Ce groupe français jouait de la musique électronique caché sous des casques et a vendu des millions de disques dans le monde. Daft Punk? Non, Space, fondé en 1977 par Didier Marouani et précurseur de la French Touch qui explosera 20 ans plus tard.
«Il ne faut jamais penser qu’une idée est trop folle», sourit Didier Marouani dans un entretien à l’agence de presse AFP, en racontant une carrière qui l’a amené à être une star en Russie alors soviétique, à envoyer sa musique dans l’espace et à avoir un astéroïde à son nom.
L’odyssée de Space est célébrée dans un nouveau best of qui sort vendredi, Art of space disco (Because Music). Il résume les trois albums parus en 1977 et 1978, vendus à 10 millions d’exemplaires au total selon la maison de disques, et contient des remixes par des artistes actuels.
Didier Marouani chez lui à Paris, 12 octobre 2026. — © JOEL SAGET / AFP
Il s’ouvre sur Magic Fly, premier et principal tube du groupe. Cette mélodie accrocheuse jouée au synthétiseur sur un rythme disco sort début 1977. Le décollage est immédiat. «Tous les jours j’avais mon producteur au téléphone, il me disait “J’ai vendu le titre en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis…“ Et moi je pensais: “Mais qu’est-ce qui se passe?“», se souvient Didier Marouani, 73 ans.
Lire aussi: Daft Punk dépose les casquesCasques d’astronautes et combinaisons spatiales
Dans le clip, les membres de Space jouent dissimulés sous des casques d’astronautes et des combinaisons spatiales. Cette esthétique colle aux sonorités cosmiques du morceau, mais a aussi une raison très terre à terre. «Je ne pouvais pas apparaître le visage découvert car j’avais un contrat avec Polydor», alors que Space était chez une autre maison de disques, Vogue, explique Didier Marouani.
Il est alors compositeur et chanteur de variété, et a fait des premières parties de Johnny Hallyday ou Claude François. Quand il propose Magic Fly à Polydor, le refus est brutal: «Ils ont dit "Pas question, ça n’a aucun intérêt". J’ai donc signé chez Vogue sous pseudonyme.» Pour former Space, il s’entoure de Roland Romanelli (claviers), collaborateur de la chanteuse Barbara, et du batteur américain Joe Hammer.
Dans l'appartement de Jean-Michel Jarre
L’appartement parisien où Marouani compose le premier album du groupe est celui où Jean-Michel Jarre a écrit un autre succès mondial du synthétiseur, Oxygène (1976): «J’ai repris l’appartement de Jarre quand il est parti.»
A la fin des années 1990, une nouvelle génération de musiciens électroniques français conquiert le monde, englobés sous l’appellation «French Touch». Parmi eux, Étienne de Crécy, Air, Cassius, Alex Gopher ou les plus connus, Daft Punk, dont les casques de robots rappellent Space. «Daft Punk a dit avoir été inspiré par Space. Quand ils sont arrivés avec des casques, j’ai trouvé ça un peu lourd», avoue Didier Marouani.
Le groupe a ouvert une voie
Selon Alex Gopher, qui a remasterisé les morceaux de Space pour le best of, le succès international du groupe a ouvert la voie à la French Touch. «Toutes ces musiques étaient instrumentales, sans barrière de la langue», dit-il. «Quand Virgin a fait de Daft Punk une priorité mondiale, ils ont pu se dire que c’était possible en se souvenant de succès français comme Space.»
Sans faire de la musique de Space une influence directe, Alex Gopher voit un point commun avec celles estampillées «French Touch»: leur «richesse mélodique et harmonique», élément «très français».
Lire aussi: Kavinsky, auteur de «Nightcall», s’est évanoui dans la nuitSpace jusque dans l'espace
En 1979, Marouani signe sous son nom le générique de «Temps X», l’émission télé de science-fiction des frères Bogdanoff. Puis, alors que Space se désagrège, il est invité à donner des concerts géants en URSS dès 1983: «Ca a accroché encore plus que dans les autres pays». En 1987, le Kremlin accepte que le CD de son album Space opera soit lâché dans l’espace depuis la station Mir. Puis, en 2021, un astéroïde situé entre les orbites de Mars et Jupiter est officiellement baptisé (275215) Didiermarouani, à la demande de l’astronome russe qui l’a découvert en 2009.
Didier Marouani à Paris, 12 octobre 2026. — © JOEL SAGET / AFP
Après 50 ans de carrière, le Français se dit toujours curieux des artistes électro actuels: «Justice, par exemple, je trouve ça bien.»
Lire aussi: «DJ Mehdi – Made in France», parcours d’un génie au croisement du rap et de l’électro

5 hour_ago
37
























.jpg)






French (CA)