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Le jeudi 9 juillet, la Banque de France publiait une note mensuelle de conjoncture des plus rassurantes: selon les quelque 8.500 dirigeants d'entreprise interrogés, l'activité s'était nettement raffermie en juin dans l'industrie et avait rebondi dans les services marchands et le bâtiment. Et la suite s'annonçait sous de bons auspices: les chefs d'entreprise entrevoyaient pour le mois de juillet une nouvelle progression de l'activité, quoique plus modérée dans l'industrie et les services et assez faible dans le bâtiment. Surtout, ses économistes estimaient que la hausse du produit intérieur brut (PIB) pourrait avoir atteint 0,2% au deuxième trimestre. C'était un grand soulagement, après les craintes d'une phase de récession due au déclenchement de la guerre en Iran et à l'envolée des prix du gaz et du pétrole.
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Brève éclaircie
Ainsi, avec l'entrée en vigueur du cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis, les discours pessimistes des économistes semblaient ne plus avoir de raison d'être. Ces derniers nous avaient prévenus: même si les combats s'arrêtent, le retour à la normale sera très long du fait notamment des destructions enregistrées dans les zones de production et de stockage des hydrocarbures. Or, que constatait-on, au moins en ce qui concerne le pétrole? Les cours étaient revenus en quelques semaines à un niveau très proche de celui qu'ils avaient atteint avant le 28 février, date de l'ouverture des hostilités, juste au-dessus de 70 dollars pour le baril de Brent.
La détente se faisait sentir immédiatement sur l'indice des prix. Dans la zone euro, le rythme annuel de hausse avait atteint 3,2% en mai 2026. Puis, selon les premières estimations d'Eurostat, l'inflation retombait à 2,8% au mois de juin. En France, les prix de l'énergie avaient baissé de 4,2% en juin, ce qui avait entraîné un recul de 0,4% de l'ensemble des prix, dont la hausse annuelle retombait à 1,8%.
Du coup, tous ceux qui avaient critiqué la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de remonter, le 11 juin, ses trois taux directeurs de 25 points de base (0,25%) triomphaient: «On vous avait bien dit que c'était une bêtise, que la hausse des prix s'expliquait uniquement par celle des prix des hydrocarbures et qu'avec la réouverture du détroit d'Ormuz, les choses rentreraient dans l'ordre, sans qu'il soit besoin de pénaliser l'économie par une hausse du coût du crédit.»
Outre-Atlantique aussi, où Donald Trump avait fait nommer Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed), un président censé être plus sensible à ses demandes, on a eu une divine surprise. Alors que le nouveau numéro un de la Fed venait juste d'inquiéter les milieux financiers par la fermeté inattendue de son ton en déclarant devant le Congrès états-unien que la Réserve fédérale ne saurait «tolérer» un dérapage «durable» de l'inflation, le Bureau des statistiques du travail (Bureau of Labor Statistics) a annoncé, mardi 14 juillet, que la hausse des prix à la consommation, qui avait atteint 4,2% en rythme annuel au mois de mai, était revenue en juin à 3,5%, grâce à un recul de 5,7% des prix de l'énergie. Dans ces conditions, la Fed n'aurait pas besoin de relever ses taux directeurs et la croissance américaine pourrait se poursuivre sans obstacle.
Nouvelles menaces
Pourtant, les raisons de s'inquiéter sont toujours là et elles sont même encore plus nombreuses, les menaces climatiques venant s'ajouter au désordre géopolitique. Malgré l'évidence de sa fragilité, entrepreneurs et financiers voulaient croire dans le maintien du cessez-le-feu. Mais avec des dirigeants états-uniens qui ne savent pas où ils vont et n'ont aucune ligne claire face à des Gardiens de la révolution islamique bien décidés à se maintenir au pouvoir quel qu'en soit le coût humain et matériel, la discussion ne peut avancer sans accrocs et ces accrocs peuvent prendre la forme d'une nouvelle fermeture presque complète du détroit d'Ormuz, comme c'est le cas depuis le dimanche 12 juillet.
«Reprise des frappes entre les États-Unis et l'Iran, le détroit d'Ormuz fermé», France 24, dimanche 12 juillet 2026.
Le président Donald Trump lui-même a fait monter les cours du pétrole en déclarant qu'il pourrait instituer un droit de péage qui ne dirait pas son nom, mais se cacherait sous l'appellation «frais de transit», d'un montant de 20% de la valeur des cargaisons. Le calcul est vite fait: un pétrolier passant avec du brut payé 70 dollars le baril imposé à 20%, cela amènerait le prix du baril à 84 dollars! Il y a sans doute eu dans son entourage des gens un peu plus sensés qui lui ont fait comprendre que sa proposition était déraisonnable. Il y a renoncé dès le lendemain, le 14 juillet, mais les observateurs du monde entier ont pu voir que personne à Washington ne maîtrisait vraiment la situation et qu'il fallait s'attendre à des jours encore difficiles. Conséquence: le cours du baril de Brent est remonté dans la zone des 84-85 dollars.
«Détroit d'Ormuz: Donald Trump veut imposer son péage», JT de 20 heures de France 2, lundi 13 juillet 2026.
Que va faire la Chine?
Toute la question, une nouvelle fois, est de savoir combien de temps durera cette nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz. Lors des premiers mois du conflit américano-israélo-iranien, déclenché le 28 février 2026, les cours n'ont pas atteint les niveaux stratosphériques prédits par certains experts. Mais ces prédictions seront-elles toujours démenties? Les spécialistes du pétrole font remarquer qu'une des raisons de cette relative sagesse passée des cours du baril est à rechercher du côté de la Chine, dont les dirigeants ont décidé de réduire fortement leurs importations de brut: celles-ci sont tombées en juin à leur plus bas niveau depuis près de dix ans.
Pour cela, plusieurs leviers ont été actionnés: il est probable que Pékin a puisé dans ses stocks stratégiques, qui représentent plusieurs mois de consommation, mais dans des proportions qui n'ont pas été révélées. La Chine a aussi freiné l'activité de ses raffineries, ce qui lui est permis par la part croissante de véhicules électriques dans son parc automobile, et des restrictions ont été mises aux exportations de produits pétroliers raffinés. Mais les dirigeants chinois se satisferont-ils longtemps d'une croissance du PIB qui est passée de 5% au premier trimestre à 4,3% au deuxième, ce qui donne une croissance limitée à 4,7% au premier semestre?
De canicule en canicule
À ces incertitudes géopolitiques que l'on avait cru atténuées, vient donc s'ajouter la question du dérèglement climatique, dont les effets risquent de se faire sentir plus rapidement et plus fortement qu'on ne l'estimait généralement. Rappelons à ce propos que le réchauffement climatique en lui-même ne constitue pas du tout une surprise: les scientifiques nous alertent sur ce point depuis plus de trois décennies. En revanche, de nombreuses interrogations subsistent sur la façon dont le climat évoluera région par région.
Pour prendre un exemple qui nous concerne directement, le risque est grand d'un affaiblissement très prononcé des courants marins dans l'océan Atlantique qui nous assurent un climat tempéré. Dans ce cas, le réchauffement climatique global pourrait se traduire en France par des hivers plus froids et rigoureux et des étés plus chauds et plus secs. Il apparaît aussi que l'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale: même si l'objectif d'une hausse moyenne limitée à +1,5°C inscrit dans l'accord de Paris de 2015 était atteint (ce qui n'est plus à espérer), l'Europe se réchaufferait de +3°C. Et ce n'est qu'une moyenne annuelle qui ne dit rien des pics de chaleur.
Les trois canicules que nous venons de vivre nous rappellent la nécessité absolue de tout faire pour limiter le réchauffement climatique et pour adapter nos pays à ce nouvel état de fait. L'inaction sur ces deux points pourrait nous coûter très cher. Il ne s'agit pas seulement de penser à notre confort et à notre santé, quoique ce point soit déjà très important. Ainsi que le rappelait Miles Parker, économiste de la Banque centrale européenne, dans un billet de blog publié le 13 juillet 2025, la canicule de 2003 a causé la mort de 70.000 personnes en Europe.
Mais c'est notre mode de vie qui risque d'être profondément transformé, avec des répercussions profondes sur l'activité économique. On commence à en prendre conscience avec les débats sur l'aménagement du temps de travail en période de canicule, sur l'adaptation des logements et des établissements, sur l'accès à l'eau, etc.
Des coûts économiques immédiats relativement faibles
Jusqu'à présent, l'impact des phénomènes climatiques sur l'économie a semblé très faible, si on se limite aux effets directs de telle ou telle période de canicule. Ainsi, en septembre 2025, l'Insee avait publié une note de conjoncture dans laquelle il était estimé que «les épisodes caniculaires de 2025 n'auraient pas d'impact immédiat significatif sur l'activité en France». Dans la note de conjoncture qui a suivi, en décembre 2025, il n'était même plus fait mention des deux phases de canicule de juin-juillet et du mois d'août.
Ce serait pourtant une erreur de croire qu'il ne s'est rien passé d'important pendant ces deux périodes et qu'une succession de canicules année après année serait sans conséquences. C'est ce qu'expliquait l'économiste Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France, en novembre 2025: «Contrairement aux dommages physiques, les coûts économiques des épisodes climatiques extrêmes ne se mesurent pas directement. Ainsi, le PIB français a augmenté de 0,3% au deuxième trimestre 2025 par rapport au trimestre précédent, malgré un épisode caniculaire en juin. Toutefois, cela ne prouve aucunement que l'effet du réchauffement est bénin. Il peut être décalé dans le temps (dans l'année, voire sur des décennies si des journées d'éducation ont été perdues ou des écosystèmes détruits). Il faut aussi se demander comment aurait évolué le PIB sans l'épisode caniculaire.»
Des coûts cumulés élevés
Agnès Bénassy-Quéré fait notamment référence aux travaux menés par les économistes de la BCE –dont Miles Parker, déjà cité–, qui montrent que les effets régionaux sont incontestables et mesurables, mais peuvent passer inaperçus au niveau national selon le poids de la région considérée dans le PIB du pays. Et les effets immédiats ne sont pas les plus importants. Si un phénomène climatique entraîne un recul de 1% de l'activité régionale l'année où il se produit, le recul peut atteindre 2,8% quatre ans après dans le cas d'une inondation ou 3% dans le cas d'un épisode de sécheresse.
Cet effet différé peut s'expliquer notamment par un report de décisions d'investissement ou par la nécessité de procéder à des investissements d'adaptation au changement climatique plus qu'à des investissements de productivité. Si les canicules se succèdent année après année et touchent un nombre de régions toujours plus élevé, on voit très mal quel peut être l'effet cumulé de ces phénomènes.
Ainsi, dans un premier temps, l'attention s'est d'abord porté sur le coût croissant des catastrophes climatiques pour les assureurs. Des maisons ou des usines dévastées par les eaux ou détruites par des incendies, cela se voit et se mesure instantanément. Cette question de l'assurance des catastrophes naturelles est déjà aujourd'hui un vrai problème de finances publiques qui attire l'attention de la Cour des comptes; ces risques ne pouvant plus reposer sur les seuls assureurs privés.
🌍 #CatNat - La Cour appelle à agir dès maintenant pour préserver le régime face à la hausse de la sinistralité climatique : prévention renforcée, cartographie fine et dynamique des risques naturels, pilotage strict du régime.
🔎 Lire le rapport ➡️ https://t.co/9a5etvkZR1 pic.twitter.com/5pXsxwGAIP
Des dizaines de milliards perdus
Mais il faut maintenant aller au-delà. La question de l'effet du réchauffement climatique sur l'activité économique sort du débat entre spécialistes et arrive désormais sur la place publique. Les agriculteurs ne sont plus les seuls concernés, beaucoup de chefs d'entreprise sont amenés aujourd'hui à faire rentrer les considérations climatiques dans la liste des aléas de nature à affecter leur activité.
De fait, selon les calculs des économistes d'Allianz Trade publiés le 28 mai dernier, l'impact des vagues de chaleur en Europe pourrait se chiffrer en milliards de dollars dans les prochaines années. Sur la période 2026-2030, les pertes de PIB cumulées «pourraient atteindre 5% à 7% pour les économies les exposées», soit 240 milliards de dollars pour la France (près de 210 milliards d'euros aux cours actuels), 147 milliards pour l'Italie, 131 milliards pour l'Allemagne et 120 milliards pour l'Espagne.
Une baisse (ou une moindre hausse) de l'activité économique due au changement climatique a forcément un impact sur les recettes fiscales. Selon l'étude d'Allianz Trade, les soldes budgétaires se détérioreraient «d'environ 0,5% du PIB par an en moyenne». Pour la France, qui affiche déjà un déficit prévu de 5% du PIB, la pression supplémentaire liée à la chaleur s'élèverait à 2,2%.
Alerte sur les finances publiques
Reprise du conflit en Iran, succession des vagues de chaleur, cela commence à faire beaucoup. À Matignon et à Bercy, on tire la sonnette d'alarme. Le 7 juillet, une réunion du comité d'alerte des finances publiques a conclu à une baisse de la croissance attendue cette année en France de 0,9% à 0,7% et à la nécessité de faire 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour atteindre l'objectif déjà peu ambitieux d'un déficit de 5% du PIB. Le 15 juillet, selon un rapport demandé à quatre économistes et publié par le ministère de l'Économie et des Finances, à politique inchangée, le déficit public pourrait s'élever à 5,9% du PIB en 2027 et à 6,8% en 2030.
Conclusion de ces économistes, pour arriver à stabiliser la dette publique avant la fin du prochain quinquennat, «tous les leviers budgétaires devront être mobilisés: la maîtrise des dépenses publiques, une mobilisation des recettes malgré des marges limitées et le renforcement du potentiel de croissance». Notre conclusion: si, à votre retour de vacances, vous attendez une baisse de vos impôts ou une hausse des sommes que vous recevez de l'État ou de quelque autre administration publique, vous risquez d'être fortement déçu.
Mais, dans cette conjoncture si sombre, il y a tout de même de bonnes nouvelles. Si vous le voulez, vous pourrez bientôt acheter une pièce en or de 1 dollar destinée à commémorer les 250 ans de l'indépendance des États-Unis, à l'effigie de Donald Trump, l'homme à qui l'on doit le déclenchement de la guerre en Iran et l'arrêt de toutes les aides publiques américaines à la transition énergétique et à toutes les études sur le changement climatique. La frappe de cette pièce vient de commencer.





























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