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Elle apprend les émotions aux machines : pourquoi cette pionnière redoute les compagnons IA

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Informaticienne égypto-américaine et pionnière de l'IA émotionnelle, Rana el Kaliouby est née au Caire en 1978. Son père, très conservateur, enseignait le langage de programmation Cobol, tandis que sa mère, une des premières informaticiennes du Moyen-Orient, s'est inscrite à son cours. Rana el Kaliouby grandit entre l'Égypte et le Koweït, et obtient un Master of Science à l'université américaine du Caire.

Elle part ensuite au Royaume-Uni, où elle poursuit un doctorat au Newnham College, à Cambridge. Elle s'intéresse tout particulièrement à l'aspect affectif des technologies, et ses recherches portent sur l'inférence automatique des états mentaux complexes. Autrement dit, elle souhaite apprendre aux machines à lire les émotions des humains. Le fil conducteur de ses recherches est la question suivante : « Comment concevoir des technologies qui rapprochent les gens plutôt que de nous isoler ou de nous diviser ? »

Rana el Kaliouby explique sa vision de l’IA. En anglais, activez la traduction automatique des sous-titres. © SXSW

La pionnière de l'IA émotionnelle

Une fois son doctorat en poche, elle part aux États-Unis où elle rejoint le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) en tant que chercheuse. En plus de vouloir apprendre aux machines à détecter les émotions humaines, elle souhaite utiliser la technologie pour faciliter la communication entre personnes. Elle participe à la création de l'initiative Autism & Communication Technology au MIT. Selon elle, les mots ne représentent que 7 % de la communication. Les 93 % restants sont les expressions du visage, les intonations, les gestes, la posture. Tout cette information supplémentaire est perdue lorsque nous communiquons par texte, avec des IA ou avec d'autres personnes. Pour elle, les communications numériques sont aveugles aux émotions.

Certains utilisateurs montrent des signes d’addiction à ChatGPT. Image générée par IA. © XD pour Futura avec Dall-e

Plus ils utilisent ChatGPT, plus un malaise psychologique apparaît

Des chercheurs du MIT et d’OpenAI ont étudié les rapports entre ChatGPT et les utilisateurs. Certains, qui font appel au chatbot au quotidien de manière intensive, présentent des signes d’addiction.... Lire la suite

Elle intègre le groupe d'informatique affective (Affective Computing) au MIT et, dès 2006, développe une « prothèse d'intelligence émotionnelle et sociale ». Il s'agit d'une petite caméra, placée sur des lunettes ou une casquette, qui envoie l'image d'un interlocuteur à un ordinateur, qui classifie les émotions visibles sur son visage. Cela la conduit à fonder la start-up Affectiva en 2009 avec Rosalind W. Picard. L'entreprise développe une IA qui peut inférer l’état émotionnel des personnes en analysant les expressions du visage et de la voix.

Rana el Kaliouby échange avec David Rand, chercheur à Cornell, sur la possibilité d’utiliser l’IA pour désamorcer les discours complotistes. En anglais, activez la traduction automatique des sous-titres. © Pioneers of AI

Le danger des compagnons IA

En 2020, elle publie son livre Girl Decoded, un récit de son parcours. Aujourd'hui, elle est membre de Blue Tulip Ventures, qui investit dans les start-up qui développent des IA centrées sur l'humain. Elle a aussi son propre podcast, Pioneers of AI, où elle discute de divers sujets autour de l’intelligence artificielle avec des chercheurs et entrepreneurs du secteur. Elle figure dans la liste des 50 meilleures femmes de la tech américaine de Forbes en 2018, et dans la série 100 Women de la BBC en 2019.

Des dizaines de millions de personnes se fabriquent des compagnons virtuels avec l’IA. © oatawa, Adobe Stock

Amoureux d'une IA : l'addiction la plus dangereuse des ados n'a rien à voir avec la drogue

Les compagnons virtuels, disponibles, flatteurs et sans contradiction, séduisent une jeunesse en quête d’affection. Mais derrière la promesse d’un amour sans conflit se profilent dépendance, intolérance au rejet et fragilité émotionnelle, dans un marché en pleine explosion. Ces relations numériques interrogent : et si l’IA, en comblant nos solitudes, nous éloignait un peu plus de l’humain, bien que prétendant nous en rapprocher ?... Lire la suite

Rana el Kaliouby milite pour un développement de l'IA centrée sur l'humain. Elle s'inquiète toutefois de la montée des compagnons IA, ces agents faussement empathiques, conçues pour générer des profits, et qui nous éloignent des vraies relations humaines. Pour elle, l'IA doit servir à mieux communiquer et à améliorer les relations humaines, pas à les dégrader. Pour y parvenir, elle milite pour une meilleure sécurité des différents modèles, avec des garde-fous pour empêcher que leur utilisation ne devienne pathologique.

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