Comment faire face à l’irrationnel? Avec sa décision de se tourner vers Vladimir Poutine pour lui acheter du gazole russe, Donald Trump a poussé encore un peu plus loin les limites de l’insensé, dans la gestion quotidienne de ses fonctions présidentielles. Pour un gain économique totalement insignifiant, il met à bas la politique des sanctions contre Moscou, anéantit l’unité occidentale face à l’agression russe, terrifie aussi bien l’Europe que l’Ukraine.
La perspective des élections de mi-mandat, le 3 novembre prochain, pourrait en théorie expliquer ce brusque revirement. Mais il n’en est rien: les électeurs américains ne verront aucune différence, à la pompe, à la suite de cette décision. Les prix du gazole resteront au niveau où les a portés la guerre absurde que le président a décidé de lancer contre l’Iran. Une nouvelle bourde grossière pour tenter de camoufler la précédente? Une fuite en avant aberrante? Un moyen de noyer le poisson dans les eaux du détroit d’Ormuz?
C’est lorsque cette décision est mise en lien avec d’autres éléments du contexte qu’elle devient proprement effrayante. Soudain, en parallèle, l’Ukraine semble ne plus pouvoir compter, face à la Russie, sur les avantages que lui procurait la protection du réseau de satellites Starlink. Ce système qui, comme chacun sait, est entre les mains d’un Elon Musk qui, à son tour, est devenu l’un des principaux donateurs du parti de Donald Trump, avec une contribution de campagne de… 366 millions de dollars.
Lire aussi: L’Europe à la merci des entreprises d’Elon MuskQui contrôle qui, ici? Qui veut quoi? La formidable collusion à l’œuvre entre les intérêts politiques, économiques et électoralistes n’en finit plus de faire perdre tous les repères, entre les penchants pro-Poutine, déjà anciens, de Donald Trump et les tournées de ses acolytes qui mènent la région, et une bonne partie du monde, de Charybde en Scylla, de Jared Kushner (le gendre) en Pete Hegseth (le ministre de la Guerre).
Donald Trump l’a reconnu en passant, sur le ton de la boutade: la guerre en Iran, en réalité, avait été concoctée en grande partie pour venir en aide au premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, un autre comparse, qui la réclamait depuis longtemps. Passé maître dans le même art de la confusion des genres, et à l’approche d’élections en Israël, ce même Netanyahou se fait de plus en plus insistant pour relancer une nouvelle guerre, dans la même logique suicidaire que le président américain.
Lire aussi: Prêt à tout pour faire baisser le prix de l’essence avant les élections, Donald Trump se tourne vers Vladimir PoutineCette déraison sans contrôle a cependant un prix exorbitant, qui ne se résume pas aux stations-services. Voilà les Ukrainiens, après ce «on/off» inexplicable des satellites de Starlink, exposés comme jamais à toute la brutalité des bombardements de la Russie. Voilà que l’étau se resserre encore autour du cou des Iraniens, que l’on prétendait «sauver» au terme d’une petite «excursion» militaire. Voilà les Palestiniens, dans leur nation saccagée, priés encore d’attendre des jours meilleurs. Comment faire face à l’irrationnel? C’est la question à laquelle les Européens sont aujourd’hui sommés de répondre. De toute urgence.


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