassins en miroirs sans tain. Les bélugas pouvaient se voir. Les chercheurs pouvaient observer sans être vus.
Quatre femelles participaient aux expériences : Kathy, Marina, Natasha — capturées dans la nature — et Maris, la fille de Natasha, née à l’aquarium en 1994.
La première phase consistait à observer les comportements spontanés face au reflet : hochements de tête, étirements du cou, et surtout un comportement étrange — souffler une bulle par l’évent, puis la mordre en regardant le miroir, comme pour observer sa propre action en direct.
Natasha et Maris se distinguaient nettement des deux autres. Elles semblaient utiliser le miroir comme un outil pour s’observer elles-mêmes.
Crédit : Mendar Bouchali
La mère réussit, la fille échoue
La deuxième phase était décisive. Les soigneurs ont appliqué une marque temporaire sur des zones du corps que les bélugas ne pouvaient pas voir sans reflet.
Natasha a orienté précisément la zone marquée — derrière son oreille droite — vers le miroir, tout en affichant une série de comportements autodirigés. Elle avait compris que quelque chose sur son propre corps méritait attention.
Maris, elle, n’a pas franchi cette étape. Elle multipliait les comportements autodirigés devant le miroir, signe d’une conscience possible, mais sans jamais orienter la zone marquée vers son reflet.
La mère consciente d’elle-même. La fille, pas tout à fait — ou pas encore.
Vingt ans de délai, une baleine encore en vie
Ces expériences ont eu lieu il y a plus de vingt ans. Les chercheurs espéraient mener des études complémentaires avec d’autres bélugas avant de publier. Cela ne s’est pas produit.
Ils ont finalement numérisé leurs enregistrements vidéo originaux pour analyser les comportements, et publié leurs résultats dans PLOS One en 2025.
Maris est décédée en 2015 à l’âge de 21 ans. Natasha, elle, est toujours en vie. Âgée d’environ 42 ans, elle réside désormais à l’aquarium de Mystic, dans le Connecticut — l’une des bélugas en captivité les plus âgées du monde.
La baleine qui s’est regardée dans un miroir il y a vingt ans et a compris ce qu’elle voyait est encore là.


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