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« Des voisins qui se détestent » : un projet éolien d’Enbridge fracture des communautés

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Un projet de parc éolien de 200 mégawatts porté par Enbridge dans le sud-est de la Saskatchewan crée de vives tensions entre résidents, fracturant les relations de voisinage et divisant des familles.

À Weyburn et Griffin, l’installation prévue de 46 turbines d’ici 2027 ne promet pas seulement de l’énergie renouvelable : elle nourrit également un climat de méfiance et de confrontation.

Une communauté divisée

Don Bourassa, résident de la municipalité rurale de Weyburn, affirme que le projet a profondément détérioré le tissu social de sa communauté. Selon lui, un voisin aurait même tenté de le faire taire.

Il veut que je parte, que je me taise, a déclaré Bourassa. C’est de l’intimidation et je ne me laisserai pas faire. Ce sont des voisins qui se détestent.

Le projet, baptisé Seven Stars Energy, prévoit la construction d’un parc éolien de 200 mégawatts près de Weyburn, au sud-est de Regina. Il s’agirait de l’un des plus importants de la province, capable d’alimenter environ 100 000 foyers. Le site se trouverait à seulement huit kilomètres de la propriété de Bourassa.

Selon ce dernier, la division est nette entre les résidents qui bénéficieront financièrement du projet et ceux qui en subiront les impacts sans compensation. Le parc doit en effet être partiellement construit sur des terrains privés.

Nous n’avons pas acheté ces terrains pour voir ces monstres s’installer à côté de nous. Je n’ai pas vécu ici pendant 35 ans pour qu’un projet comme celui-là nous soit imposé.

Au cours des dernières semaines, de nombreux citoyens ont pris d’assaut les assemblées municipales pour demander aux élus de rejeter le projet. Ils craignent des répercussions sur leur qualité de vie, leurs revenus et l’environnement.

Kim Brady, un autre résident, observe lui aussi une fracture grandissante.

Les gens ne se parlent plus et ne se parleront plus. Ça ne disparaîtra pas , a-t-il dit. J’espère que la province verra à quel point les résidents sont mécontents et qu’elle mettra fin au projet.

La moitié des turbines doit être installée dans la municipalité rurale de Weyburn, l’autre dans celle de Griffin. Si Weyburn a déjà donné son feu vert, Griffin attend encore d’évaluer les impacts environnementaux avant de trancher.

De son côté, Enbridge affirme poursuivre les discussions avec Griffin et indique avoir déposé son étude d’impact environnemental.

Des manifestants brandissent des pancartes s'opposant à l'installation d'éoliennes, l'une d'elles mentionnant la mort d'une grue blanche.

Plus de 50 personnes se sont présentées à la réunion du conseil de la municipalité rurale de Weyburn, mercredi, pour s'opposer au projet Seven Stars Energy.

Photo : Radio-Canada / Kirk Fraser

Inquiétudes écologiques face au soutien officiel

Parmi les préoccupations soulevées : le bruit, l’impact sur la faune, la dégradation du paysage et une possible baisse de la valeur des propriétés.

M. Bourassa remet également en question le caractère écologique du projet, évoquant les ressources nécessaires à la fabrication des turbines. Il craint aussi des fuites d’huile pouvant contaminer les eaux souterraines.

Kim Brady, lui, s’inquiète des lumières nocturnes activées lors du passage d’aéronefs et souligne que ces projets reposent largement sur des fonds publics.

Malgré l’opposition locale, le projet bénéficie d’un appui gouvernemental. La province offre une garantie de prêt de 100 millions de dollars par l’entremise de la Saskatchewan Indigenous Investment Finance Corporation.

Six communautés des Premières Nations et la Nation métisse de la Saskatchewan devraient ainsi acquérir 30 % des parts du projet.

Le gouvernement provincial soutient que l’initiative favorisera la participation autochtone à l’économie, la création d’emplois et le renforcement du réseau électrique.

La Ville de Weyburn appuie également le projet. Son maire, Jeff Richards, le décrit comme potentiellement transformateur.

Enbridge affirme que le parc générera environ 4 millions de dollars par an pendant 30 ans pour la région, notamment grâce aux revenus fiscaux, aux améliorations routières et aux paiements versés aux propriétaires fonciers.

L’entreprise assure par ailleurs que les turbines ne seront pas installées dans des milieux humides et que les lubrifiants seront confinés de manière sécuritaire.

Le maire de Weyburn, Jeff Richards, devant l’hôtel de ville, sur une photo d’archives du 16 septembre 2025.

La Ville de Weyburn appuie le projet, que son maire, Jeff Richards, décrit comme potentiellement transformateur.

Photo : Radio-Canada / Katie Swyers

Compensation et retombées des parcs éoliens existants

Environ 40 propriétaires fonciers devraient recevoir une compensation, dont les modalités demeurent confidentielles.

Pour répondre aux inquiétudes soulevées par les résidents, Enbridge prévoit d’éloigner certaines turbines des habitations, de limiter le bruit à environ 40 décibels — soit l’équivalent d’une bibliothèque calme — et d’installer des lumières qui ne s’allumeront que lors du passage d’aéronefs.

L’entreprise affirme également que les études disponibles ne démontrent pas d’effet mesurable sur la valeur des propriétés rurales.

La Saskatchewan compte déjà plusieurs projets éoliens d’envergure, qui ont eux aussi suscité des débats.

Près de Kipling, une installation de 200 mégawatts est en activité depuis deux ans. Dans la municipalité rurale de Hazelwood, où elle est située, les opinions demeurent partagées.

Le préfet James Husband estime que l’opposition est surtout politique, tandis que les retombées économiques sont bien réelles. Le projet devrait générer jusqu’à 600 000 dollars par an pour la municipalité.

Les fonds servent notamment à améliorer les routes et les infrastructures de loisirs. La Banque de l’infrastructure du Canada a investi 173 millions de dollars dans ce projet, en plus de 50 millions du gouvernement fédéral.

Selon M. Husband, les impacts liés au bruit et à l’éclairage sont limités.

De son côté, la mairesse de Kipling, Patricia Jackson, affirme que le parc n’a pas bouleversé le quotidien de sa communauté, tout en reconnaissant une forte polarisation.

Personne n’est prêt à s’asseoir et à écouter l’autre, a-t-elle conclu.

Avec les informations de Jeremy Simes de La Presse canadienne

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