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Deux cousines licenciées après des tensions au travail : “Cela affectait le fonctionnement de toute l’entreprise"

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L'autre après-midi, au tribunal du travail de Charleroi, la présidente fait œuvre de pédagogie avec les justiciables. Au début de l'audience, elle annonce aux deux plaignantes que leur avocate va plaider, puis que ce sera au tour de l'avocat de la partie averse. Elles ne seront sans doute pas d'accord avec ses propos, mais il faudra se taire. Des répliques seront possibles par la suite. Les jeunes dames opinent du chef : OK.

De même, au terme des débats, la présidente annoncera un jugement dans quatre semaines. "Mais vous ne devez pas nécessairement venir l'écouter, précise-t-elle. Vous faites comme vous voulez. De toute façon, vous recevrez le jugement par la poste une dizaine de jours plus tard." Sa greffière lui souffle une information. La juge corrige ses propos. "On les envoie par mail, désormais. Vous l'aurez plus rapidement." Qui a dit que la justice ne se modernisait pas ?

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Pas facile à gérer, les cousines…

L'affaire dont il est question concerne deux employées qui ont été licenciées par un laboratoire d'analyse médicale. Les deux dames, on les appellera Rachida et Nadia, sont par ailleurs cousines. A priori, cette précision n'est pas très utile aux débats, commente leur avocate. Mais l'élément a été mentionné dans les conclusions de l'avocat de l'ex-employeur, qui estime que ce n'est pas facile, de gérer deux cousines…

Rachida et Nadia travaillaient toutes deux au secrétariat du laboratoire, jusqu'au jour où elles ont été licenciées, situe leur conseil. On leur reproche des violences verbales et des comportements inappropriés en présence de clients et de collègues ainsi que le non-respect des horaires, avec des arrivées tardives et des départs anticipés. En outre, des collègues se seraient plaints d'elles.

Pour l'avocate de Rachida et Nadia, rien de tout cela n'est vrai. Il y a eu certes une discussion pour le moins vive, au sujet d'un refus de jour de récupération mais ce n'était pas en présence de patients ou de collègues, assure-t-elle. Elles ne sont pas allées crier chez leur cheffe. Non, elles ont été convoquées dans le bureau de celle-ci et se sont fait agresser verbalement. Et c'est là que le ton est monté, reconnaissent-elles. Notamment parce que Rachida s'est vue refuser un jour de récupération pourtant validé au préalable.

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Retards admis

Concernant les horaires, poursuit l'avocate, elles étaient volontaires, elles prestaient de nombreuses heures supplémentaires, faisaient beaucoup de samedis, de soirées, etc. Elles n'ont d'ailleurs reçu aucun avertissement. Vu les nombreuses heures supplémentaires à récupérer, il était d'ailleurs permis d'arriver un peu en retard ou de partir un peu en avance, si cela ne perturbait pas le travail du labo.

Quant aux soi-disant plaintes de collègues, l'avocate attend toujours que l'on dépose des éléments probants.

Selon l'employeur, Rachida et Nadia ne parlaient plus à leurs collègues, elles boudaient, elles faisaient le strict minimum et passaient beaucoup de temps sur leur téléphone

L'avocate souligne enfin le paradoxe de voir l'employeur reprocher à Nadia des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle, alors que c'est justement Nadia qui s'est plainte d'avoir travaillé six jours par semaine au mois d'août.

Bref, conclut l'avocate, en licenciant ses clientes, le laboratoire a agi de façon déraisonnable. Cela a eu un impact psychologique. Elle réclame le versement de 17 semaines d'indemnités de licenciement, soit bien davantage que ce que l'employeur a bien voulu verser.

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Il ne faut pas se plaindre

Pour l'avocat du labo, les raisons des licenciements sont au contraire très concrètes. Depuis deux ans, le climat s'était dégradé à cause des deux secrétaires. Les cris devant les clients ne sont pas un fait isolé. Et de nombreux témoignages en attestent. Selon lui, Rachida et Nadia ne parlaient plus à leurs collègues, elles boudaient, elles faisaient le strict minimum et passaient beaucoup de temps sur leur téléphone.

Le non-respect des horaires, au secrétariat, "ce n'est pas accessoire, cela conditionne le travail de tout le monde", enchaîne l'avocat. Selon lui, sur les six derniers mois, les deux secrétaires sont arrivées chacune plus de cinquante fois en retard et parties en avance une dizaine de jours. "Cela affectait le fonctionnement de toute l'entreprise. Ces retards suffiraient à justifier leur licenciement." L'avocat ne rebondit par contre pas sur l'affirmation selon laquelle ces retards ou départs anticipés étaient tolérés.

Le conseil du labo souligne encore que la convention collective 109 n'oblige pas l'employeur à appliquer toutes les sanctions intermédiaires avant le licenciement. Pour conclure, il assène que l'employeur aurait pu, pour de tels faits de violence et d'insubordination, procéder à un licenciement pour faute grave. L'air de dire : ne vous plaignez pas trop ! Pas sûr que Rachida et Nadia auront apprécié…

Jugement le 12 octobre.

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