Récemment, les géants de la tech en Chine ont désactivé les fonctionnalités de compagnons virtuels par intelligence artificielle de leurs applications. Il s’agit d’une décision faisant suite à l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation stricte sous l’impulsion du gouvernement, visant à lutter contre la dépendance affective et à protéger la santé mentale des mineurs.
Les principales fonctionnalités de compagnons virtuels IA désactivées
En 2018, le japonais Akihiko Kondo avait scellé son union avec Hatsune Miku, une célèbre chanteuse japonaise. En revanche, cette femme n’était qu’un personnage fictif. Après leur union, l’homme avait reçu un hologramme interactif de la chanteuse, animé par une intelligence artificielle primitive, très loin des agents conversationnels d’aujourd’hui. A l’époque, ceci avait entre autres projeté la lumière sur le concept de fictosexualité, à savoir l’orientation sexuelle ou romantique envers les personnages de fiction.
Près d’une dizaine d’années plus tard, les relations avec les chatbots IA sont nombreuses et parfois, les utilisateurs développent un attachement émotionnel et/ou une dépendance envers ces outils. Pour le gouvernement chinois, plus précisément l’Administration du cyberespace de la Chine (CAC), le phénomène est devenu un réel problème, comme l’expliquait Euronews dans un article du 10 aout 2026.
Dans les faits, la CAC a mis en place une nouvelle réglementation stricte, la toute première spécifique aux services interactifs anthropomorphes, c’est à dire imitant l’humain. Or, plutôt que d’attendre de se voir infliger de lourdes sanctions, les géants de la tech du pays ont pris les devants. Ainsi, ByteDance, Alibaba et Tencent ont coupé ou suspendu les fonctionnalités de compagnons virtuels IA de leurs applications, respectivement Doubao, Qwen et Yuanbao.
Akihiko Kondo s'est marié avec la chanteuse virtuelle Hatsune Miku en 2018.Crédit : Gatebox sur TwitterPourquoi cette nouvelle réglementation ?
Il faut dire que la nouvelle loi en vigueur est très contraignante. Celle-ci interdit formellement aux mineurs l’accès à des services de compagnons ou partenaires virtuels. Elle interdit également à toute application d’induire une dépendance affective ou de manipuler les émotions des utilisateurs adultes. La réglementation instaure aussi une obligation de transparence : les chatbots doivent rappeler régulièrement à l’utilisateur qu’ils ne sont pas de vrais humains. Citons également l’instauration de pauses obligatoires toutes les deux heures, ainsi qu’un devoir d’intervention en cas de crise : si l’IA détecte une détresse psychologique extrême ou des pensées suicidaires, celle-ci doit bloquer le flux et alerter les secours.
Pour le gouvernement chinois, la mesure est clairement une évidence motivée par deux arguments majeurs : la santé mentale et l’isolement social, ainsi que l’actuelle crise de la natalité. Les autorités s’inquiètent grandement quant aux dérives psychologiques et à la dépendance émotionnelle résultant des interactions avec les chatbots. Également, le pouvoir craint que les jeunes, confortés et rassurés par un partenaire virtuel « parfait », se détournent totalement des relations réelles, du mariage et de la procréation.
Sans grande surprise, l’interruption soudaine des compagnons virtuels IA a provoqué un immense choc chez des millions d’utilisateurs. Pour beaucoup, ces avatars faisaient partie intégrante de leur quotidien. D’ailleurs, nombreux sont ceux ayant partagé leur détresse sur les réseaux sociaux locaux comme Weibo et Rednote. Enfin, certaines sociétés comme ByteDance ont tenté de rediriger le public vers des applications alternatives, plutôt axées sur le jeu de rôle ou l’écriture d’histoires. Cependant, les utilisateurs ne semblent pas vraiment intéressés, affirmant que l’expérience relationnelle n’est pas la même.


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