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Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni pourrait-il finir par se disloquer?

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En 2023 déjà, Andy Burnham promettait de «recâbler» la Grande-Bretagne, en transférant une partie du pouvoir de Westminster vers les territoires. Aujourd'hui, tandis que l'intéressé fait son entrée au 10 Downing Street, la question du partage des pouvoirs revient au cœur de l'agenda.

En Écosse, le gouvernement nationaliste de John Swinney, dirigé par le Scottish National Party (SNP), réclame notamment de nouvelles compétences à Westminster, notamment en matière de droit du travail. Au pays de Galles aussi, le gouvernement demande davantage de compétences. Face à ces revendications, le tout frais Premier ministre travailliste Andy Burnham défend toutefois un projet d'une tout autre ampleur: transférer une partie du pouvoir de Westminster directement aux régions et aux collectivités locales, en Angleterre comme dans les nations dévolues.

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Cette réforme intervient dans un Royaume-Uni politiquement de plus en plus éclaté. Aux élections de mai 2026, le SNP a conservé sa première place en Écosse et Plaid Cymru est devenu le premier parti du pays de Galles, tandis que le Sinn Féin reste toujours, depuis les dernières élections de 2022, la principale force politique en Irlande du Nord.

Ce lundi, les dirigeants des trois partis ont signé à Cardiff un protocole d'accord affirmant le droit de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord à l'autodétermination. Ils demandent par ailleurs à Westminster d'anticiper et de faciliter d'éventuels changements constitutionnels, chaque nation devant décider de son avenir «à sa manière et en son temps».

Parallèlement, Reform UK a réalisé une percée spectaculaire en Écosse et au pays de Galles, où le parti de Nigel Farage s'est installé comme une force d'opposition majeure, et continue de peser lourdement dans le paysage politique anglais. De quoi donner le sentiment que le Royaume-Uni se trouve à un moment charnière de son histoire, où sa structure institutionnelle pourrait bien être appelée à changer.

Vers une réorganisation du Royaume-Uni?

Selon Dr Hayley Bennett, maîtresse de conférences en politiques sociales à l'Université d'Édimbourg et co-directrice du Centre on Constitutional Change, «pour les critiques du système politique établi qui a longtemps favorisé les deux grands partis (…), un modèle de gouvernance anglaise moins centralisé est probablement devenu nécessaire».

Le constat est partagé par le gouvernement Burnham, qui veut donner davantage de responsabilités aux maires et autorités régionales anglaises, notamment dans les transports, le logement, la formation et l'emploi. L'expérience de Greater Manchester, dirigée par Burnham pendant près d'une décennie, constitue le modèle de cette nouvelle approche.

Mais cette vision de la dévolution ne correspond pas nécessairement à celle des nations qui disposent déjà de leurs propres institutions. En Écosse, le Parlement de Holyrood constitue un centre de pouvoir national dont les compétences ont progressivement été renforcées depuis la création de la dévolution en 1999. Le SNP voit avec méfiance la volonté de Londres de transférer directement des ressources vers les collectivités locales écossaises.

Dave Doogan, député du parti à Westminster, accuse ainsi le gouvernement Burnham de vouloir contourner Holyrood : «Il s'agit là d'une manière détournée pour Westminster d'intervenir directement dans les dépenses des collectivités locales écossaises. C'est une démarche dangereuse, conçue pour affaiblir notre Parlement national.» Pour Bennett, cela tient encore à la position particulière de la politique écossaise. «Le SNP, notamment sous les gouvernements d'Alex Salmond et de Nicola Sturgeon, a cherché à positionner le gouvernement écossais comme l'égal du gouvernement britannique, notamment en changeant son nom de “Scottish Executive” en “Scottish Government” en 2007.»

La réforme de Burnham pourrait ainsi être perçue comme une remise en cause indirecte de cette évolution. Mettre autour de la même table les maires des régions anglaises et, parallèlement, renforcer le dialogue avec les gouvernements des nations dévolues peut sembler logique dans une approche fédérale. Mais cela peut aussi donner le sentiment que Londres cherche à ramener l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord à un niveau comparable à celui des collectivités anglaises. D'autant plus que le calendrier politique renforce ces soupçons.

Au pays de Galles, les élections de mai 2026 ont marqué une rupture historique: pour la première fois depuis la création de l'institution dévolue en 1999, le Labour n'est pas arrivé en tête. Plaid Cymru a remporté 43 des 96 sièges du Senedd (le Parlement gallois), devant Reform UK (34) et le Labour (9). En Écosse, le SNP a certes perdu des sièges, mais reste nettement le premier parti du Parlement, avec 58 élus, contre 17 pour le Labour et 17 pour Reform UK. En Irlande du Nord, Sinn Féin reste toujours la première force politique. Lors des dernières élections à l'Assemblée, en 2022, le parti nationaliste avait remporté 27 des 90 sièges. Il est également devenu en 2024 le premier parti nord-irlandais à Westminster, avec sept députés.

Du populisme aux agendas indépendants

Car la percée de Reform UK, en Angleterre comme ailleurs dans le Royaume-Uni, s'inscrit aussi dans cet agenda constitutionnel poussé par Andy Burnham. Ces dernières années, le parti populiste de droite de Nigel Farage a remporté un nombre important de sièges dans les collectivités locales.

Deux maires de Reform UK, Andrea Jenkyns, à Greater Lincolnshire, et Luke Campbell, à Hull and East Yorkshire, ont participé à la première réunion du National Economic Council (NEC), l'instance réactivée par Burnham pour réunir autour de la table les principaux ministres et les dirigeants régionaux afin de coordonner les politiques économiques et d'accompagner le processus de dévolution.

Cette présence est révélatrice du paradoxe auquel pourrait se heurter la réforme. En donnant davantage de pouvoirs aux territoires, Andy Burnham donne aussi davantage de leviers aux formations qui contestent son projet politique. Reform UK, en particulier, entend utiliser les institutions locales pour mettre en œuvre son propre programme, alors même que le parti se montre hostile à une extension de la dévolution telle que la conçoit le gouvernement.

«Lorsqu'il dirige des gouvernements locaux, les actions de Reform UK se concentrent sur une réduction drastique des services, tandis qu'un grand nombre de ses élus semblent quitter leurs fonctions peu de temps après leur prise de poste. Ce parti a ouvertement déclaré qu'il ne chercherait pas seulement à réduire les pouvoirs des gouvernements des nations dévolues, mais également à remettre en cause ou à supprimer certaines politiques dévolues existantes s'il arrivait au pouvoir lors des élections écossaises et galloises», souligne Bennett.

Le paradoxe est que la dévolution pourrait donner à Reform UK les moyens de remettre en cause certaines politiques mises en place par Holyrood. En Écosse, le parti veut notamment revoir en profondeur la fiscalité sur le revenu, dont les taux et les tranches relèvent du Parlement écossais, et supprimer Education Scotland, l'agence nationale chargée d'accompagner l'amélioration du système éducatif écossais. Autrement dit, Reform UK entend utiliser les pouvoirs dont dispose déjà Holyrood pour rompre avec certaines politiques mises en œuvre par les gouvernements écossais successifs.

D'autres partis, quant à eux, pourraient tirer parti d'une nouvelle organisation des compétences au sein du Royaume-Uni. Même si les inquiétudes évoquées plus haut sont légion, cette période pourrait représenter une occasion favorable pour demander davantage de pouvoir. En témoignent les déclarations récentes du Programme pour le gouvernement écossais qui indique clairement que celui-ci fera pression sur le gouvernement britannique pour obtenir des compétences en matière de droit du travail.

«Tout débat potentiel sur une modification de l’organisation constitutionnelle ouvrira diverses possibilités, et les partis nationaux demanderont probablement que le droit d’organiser un référendum sur l’indépendance soit inscrit dans la Constitution» avance par ailleurs Dr Hayley Bennett. Bien qu’il existe, dans cette configuration, un risque pour certains partis indépendantistes. «S’ils défendent un système fédéral et obtiennent davantage de pouvoirs, cela pourrait affaiblir leurs campagnes fondées sur la nécessité de l’indépendance.»

Reste encore à savoir jusqu'où cette nouvelle architecture pourra aller sans modifier l'équilibre même qu'elle cherche à préserver. En voulant rapprocher le pouvoir des territoires, Andy Burnham pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre de la dévolution britannique, mais aussi donner aux forces qui souhaitent davantage d'autonomie les moyens de réclamer encore plus.

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